Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Faute inexcusable de l’employeur : Henri, "vétéran de l’amiante" contre CEGELEC-ALSTOM

30 novembre 2016

S’il était permis de plaisanter sur des sujets touchant à la santé et à la vie humaine, on dirait sans hésiter qu’Henri Boumandil devrait figurer dans le Guiness des records. Atteint de deux maladies liées à l’amiante, des plaques pleurales et une asbestose, il a dû engager depuis 1987 un incroyable marathon judiciaire. Il était encore le 19 février devant la Cour d’appel de Paris.

« C’est la véridique histoire d’un incroyable parcours du combattant »

« J’ai travaillé pendant 16 ans chez CEGELEC – Alstom, explique Henri, le secrétaire de l’Addeva 93. En 1987 j’ai eu des plaques pleurales liées à l’amiante. La Caisse primaire a refusé deux fois de reconnaître la maladie professionnelle. En 1997, j’ai contesté ces refus devant le Tass qui m’a débouté. En 2002, quinze ans après la première déclaration, à l’issue de onze audiences, la Cour d’appel de Paris m’a enfin donné gain de cause. La cour de cassation a rejeté le pourvoi d’Alstom. En 2005 j’ai fait condamner Cegelec pour faute inexcusable de l’employeur ».

L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais, la même année, Henri a découvert qu’il avait une seconde maladie : après les plaques qui rigidifiaient la plèvre, est arrivée une asbestose, une fibrose du poumon proprement dit. «  Cette fois-ci, la caisse primaire a reconnu sans difficulté la maladie en 2006. On pouvait espérer que le tribunal, qui avait déjà prononcé une condamnation, allait la confirmer pour cette seconde maladie. En fait, après avoir saisi le tribunal, j’ai attendu encore trois ans que l’affaire soit audiencée devant la Cour d’appel de Paris ! »

Le 19 février 2015, escorté d’une délégation de l’Addeva, Henri s’est rendu au Palais de Justice.

Une véritable partie de ping pong ! Quatre avocats représentant chacun une entité industrielle née des restructrurations successives de Cegelec sont intervenus. « Ils se sont livrés à une véritable partie de ping-pong, explique Henri. Chacun à son tour, ils ont tous juré que leur société n’avait aucune responsabilité dans cette affaire » « Les avocats de la partie adverse ont soutenu que je n’avais qu’une seule maladie dont l’aggravation avait déjà été payée, . L’asbestose et les plaques pleurales sont pourtant deux pathologies bien distinctes, l’une affectant le poumon, l’autre la plèvre qui l’enveloppe ». La Cour d’appel rendra sa décision le 16 avril.

Henri a cessé de compter les radios, les scanners, EFR, lavages broncho-alvéolaires qu’il a subis depuis le début de l’aventure. Il a 83 ans. Il est plus déterminé que jamais, mais il commence à trouver le temps long….

Qui d’autre qu’un militant associatif et syndical chevronné comme lui aurait pu suivre un tel parcours du combattant sans jamais se décourager ?


Article tiré du Bulletin de l’Andeva N°48 (avril 2015)