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Audition de l’Andeva au Sénat par la mission d’information sur la souffrance psychique au travail 23 juin 2026

Contribution écrite

Mission d’information sur le thème « La souffrance psychique au travail : un défi sociétal et collectif à relever ».

présidée par Mme Monique Lubin (sénatrice des Landes, groupe Socialiste, Écologiste et Républicain – SER)

et sa rapporteure est Mme Annick Girardin (sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon, groupe du Rassemblement Démocratique et Social Européen – RDSE)

Délégation Andeva :

François Desriaux, porte-parole de l’Andeva (Co-fondateur de l’association et ancien président) ; journaliste, ancien rédacteur en chef du magazine Santé & Travail, aujourd’hui, membre du comité de rédaction ; ancien conseiller prud’homal au CPH de Paris, section encadrement

Dr. Marie Pascual, ancien médecin du travail, membre du conseil d’administration de l’Andeva ; membre du Conseil d’administration de l’association Ramazzini qui conseille sur le plan médical et accompagne les victimes des risques professionnels

Dr. Nicolas Sandret, ancien médecin inspecteur du travail en Ile de France ; conseiller médical de l’Andeva ; médecin attaché à la consultation de pathologies professionnelles de Créteil et expert auprès de la Dares pour l’enquête nationale Sumer (surveillance médicale des expositions aux risques professionnels) pilotée par la Dares au ministère du Travail.

Andeva : association nationale de défense des victimes de l’amiante et autres facteurs de risque professionnel ; association créée le 7 février 1996 qui fédère une trentaine d’associations régionales ou locales adhérentes regroupant quelques 10 000 adhérents (l’association a compté jusqu’à 25 000 adhérents au moment du pic de l’épidémie).

I - Un constat sévère

La souffrance psychique au travail est un phénomène massif et largement sous-estimé, qui affecte toutes les CSP et tous les secteurs professionnels

Ainsi, on peut lire dans la dernière livraison du Rapport de la commission d’évaluation de la sous-reconnaissance des MP et des AT1 (art L 176-2 du CSS), commission présidée par un magistrat de la Cour des comptes, à l’appui notamment des données de Santé Publique France2, qu’il devrait y avoir entre 46 000 et 136 000 cas de souffrance psychique liés au travail reconnus en maladies professionnelles ou en accidents du travail. L’ampleur de la sous-reconnaissance s’étire entre 21 100 et 111 200 cas, ce qui représente une dépense indue de 127 à 668 millions d’euros pour la branche maladie. 

Le rapport annuel3 sur la sinistralité de la branche AT-MP de l’Assurance maladie pointe lui aussi, dans son édition 2024, l’évolution ascendante des pathologies psychiques d’origine professionnelle. Alors que les maladies professionnelles reconnues et indemnisées par la Sécurité sociale progressent de près de 7 % par rapport à 2023, les affections psychiques enregistrent un bond de 9%. Comme le souligne le rapport annuel « Le nombre de MP psy a plus que doublé par rapport à 2020, passant de 840 à 1 805 en 2024.»  A noter également que ces maladies professionnelles d’origine psychique ne représentent qu’une modeste partie du problème des risques psycho-sociaux (RPS). Outre qu’une majorité de cas ne sont pas déclarés par les victimes, compte tenu de l‘absence de tableau de maladie professionnelle et de la complexité de la démarche, ce sont les accidents du travail d’origine psychiques qui concentrent les suffrages. Avec 29 000 cas en 2024, ils sont en augmentation de 14 % par rapport à 2023. Les secteurs du médico-social, des transports de personnes et du commerce de détail et, d’une manière générale, les branches en lien avec le public sont les plus concernées.

A force de gagner du terrain, ils finissent par affecter l’ensemble des catégories sociales. Le focus du rapport annuel de la Sécu montre que « Près de la moitié des salariés souffrant d’une affection psychique liée au travail sont des professions intellectuelles, de direction ou de type cadre supérieur. » Un phénomène relativement inédit alors que les grandes enquêtes nationales sur les conditions de travail semblaient indiquer jusqu’ici que « les cadres ou les professions intermédiaires ont une probabilité plus faible de déclarer une santé mentale dégradée que les ouvriers. », comme on peut le lire dans une étude de la Dares de 20244. On sait en effet que si le job strain (tensions dans le travail, prédictif de troubles cardio-vasculaires et de dépressions) des cadres et managers est important, il est tempéré par une plus grande autonomie – et donc des capacités de régulation plus importantes que pour les ouvriers et employés – ainsi que par une meilleure reconnaissance, ces facteurs étant protecteurs du point de vue de la santé mentale.

