Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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UN HOMMAGE D’ANDRà‰ PICOT

13 mai 2009

« Il fut l’un des tout premiers en France à dénoncer le scandale de l’amiante »

Nous publions ci-dessous un texte d’hommage
rédigé par André Picot, président de l’Association Toxicologie Chimie (ATC)


Aujourd’hui, une bien triste nouvelle : un grand ami et un grand frère de lutte nous a quittés. C’est notre ami Henri Pézerat.
En effet l’Association Toxicologie-Chimie (ATC) est en deuil... Notre grand ami Henri Pézerat qui fut notre soutien dès la création de l’ATC vient de nous quitter le lundi 16 février 2009.
La disparition d’Henri est pour l’Association Toxicologie-Chimie une perte irremplaçable tant l’originalité de son écoute attentive, permanente et surtout humaine va nous manquer cruellement. Il y a seulement quelques jours, il avait accepté de nous préparer quelques fiches pour notre futur site sur les produits minéraux fibreux en particulier les amiantes.

« A cette époque, le plomb tuait les enfants »

Henri a été un des tout premiers en France à dénoncer le scandale de l’Amiante et à lutter âprement pour son interdiction à l’échelle mondiale, n’hésitant pas à s’attaquer à de puissants lobbies internationaux.
C’est Henri qui m’avait invité il y a plus de 25 ans à travailler avec les Amis de la Terre sur les dangers du plomb.
A cette époque le plomb tuait les enfants des appartements insalubres peints à la céruse (le blanc de plomb, un poison mortel...) sans compter que la population des villes à grande circulation automobile était soumise à l’époque aux émanations très neurotoxiques de l’essence contenant du plomb tétraéthyle qui agissait à faible dose sur le développement cérébral des enfants... avec toutes les conséquences à long terme que l’on peut imaginer.
Ensuite Henri m’entraîna à Jussieu dans les premières réunions du Comité Amiante, où j’ai appris à travailler avec les militants qui jetèrent les bases d’un combat exemplaire sur un des problèmes majeurs de santé publique de notre pays qui, à l’époque refusait obstinément de le reconnaître.

Les bases de la toxicochimie minérale

Aussi lorsque nous avons démarré il y a tout juste vingt ans en 1989 le 1er cours de Toxicologie au Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM de Paris) il fut l’un des tout premiers intervenants venu enseigner avec passion et surtout compétence les effets pervers des fibres d’Amiante et nous enseigner les bases de la toxicochimie minérale, dans laquelle il s’était totalement impliqué.
Lorsque des enseignements démarraient sur les risques chimiques, par exemple à l’Université Paris-Sud d’Orsay, mais aussi dans bien d’autres pôles d’enseignements, c’est encore Henri qui assura la formation sur les dangers des substances fibreuses et d’autres produits minéraux toxiques rencontrés dans le milieu de travail... car Henri était avant tout très soucieux de la santé des travailleurs confrontés à des produits chimiques.
Ensuite nous n’allons plus nous quitter, car Henri nous a toujours soutenus, que ce soit lors de nos journées annuelles consacrées à « Toxicité et Société » ou aux différentes formations que nous avons été amenés à développer... sa très forte personnalité étant toujours un excellent gage d’animation lors de ces rencontres scientifiques.

La contamination environnementale en Nouvelle Calédonie

Henri a été de tous les combats liés à l’Amiante et aux effets toxiques d’autres substances chimiques rencontrées en milieu de travail, mais aussi dans la vie de tous les jours et dans l’environnement.
J’ai toujours admiré sa grande rigueur scientifique, sa disponibilité totale que j’ai pu mesurer jusqu’en Nouvelle Calédonie où il a soutenu les militants locaux impliqués dans la reconnaissance des maladies de l’amiante.
Cet amiante, sous forme de trémolite, se trouve être un contaminant environnemental très préoccupant, car affleurant dans certaines zones de la Nouvelle Calédonie, il contamine les populations autochtones, augmentant leur risque de mésothéliome.

Les effets neurotoxiques de l’aluminium

Avec Henri notre collaboration a toujours été totale et sans jamais une anicroche. Pourtant les sujets concernant la toxicité où nos vues auraient pu être différentes étaient nombreux, mais à chaque fois il arrivait à me convaincre des réels dangers de tel ou tel produit, même si au départ j’étais parfois un peu sceptique. L’une de nos dernières collaborations concernait les effets néfastes de l’aluminium (sous forme cationique) dans l’eau de boisson : par exemple ses effets neurotoxiques à long terme qui peuvent accélérer le vieillissement cérébral en particulier dans la maladie d’Alzheimer. Henri était convaincu que la nature des espèces chimiques de l’aluminium présentes dans l’eau devait être un des facteurs importants de la pénétration par voie orale de cet élément dans l’organisme. Des travaux récents semblent lui donner raison et comme sur beaucoup d’autres sujets sur lesquels il s’était investi, il n’aura pas eu la satisfaction de voir qu’il était un précurseur et qu’il avait vu juste.
Chimiste cristallographe reconnu, Henri était devenu au cours de ces dix dernières années un toxicochimiste de renommée internationale, alliant une parfaite connaissance de la chimie minérale et une approche de la toxicologie très moderne.

« Il symbolise un modèle de ce que doit être un lanceur d’alertes »

En effet si je devais résumer son combat pour la prévention contre les risques chimiques, il me semble qu’il symbolise totalement ce que doit être un modèle de lanceur d’alertes : compétent, acharné dans ses convictions, parfois obstiné et surtout profondément humain, donc à l’écoute des autres, en particulier les plus défavorisés.
Ce sont ces qualités tout à fait exceptionnelles qui ont fait d’Henri un précurseur hors pair parmi les lanceurs d’alertes. Nous lui en sommes tous profondément reconnaissants.
Tous ses amis qui ont mené avec lui les innombrables combats pour l’amélioration de la santé au travail le remercient de tout cœur et ne sont pas prêts de l’oublier, car il fut pour nous tous un modèle et un très grand ami, fidèle en amitié.
Sa disparition nous va droit au cœur et tous les membres de l’ATC sont en deuil d’un véritable frère, que nous n’oublierons jamais car il fut un ami exceptionnel : son souvenir nous guidera sans aucun doute dans nos futurs combats contre l’inégalité des travailleurs vis-à-vis des produits chimiques dangereux.

Sincères condoléances à toute sa famille, à Annie et à tous ses proches.

André Picot, Président de l’ATC,
Maurice Rabache, le bureau,
les membres de l’ATC
et ses sympathisants.

Le 18 février 2009


Article paru dans le Bulletin de l’Andeva n°29 (avril 2009)