Le ministère avait refusé d’inscrire cet établissement sur les listes. Le juge lui a demandé de revoir sa position. Le ministère et la direction ont fait appel.

Tout a commencé par l’examen médical d’un salarié : il a passé un scanner et découvert qu’il était malade.

« Nous avons pris conscience que l’exposition à l’amiante pouvait provoquer des maladies très graves »
, expliquent Franck Barse et Georges Renoux. « Le syndicat CGT a informé les salariés et les a incités à passer des scanners. »

Les résultats sont accablants : 209 personnes malades de l’amiante, 13 décès.

A ce premier choc, s’en ajoute un autre : en décembre 2003, la direction annonce un plan de licenciements. Informé par le Caper Auvergne de l’existence d’une pré-retraite amiante, le syndicat demande que le site soit classé « amiante ».

« Nous avons monté un dossier très complet,
 explique Franck, avec des documents et des preuves de la présence d’amiante dans tous les bâtiments. Le ministère a refusé l’inscription. Nous avons contesté cette décision devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand ».

Le 24 décembre 2006, le tribunal annule la décision du ministère et l’enjoint de réexaminer la demande dans un délai de deux mois.
Le ministère engage un recours devant la Cour d’appel administrative de Lyon. Aubert et Duval fait de même. Le ministère justifie son refus en expliquant en substance : vous avez respiré de l’amiante, il y des malades et des morts ; c’est entendu, mais vous n’entrez pas dans le cadre de la loi de financement de la sécurité sociale...

L’inspection du travail et la médecine du travail donnent tort aux salariés : il n’y avait, selon eux, plus d’amiante dans l’usine après 1977. Or un rapport de 5000 pages de Veritas révèle une présence massive d’amiante en 2005.

Ils affirment que l’entreprise n’a jamais calorifugé ni floqué. Or le calorifugeage était partie intégrante de l’activité de l’entreprise. Les installations étaient soumises à de très hautes températures.

Pour assurer une protection thermique et éviter les déperditions de chaleur, l’amiante était massivement utilisé - sous forme de tresses, bandes, gaines, plaques ou bourre d’amiante - dans les services aciérie, fonderie, laminoir, traitement thermique, labos. Certes Aubert et Duval n’intervenait pas chez d’autres sociétés, mais elle assurait elle-même l’isolation et la maintenance de ses propres équipements en interne.
Soumis à de très hautes températures, l’amiante se délitait rapidement. Il fallait le remplacer fréquemment, en grattant le calorifuge pour l’enlever. Cette activité n’était pas marginale. Elle était au cœur du process : sans calorifugeage, pas d’acier !

Pour le syndicat CGT et le Caper des Ancizes - qui s’est créé pour défendre les victimes et les personnes exposées - il est vital que la Cour d’appel de Lyon confirme le jugement du tribunal administratif de Clermont-Ferrand.

La direction a pris la terrible responsabilité d’utiliser ce matériau cancérigène pour calorifuger ses installations. Ce choix a réduit l’espérance de vie de ses salariés, qui comptent aujourd’hui leurs malades et leurs morts. Le site doit être classé « amiante ».

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Article paru dans le Bulletin de l’Andeva n°22 (avril 2007)