Ces nouveaux résultats qui tendent à montrer que la dégradation des conditions de travail touche désormais l’encadrement semblent corroborés par d’autres études5. Toutefois, ce constat ne doit pas masquer la situation inégalitaire affectant les victimes des risques psychosociaux : il demeure plus facile pour les cadres et les professions intellectuelles que pour les employés et les ouvriers de faire valoir leurs droits face aux démarches compliquées de reconnaissance du caractère professionnel des psychopathologies. Même constat s’agissant de leur capacité à « rebondir » et à retrouver un emploi après une décompensation psychique due au travail et un arrêt maladie souvent long. 

 

Des répercussions sur les arrêts maladie

Enfin, cette épidémie d’atteintes psychiques d’origine professionnelle apparaît également dans plusieurs baromètres menés par des groupes de protection sociale ou des cabinets conseil à propos des arrêts maladie.  Ainsi pour reprendre l’exemple des managers, le groupe de prévoyance Malakoff Humanis pointait déjà qu’en 2022, 53 % des managers avaient été placés en arrêt maladie. Il relevait également que « Les troubles psychologiques constituent le premier motif des arrêts longs (plus de 30 jours). Les arrêts longs pour trouble psychologique ont été multipliés par deux en l’espace de trois ans ».

 

Face à ce phénomène massif, qui s’est installé dans le paysage de la santé au travail depuis une trentaine d’années, on a accumulé des connaissances scientifiques conséquentes et mettant en mouvement différentes disciplines (Psychologie du travail, sociologie, épidémiologie, psychodynamique du travail, épidémiologie, statistique, ergonomie…).

Aujourd’hui, il est parfaitement acquis et pas sérieusement contestable qu’il existe un lien statistiquement significatif entre des pathologies psychiques et des modes d’organisation du travail et du management. Mais, ni l’évolution des connaissances, ni l’ampleur du phénomène des risques psychosociaux (RPS), ni les objectifs prioritaires affichés dans la succession des plans santé au travail nationaux et régionaux à propos de la prévention des RPS, ni les différents accords nationaux interprofessionnels (ANI) sur la qualité de vie au travail (QVT) et sur la Qualité de vie et des conditions de travail (QVCT), ni, enfin, les évolutions législatives et réglementaires (Harcèlement moral, loi du 2 août 2021 sur les services de santé au travail), n’ont permis d’implanter une politique efficace de prévention primaire des RPS dans les entreprises et les trois fonctions publiques.

Pourtant, dès 2011, avec le rapport du collège d’experts mandaté par le ministre du Travail et piloté par le sociologue et statisticien Michel Gollac administrateur de l’INSEE, on connaissait les principaux facteurs de risques sur lesquels il convenait d’agir pour prévenir les différentes formes de souffrance psychique au travail. Ils sont au nombre de six : Intensité et temps de travail ; exigences émotionnelles ; autonomie ; rapports sociaux au travail ; souffrance éthique ; insécurité (au travail et insécurité économique). (1) Le rapport, remis au ministre du travail en avril 2011, est disponible sur le site du ministère du Travail : http://travail-emploi.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_SRPST_definitif_rectifie_11_05_10.pdf

Au-delà de ces données statistiques et de ces connaissances officielles, le constat de l’importance des questions de souffrance au travail est partagé sur le terrain par l’immense majorité des médecins : du travail, généralistes et psychiatres.

Comment expliquer qu’on en soit là, malgré les connaissances accumulées et malgré un dispositif réglementaire puissant qui devrait outiller efficacement les acteurs sociaux, à commencer par les services de prévention et santé au travail ?

La vérité est qu’il est difficile d’intervenir dans une entreprise, un service, une administration sur des questions touchant à l’organisation du travail, aux relations sociales, aux conflits éthiques…

La solution de facilité est la médicalisation des « victimes » : « arrêtez-vous », « soignez-vous » disent les médecins du travail. Les salariés en souffrance, une fois pris en charge médicalement et sous traitement psychotrope sont installés dans le statut de malade.

