Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Canada, 2014 : les mines d’amiante sont fermées ; qui se soucie des mineurs ?

28 mars 2014

Après plus d’un siècle de profits et des millions de morts, les mines d’amiante sont fermées

Le Canada a été le grand producteur historique d’amiante : entre le début de la production d’amiante à la fin du XIXème siècle et la fermeture de Mine Jeffrey en 2012, le Canada aura exporté plus de 60 millions de tonnes d’amiante, d’abord vers les Etats-Unis, puis l’Europe et enfin — quand ces deux marchés se sont rétrécis pour des raisons de santé publique — vers l’Asie.

Le gouvernement canadien a toujours soutenu financièrement, diplomatiquement l’industrie de l’amiante et sa désinformation meurtrière, ainsi que le gouvernement québécois jusqu’en octobre 2012. Dans un revirement dramatique en faveur de la santé publique et de l’intégrité, le nouveau gouvernement de Pauline Marois a décidé, en octobre 2012, d’annuler un « prêt-cadeau » de 58 millions de dollars aux propriétaires de la mine Jeffrey, accélérant ainsi la fermeture de celle-ci.

Le gouvernement canadien de Harper a eu le cynisme d’annoncer alors, qu’il renonçait à saboter la convention de Rotterdam, puisque le Canada n’avait plus d’intérêts économiques au commerce de l’amiante. Le ministre de l’industrie, Christian Paradis a annoncé explicitement « Il serait illogique pour le Canada de s’opposer à l’inclusion du chrysotile à l’annexe III de la Convention de Rotterdam alors que le Québec, qui est la seule province productrice de chrysotile, en interdira l’exploitation » [1]. Cependant les problèmes liés à l’amiante sont loin d’être résolus au Canada.

Mais L’annulation du prêt de 58 millions de dollars n’a pas fini de provoquer appétits et soubresauts :

- Les actionnaires, propriétaires de Mine Jeffrey veulent recevoir un dédommagement pour « manque à gagner » ! On n’entend plus la voix de Chadha, le riche marchand qui a inondé l’Inde d’amiante canadien, ni de Clément Godbout, ancien président de l’institut du chrysotile canadien, mais Bernard Coulombe, président de Mine Jeffrey, a récemment déclaré à la presse qu’un accord était en bonne voie avec les autorités, en échange de l’abandon des droits miniers. [2]
- Les propagandistes et pseudo-scientifiques véreux se reconvertissent et vendent désormais leur « savoir-tricher » aux industriels de l’amiante brésiliens, indiens et russes. [3]
- Et les travailleurs des mines dans tout cela ? Coulombe, Chadha, Godbout ne semblent pas beaucoup s’en soucier, alors que le système de retraite des mineurs est en faillite et n’est aucunement assuré. Leur syndicat est récemment monté au créneau en demandant une indemnité compensatrice pour les ex-salariés de la mine Jeffrey d’Asbestos. [4]

Bien évidemment seule cette dernière demande nous semble légitime même si l’appellation est erronée.

Il est juste en effet que les anciens travailleurs des mines d’amiante aient accès à une retraite digne et garantie.

Il est inadmissible du point de vue de la morale que les industriels de l’amiante du Canada, qui ont déjà soutiré à l’état et aux contribuables canadiens plus de cent millions de dollars, qui ont empoisonné la planète, provoquant des centaines de milliers de décès à travers le monde et plusieurs milliers de décès au Canada, dans le seul but de leurs profits, cherchent à obtenir encore de l’argent public.

En fait les gouvernements canadiens et québécois, libérés de l’influence nocive de l’industrie minière de l’amiante, doivent maintenant traiter rationnellement les problèmes liés à l’amiante.

Que doit faire le gouvernement du Québec ?

Avoir stoppé les subventions frauduleuses à l’extraction d’amiante et mis fin à ce commerce meurtrier au Québec, est évidemment une bonne décision, tant du point de vue de la morale et de la santé publique que du point de vue du bon sens économique. Cependant le gouvernement de Pauline Marois et ses successeurs auront encore de nombreuses décisions à prendre concernant l’amiante.

• Le gouvernement québécois doit réaffirmer ses motivations parfaitement légitimes pour avoir retiré le prêt pour la mine Jeffrey.

• Les gouvernements québécois et canadien doivent publiquement reconnaître le mal fondé du financement des exportations d’amiante par les contribuables canadiens durant les trois dernières décennies.

• Les gouvernements québécois et canadien doivent publiquement reconnaître le mal fondé du financement de la propagande mensongère et meurtrière de l’institut de l’amiante de Montréal.

• Le gouvernement québécois doit officiellement enterrer la politique absurde de « l’utilisation accrue du chrysotile » [5]. L’objectif avoué de cette politique était de « accroître l’utilisation sécuritaire de l’amiante chrysotile[au Québec] et de produits qui contiennent de l’amiante chrysotile. Il s’agissait en fait d’encourager, subventionner l’utilisation d’un petit peu d’amiante au Québec, pour pouvoir justifier d’en vendre beaucoup en Inde, en Chine, en Indonésie, etc.

• Les gouvernements québécois et canadien doivent enfin doter leur pays d’une législation de prévention vis-à-vis de l’amiante en place et développer une politique d’indemnisation des victimes de l’amiante.

• Pour protéger sa population et montrer l’exemple au reste du monde, le Canada doit interdire l’amiante.

• Et enfin le gouvernement québécois doit rapidement mettre en place un accès à une retraite anticipée, dans des conditions dignes, pour les anciens mineurs.

[1] Le devoir, 14 septembre 2012, Convention de Rotterdam : Ottawa ne s’opposera plus à l’inscription du chrysotile http://www.ledevoir.com/politique/c...

[2] Radio Canada, 8 février 2014, Mine Jeffrey : entente imminente avec Québec selon Bernard Coulombe ; Une entente compensatoire entre Québec et Mine Jeffrey d’Asbestos pourrait être conclue d’ici un mois ou deux, selon le président de la minière, Bernard Coulombe., http://ici.radio-canada.ca/regions/...

[3]  Voir notamment :

Au Brésil, les témoignages devant le Suprême Tribunal Fédéral, STF, Brésil

En Russie Russie et Convention de Rotterdam 2013 : un sabotage annoncé

En Inde Les scientifiques et les associations écrivent aux ministres indiens, 27 novembre 2013,

[4] La nouvelle union, 17 mars 2014, Une indemnité compensatrice pour les ex-salariés de Mine Jeffrey d’Asbestoshttp://www.lanouvelle.net/Opinion/T...

[5] Document officiel du Ministère des Mines et Ressources Naturelles du Québec, juin 2002, POLITIQUE D’UTILISATION ACCRUE ET SÉCURITAIRE DE L’AMIANTE CHRYSOTILE AU QUÉBEC, https://www.mrn.gouv.qc.ca/publicat...