Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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UNE VICTOIRE

12 février 2019

K2, l’entreprise qui espionnait les militants anti-amiante
du monde entier a été contrainte
de verser de substantiels dédommagements.

Robert Moore se présentait comme un réalisateur de documentaires qui voulait tourner un film sur les dangers de l’amiante. En fait, c’était une taupe, grassement payée par la société K2 pour infiltrer et espionner le réseau mondial anti-amiante au profit des industriels et des pays producteurs. Moore a heureusement été démasqué. Des poursuites judiciaires ont été engagées par les victimes de ces méthodes crapuleuses. K2 a finalement été contrainte de dédommager cinq figures du mouvement anti-amiante.

Le travail lucratif d’un espion international

Moore avait réussi à gagner la confiance de membres éminents du réseau international anti-amiante en Europe, au Canada et en Asie.

Il avait pu ainsi accéder à des informations confidentielles, collecter des documents, enregistrer des discussions privées et des réunions...

Ce travail de taupe était lucratif : l’enquête a montré que la société K2 lui avait versé au total 336 000 livres d’honoraires ainsi que 130 400 livres pour ses frais divers.

Mis en demeure par le juge, il a dû communiquer 35 000 documents

Une procédure judiciaire a été ouverte en Grande-Bretagne en octobre 2016 pour abus de confiance, utilisation abusive d’informations confidentielles et violation de la loi sur la protection des données. Sur injonction de la Haute Cour Moore a dû transmettre plus de 35 000 documents dont 650 auraient été transmis à la société K2 !

Mais qui était donc le commanditaire ?

En recherchant le commanditaire, les juges se sont heurtés à une vive résistance.

Leur identité a finalement été révélée : il s’agit de Wetherby Select Ltd, une société de portefeuille basée dans les îles vierges britanniques, de Nurlam Omarov, un lobbyiste kazakh de l’industrie de l’amiante et de Daniel
Kunin, un ressortissant américain impliqué dans l’industrie de l’amiante au Kazakhstan.

Les commanditaires de cette activité d’espionnage industriel, baptisée Project Spring (projet de printemps) étaient à la recherche d’informations sur la campagne internationale pour l’interdiction mondiale de l’amiante notamment en Thaïlande et au Vietnam.

Ils demandaient régulièrement des bulletins de situation pays par pays.

Une victoire contre le lobby de l’amiante

La procédure judiciaire a abouti : K2 a été contraint d’accepter de verser des dédommagements substantiels à cinq militants éminents du mouvement anti-amiante : Laurie Kazan-Allen, Rory O’Neill, Khishnendu Mukherjee, Sugio Furuya et Harminder Bains. Une victoire judiciaire et morale, un appel à continuer le combat....


LAURIE KAZAN-ALLEN (IBAS)
« L’industrie de l’amiante perdra la bataille »

Laurie Kazan-Allen qui est coordonnatrice du Secrétariat international pour l’interdiction de l’amiante (Ibas) a commenté l’issue de cette procédure judiciaire :

« La campagne mondiale pour l’interdiction de l’amiante est un mouvement populaire légitime, soutenu par un nombre incalculable de victimes de l’amiante, syndicalistes, ONG, experts juridiques, médicaux et techniques.

Cette affaire a été initiée pour infiltrer notre réseau et cibler ceux d’entre nous qui sont perçus comme une menace pour l’industrie de l’amiante.

Nous avons atteint notre objectif dans ce litige. L’industrie de l’amiante perdra la bataille pour préserver les marchés de l’amiante. Nous attendons un avenir sans amiante ! »


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva N°59 (janvier 2019)