Quand ils reviennent après plusieurs mois d’absence, c’est trop souvent l’inaptitude prononcée par le médecin du travail qui apparaît comme la moins mauvaise solution… Bien souvent, le salarié lui-même le demande, car revenir dans l’entreprise qui l’a fait souffrir est une épreuve qu’il ne se sent pas de surmonter, surtout lorsqu’il estime que le contrat de confiance avec l’employeur est rompu.

Or les situations de souffrance au travail sont rarement isolées dans une unité de travail. Pourquoi la prévention a-t-elle été inopérante ?

Pourtant, la prévention dispose de moyens d’intervention efficaces

– le Code du travail comprend de nombreux outils permettant de mettre en œuvre la prévention : principes généraux de prévention privilégiant l’adaptation du travail à l’Homme et pas seulement l’adaptation de l’Homme au travail (L4121-1et 2 du Code du travail), DUERP, fiche d’entreprise du service de prévention et santé au travail, alerte des représentants du personnel, devoir d’alerte du médecin du travail L4624-9 ;

– la prévention de la désinsertion professionnelle (PDP) est affichée comme une priorité par les plans santé travail, les SPST, les CPAM :

– on ne manque pas d’acteurs ayant en charge la protection de la santé des salariés : service de prévention et de santé au travail, Comité social et économique (CSE) et commission santé, sécurité, conditions de travail (SSCT) dans les entreprises de plus de 300 salariés, Inspection du travail + médecins inspecteur du travail, service de prévention des Carsat…

Les pistes d’amélioration passent par l’analyse de ce paradoxe entre la puissance des textes et leur non application.

Focus Fonction publique : une situation tout aussi préoccupante

La situation dans les trois fonctions publiques est malheureusement identique, si ce n’est pire, malgré de nombreux textes qui reprennent les obligations du Code du travail vis-à-vis de la protection de la santé psychique et physique des agents. Du coté des risques psychosociaux, une des difficultés est que toute alerte doit passer par la voie hiérarchique ce qui ne facilite pas les choses. Par ailleurs, les agents sont souvent prisonniers de leurs postes et il est bien difficile d’obtenir une mutation ou un changement de poste, car cela dépend beaucoup du positionnement de la hiérarchie vis-à-vis de cette demande. De surcroît, et c’est peut-être paradoxal, le fait qu’il n’y ai pas d’inaptitude possible donnée par le médecin du travail, celle-ci étant délivrée uniquement par le comité médical, rigidifie énormément la possibilité de quitter son poste si celui-ci devient trop délétère, et donc complique sérieusement toute possibilité de s’échapper d’une situation délétère pour rebondir.

Enfin, effectuer une demande de reconnaissance en maladie à caractère professionnel pour des affections psychiques dans la fonction publique est souvent un parcourt du combattant plus incertain encore que pour les salariés du privé. Après le passage devant un expert qui, généralement, ne connait pas la fonction psychique du travail, puis devant le comité médical en séance plénière où, là aussi, la connaissance sur les répercutions psychiques de mauvaises conditions de travail ne sont pas toujours appréhendées à leur juste valeur et, enfin, même si ce comité a été convaincu et donne un avis favorable, la hiérarchie peut malgré tout s’opposer à cette reconnaissance.

Focus un profil de victimes très engagées dans leur travail

Dans le cadre des consultations spécialisées en souffrance au travail, lorsque l’on interroge les salariés ou agents malades pour comprendre ce qu’ils faisaient réellement dans leur travail, il ressort que, pour la très grande majorité d’entre eux, ils étaient très impliqués dans le travail, et avaient à cœur de faire du « beau travail », pour que le service rendu soit à la hauteur de l’attente des clients, pour que l’atelier, le service fonctionne au mieux… Pour cela, ils exposent qu’ils ont tout fait ce qui était en leur pouvoir pour combler les trous de l’organisation du travail, de la réduction des moyens ou des défaillances multiples. Ils ont souvent eu une position de « résistant » pour que leur travail garde une forme humaine face à la dégradation du service, ils ont lutté pour préserver sa qualité ou son humanité lorsqu’il s’agit d’activité en rapport avec le public.

Et d’ailleurs, très souvent, ils vont vivre très mal d’être en arrêt maladie, d’avoir dû renoncer.

