Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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UN DOCUMENT à‰DIFIANT

13 mai 2009

« Docteur Bernstein, m’entendez-vous ? »

Le Dr Bernstein se décrit comme un consultant indépendant. Au fil de ses longues années de service auprès du gouvernement canadien et de l’Institut du Chrysotile, le Dr Bernstein a été peu bavard sur ceux qui ont financé sa recherche qui s’est révélée si utile pour l’industrie, et ses efforts, surtout, pour faire échouer les demandes d’indemnisation pour des dommages causés par l’amiante chrysotile.
En octobre 2007, Bernstein est témoin expert devant un tribunal du Texas. Il intervient pour la Georgia Pacific, une société qui fabrique des produits contenant du chrysotile provenant d’une mine d’Union Carbide en Californie. L’affaire concerne une victime du mésothéliome, qui demande une indemnisation. Richard Nemeroff, avocat de la victime, mène un contre-interrogatoire. Le dialogue est ahurissant.


Un expert de l’Institut du chrysotile témoigne devant un tribunal du Texas

Richard Nemeroff (avocat de la victime )  : L’étude sur le chrysotile que vous avez mentionnée au jury est-elle celle qui a été faite à la demande de la Union Carbide, d’une société brésilienne de mines d’amiante, de l’Institut du Chrysotile et du gouvernement du Canada ? Est-ce bien celle-là ?

Dr Bernstein : Oui, c’est celle-là.

Nemeroff lui demande qui a financé ses autres études. Bernstein ne répond pas clairement. On lui montre le relevé de paiement d’Union Carbide… Exaspéré, le juge Knize, intervient vigoureusement pour l’obliger à répondre.

M. Nemeroff : Cela vous rafraîchirait-il la mémoire si je vous montrais ce que la Union Carbide a répondu aux interrogatoires d’instance, quand ils ont dit vous avoir payé 400 623,20 dollars ? […]

Juge Knize : Écoutez. M’entendez-vous ? Pouvez-vous me voir et m’entendre ? Lisez sur mes lèvres. Combien la Union Carbide vous a-t-elle payé par l’entremise de ses avocats ?

Dr Bernstein : Je n’ai pas le montant exact sur moi. Je me souviens que c’était environ 100 000 francs suisses […]

M. Nemeroff : Maintenant, ces études scientifiques dont vous continuez de parler, et vous avez répété plusieurs fois que l’EPA (Environmental Protection Agency) et la Commission européenne sont allées vous voir pour que vous fassiez quelque chose. Ni l’EPA ni la Commission européenne ne vous ont commandé d’étude sur l’amiante, n’est-ce pas ?

Dr Bernstein : Non, elles ne me l’ont pas demandé.

M. Nemeroff : Donc si le jury reste avec l’impression que l’EPA ou la Commission européenne vous ont demandé votre opinion au sujet de l’amiante, il a tort, n’est-ce pas ?

Dr Bernstein : Oui

Bernstein a dû admettre que toutes ses études sur l’amiante chrysotile ont été financées par l’industrie de l’amiante chrysotile et par des entreprises engagées dans des contentieux sur la réparation des dommages causés par l’amiante chrysotile. Le Dr Bernstein a admis que pas un seul organisme scientifique dans le monde n’était d’accord avec son point de vue sur le chrysotile.

M. Nemeroff : Alors le jury doit comprendre que toutes vos opinions relatives à l’amiante chrysotile proviennent de trois études que vous avez faites récemment à la demande des sociétés minières [d’amiante]ou des parties défenderesses en litige ; est-ce exact ?

Dr Bernstein : Quatre études, oui.

M. Nemeroff : Et vous convenez avec moi, ici même aujourd’hui, que vous ne pouvez pas nommer un seul organisme scientifique qui ait accepté vos conclusions relatives à l’amiante chrysotile ; est-ce exact ?

Dr Bernstein : C’est exact.

M. Nemeroff : Durant toutes ces années, je ne parle pas de mois, mais des années depuis que vous avez publié vos travaux, personne, pas un seul organisme scientifique ni un seul gouvernement ni une seule agence, n’a accepté votre point de vue sur le chrysotile tel que vous l’avez expliqué au jury aujourd’hui ; est-ce exact ?

Dr Bernstein : C’est exact.

Le Dr Bernstein est l’auteur d’une curieuse diapositive ; On y voit le visage souriant... d’une cellule macrophage (les macrophages tentent de digérer les particules inhalées par les poumons). Il dit que le macrophage est heureux de s’être débarrassé des fibres de chrysotile.
Dr Bernstein : Si le chrysotile – le macrophage – sourit, c’est que le macrophage a retrouvé son état naturel et que c’est un macrophage heureux.


Article paru dans le Bulletin de l’Andeva n°29 (avril 2009)