Focus des contre-pouvoirs affaiblis

S’il est si difficile d’importer la prévention primaire dans les entreprises, alors qu’elle est pleinement affirmée comme la clé de voute de la santé et de la sécurité au travail dans la législation, c’est probablement en raison de l’affaiblissement continue des contre-pouvoirs et des institutions de contrôle de l’application des textes. Ce n’est pas la seule raison, mais celle-ci n’est pas négligeable.

C’est le cas de l’Inspection du travail qui a de plus en plus de mal à exercer son rôle de contrôle et d’appui auprès des représentants des personnels et des salariés suite à de nombreuse réformes. Tous les rapports le montrent, les effectifs des agents de contrôle sur le terrain ont fondu avec les politiques d’austérité budgétaire de la fonction publique. A cela s’ajoute le fait que les sanctions ne sont pas suffisamment dissuasives.

Les services de prévention et de santé au travail et surtout les médecins du travail ont en charge un nombre beaucoup trop important d’entreprises et de salariés dont ils doivent suivre l’état de santé, même s’ils sont secondés par des infirmiers.ères en santé travail. La raréfaction des visites médicales (une visite tous les 5 ans) ne permet pas réellement de connaître les entreprises, leurs risques et les partenaires sociaux. Certes les équipes pluridisciplinaires et les intervenants en prévention des risques professionnels (IPRP) de ces services devraient participer à la mission et faire remonter aux médecins les informations nécessaires, mais ils sont trop souvent occupés par des tâches tournées davantage vers l’assistance aux entreprises pour que ces dernières se mettent en conformité avec les textes (avoir un document unique d’évaluation des risques (DUERP) à jour). Pour de nombreux observateurs les services de prévention et de santé au travail participent davantage à la sécurisation juridique des entreprises qu’à une mission de santé publique.

Enfin, la disparition des CHSCT contribue beaucoup à l’affaiblissement des contre-pouvoirs au sein des entreprises (voir point 5 des demandes de l’Andeva).   

Focus Des C2RMP qui dysfonctionnent

En l’absence de tableau de maladie professionnelle, les salariés atteints de trouble psychique dont ils veulent faire reconnaitre l’origine professionnelle vont voir leur dossier soumis au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (C2RMP). Une donnée illustre le dysfonctionnement de cette instance : l’extraordinaire disparité du taux de reconnaissance entre les régions. En Pays-de-la Loire, 60 % des cas de pathologie psychique soumis au C2RMP sont reconnus d’origine professionnelle, contre 40 % seulement en région Paca. Il n’est pas imaginable qu’une telle différence de taux corresponde à des différences de conditions de travail dans les régions ou à des profils particuliers des victimes. L’expérience décrite pas plusieurs praticiens de la façon dont se déroulent ces C2RMP tend à montrer que la décision va dépendre la « sensibilité » des médecins présent ou plus sûrement de la connaissance qu’ils ont sur les enjeux psychiques du travail et les conséquences positives ou négatives de celui-ci sur la santé psychique. Malheureusement il n’y a pas de formation systématique faite pour les pathologies psychiques en relation avec le travail pour tout membres du CRRMP.

Le rôle du médecin conseil de la Sécurité sociale qui siège dans les C2RMP est aussi déterminant. Ils sont pourtant juge et partie et ont accès à l’historique la consommation médicale du salarié. Dans de nombreux cas, il suffit que le patient se soit vu prescrire un antidépresseur des années auparavant pour que le médecin conseil demande systématiquement le rejet du dossier considérant que le « lien direct et essentiel » ne peut être établi.

II- Revendications de l’Andeva

1) Mettre en chantier la création d’un tableau de maladie professionnelle sur les pathologies psychiques professionnelles : Dépression, syndrome anxieux généralisé, stress post traumatique, comme le recommande l’avis6 de l’Anses de Mai 2025. Le travail d’analyse a été largement initié dans le cadre d’un groupe de travail de la Commission n°4 du COCT « commission des maladies professionnelles » qui s’est réuni entre 2010 et 2012, pour aboutir à deux recommandations importantes à destination des CRRMP :

– Pathologies d’origine psychique d’origine professionnelle

https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=TM%2026

– Recommandations sur les documents nécessaires pour l’évaluation du lien de causalité entre une affection psychique et les conditions de travail par les CRRMP

https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=TM%2032

 

Il faut donc de reprendre ces travaux dans l’objectif de construire un tableau.

  • Médecine du travail – service de santé au travail :

Alors que les services de prévention et de santé au travail, constitués de médecins du travail et d’une équipe pluridisciplinaire avec des infirmières et des intervenants en préventions des risques professionnels (IPRP) – ergonomes, psychologues du travail, sociologues, ingénieurs de prévention – on ne peut que déplorer les défaillances majeures qui se sont installées au fil de ses vingt dernières années et qui ne sont pas seulement liées à la démographie médicale et donc à la raréfaction des ressources. Ces défaillances n’ont pas été corrigées par les évolutions réglementaires et successives et notamment pas la loi du 2 août 2021.

On peut citer par exemple cet extrait du dernier rapport de la commission sur la sous déclaration des maladies professionnelles1 (art L-176-2 du CSS) déjà référencé ci-dessus.

« Le médecin du travail devrait être un acteur clé du dispositif de déclaration et de reconnaissance des MP ; l’implication de ceux-ci dans l’information, la sensibilisation et l’accompagnement des salariés en termes de reconnaissance en MP serait un excellent levier contre la sous-déclaration ».

Il n’est pas exagéré d’affirmer qu’il ne remplit généralement pas cette mission, non seulement dans l’accompagnement des salariés dont il assure la surveillance, mais également dans les réponses aux caisses de sécurité sociale qui le questionnent pour vérifier l’exposition du salarié ayant effectué une demande de reconnaissance en maladie professionnelle et dont le dossier a été aiguillé vers un C2RMP. La majorité des médecins du travail ne répond pas, au détriment du salarié et ce alors que le médecin du travail est le seul praticien compétent et ayant la légitimité de par la loi pour connaître les conditions de travail.

L’Andeva demande de rendre obligatoire et sanctionnable la réponse du médecin du travail aux caisses de Sécurité sociale dans les dossiers de reconnaissance en maladie professionnelle soumis aux C2RMP.

 

  • Renforcer le devoir d’alerte du médecin du travail au sens de l’Art L 4624-9 du Code du Travail;

I.-Lorsque le médecin du travail constate la présence d’un risque pour la santé des travailleurs, il propose par un écrit motivé et circonstancié des mesures visant à la préserver.

L’employeur prend en considération ces propositions et, en cas de refus, fait connaître par écrit les motifs qui s’opposent à ce qu’il y soit donné suite.

II.-Lorsque le médecin du travail est saisi par un employeur d’une question relevant des missions qui lui sont dévolues en application de l’article L. 4622-3, il fait connaître ses préconisations par écrit.

III.-Les propositions et les préconisations du médecin du travail et la réponse de l’employeur, prévues aux I et II du présent article, sont transmises au comité social et économique, à l’agent de contrôle de l’inspection du travail mentionné à l’article L. 8112-1, au médecin inspecteur du travail ou aux agents des services de prévention des organismes de sécurité sociale et des organismes mentionnés à l’article L. 4643-1.

Cet article du Code du travail est un levier puissant pour « inviter » les entreprises à agir en prévention primaire, notamment dans le cas des risques psychosociaux (RPS).

En effet, il est plutôt rare que le médecin du travail (ou l’infirmière du travail) n’ait pas connaissance des cas de souffrance au travail d’une entreprise et il est tout aussi rare que ces cas soient isolés… Bien souvent, les RPS affectent plusieurs salariés d’une même entité de travail.

Dès lors, l’alerte devrait être systématique afin que, non seulement, l’employeur soit clairement informé de l’existence du risque et qu’il dispose d’une ébauche de dispositifs de prévention à activer, mais aussi que l’ensemble des acteurs de prévention, internes (CSE) ou externes à l’entreprise (inspecteur et médecin inspecteur du travail, service de prévention des carsat) soient également avertis de la démarche du médecin du travail.

Non seulement cet outil juridique est très peu usité par les services de santé au travail, mais la rédaction du point III, pourtant assez claire, donne lieu à des interprétations que le ministère du Travail n’a jamais clarifiées. Ainsi, rares sont les médecins du travail qui transmettent l’alerte au CSE et aux services de contrôle en même temps qu’à l’employeur. Si ce dernier n’agit pas ou prétend qu’il va agir pour circonscrire le risque, mais sans informer, lui non plus, les acteurs de prévention internes ou externes à l’entreprise, alors le risque est important que la réponse préventive ne sera pas à la hauteur des risques et aucun contrôle d’effectivité ne sera possible.

L’Andeva demande, d’une part, de modifier la rédaction de l’article L4624-9 pour que la transmission à la liste de destinataires de l’Alerte par le médecin du travail ne souffre d’aucune ambiguïté et, d’autre part, d’insister sur la responsabilité du médecin du travail dans son rôle d’alerte vis-à-vis de l’employeur et des acteurs internes et externes de l’entreprise, lorsqu’il constate un risque pour la santé des travailleurs.

Par ailleurs, l’Andeva demande que le II de l’article L4624-9 étende la saisine du médecin du travail par l’employeur au CSE ainsi qu’aux agents de contrôle de l’Inspection du travail, du médecin inspecteur, et des services de prévention de la carsat.

 

  • Lorsqu’une Cpam constate qu’une entreprise a plusieurs salariés en arrêt maladie d’origine psychique, elle saisit le servie prévention de la Carsat ainsi que les IRP de l’entreprise, elle fait un signalement à l’Inspection du travail et écrit au médecin du travail dans le cas de l’article L4624-9 II modifié selon la demande formulée ci-dessus au point 3.
  • Recréer une instance représentative du personnel dédiée Santé conditions de travail.

La suppression du CHSCT par les ordonnances Travail de 2017 a sérieusement affaibli le contre-pouvoir syndical sur les questions de santé et conditions de travail, comme on a pu le lire dans la note conclusive du comité d’évaluation des ordonnances. Il est donc nécessaire de remettre en chantier ce sujet d’une instance dédiée et, si possible, d’une instance en prise directe avec le travail réel comme on peut le lire dans le « Manifeste pour une démocratie du travail »  Manifeste pour une démocratie du travail – Acheter les livres de La Dispute et des Éditions sociales

 

  • Ajouter un 10ème principe général de prévention : l’écoute obligatoire par l’employeur des salariés sur les conditions et l’organisation du travail. Cette proposition, issue des Assises du travailde 2023, avait été reprise dans un avis, puis dans un rapport, du Conseil économique, social et environnemental (CESE) en 2023 et 2025. 
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Focus enquête Sumer

Depuis 2002 l’enquête nationale Sumer (surveillance médicale des expositions aux risques professionnels) qui est coordonnée par deux directions du ministère du Travail (la Direction de l’animation de la recherche et des études statistiques – Dares et l’Inspection médicale du travail au sein de la Direction générale du travail – DGT) montre de manière très significative l’évolution des conditions de travail en France et le lien avec la « dépressivité » des salariés et l’absentéisme.

Pour mémoire, le recueil des données est effectué par des médecins du travail volontaires qui tirent au sort des salariés du secteur privé ou public qu’ils vont enquêter. Il y a eu trois vagues d’enquête – 2002, 2010 et 2017 – ce qui permet de mesurer les évolutions des facteurs de risque, dont les fameux risques psychosociaux (RPS). Les résultats sont largement diffusés par le ministère du Travail, et commentés par la communauté scientifique et médicale en santé au travail. Les données donnent lieu à de nombreux travaux de recherche.

Par exemple, en 2017, le fait de ne pas pouvoir discuter avec les collègues en cas de difficulté dans le travail multiplie par deux les comportements hostiles et par 1,3 le job strain (tensions au travail, prédictif de troubles cardio-vasculaires et de dépressions).

De même, l’impossibilité de parler avec un supérieur hiérarchique, toujours en cas de difficultés dans le travail, multiplie par 3 les comportements hostiles et par 1,3 le job-strain.

Le fait de ne pas avoir d’information suffisante pour faire correctement le travail double les comportements hostiles et le job-strain ; de même le fait de vivre des conflits éthiques dans son travail double le job-strain et triple les comportements hostiles…

Enfin, l’enquête montre que le fait de déclarer subir un comportement hostile triple le risque d’être en dépression modérée ou sévère et majore les arrêts de travail de 10 points (35 % des actifs déclarent avoir eu un arrêt au cours des 12 derniers mois ; un chiffre qui grimpe à 45 % lorsque les salariés ou agents déclarent être victimes d’un comportement hostile).

De, même, le fait de déclarer être en job-strain double le risque de présenter une dépression modérée ou sévère et augmente l’absentéisme de 6 %.

 

BIBLIOGRAPHIE