Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Les Victimes de l’Amiante ont manifesté à Paris

10 octobre 2009

- La manifestation.
- Les prises de paroles.
- Les photos.


A l’appel de l’andeva, plusieurs milliers de personnes ont défilé le samedi 10 octobre dans les rues de Paris.

Pour cette 5ème manifestation nationale dans la capitale, les manifestants sont retournés sur les lieux qui les ont vu faire leurs premières armes. Ils ont marché de l’avenue de Messine, ancien siège du Comité Permanent Amiante de sinistre mémoire, jusqu’aux abords de la place Vendôme.

Les victimes de l’amiante sont allées dire haut et fort jusqu’aux portes du Ministère de la Justice leur mécontentement de ne pas avoir eu le procès pénal qu’elles réclament depuis 1996, date du dépot des premières plaintes.

Elles sont allées dire leur inquiétude devant le projet gouvernemental de suppression du juge d’instruction annoncé pour le début de l’année 2010, mesure qui rendrait ce procès encore plus hypothétique.

Parmi eux, des membres de l’Union Syndicale de la Magistrature et de l’Association Française des Magistrats Instructeurs.

Ces deux organismes étaient également présents lors de la conférence de presse qui s’est tenue deux jours plus tôt, le jeudi 8 octobre au palais de justice de Paris, conférence pendant laquelle ils ont longuement débattu sur ce thème en compagnie de l’Andeva, de la Fnath et du Comité Anti Amiante Jussieu.

C’était une première de voir ainsi magistrats et victimes défiler ensemble sous les mêmes bannières, et la presse radio et télévisée s’est très largement déplacée pour l’occasion.

Les manifestants ont quitté l’avenue de Messine vers 14h00, précédés par huits échassiers costumés - pour certains en juges, pour d’autres en malades de l’amiante, et transportant un cercueil symbolisant une justice à l’agonie.

Le cortège s’est avancé en silence jusqu’au boulevard des Italiens où s’est déroulé un enterrement symbolique de la justice. Sous les accords funèbres du requiem de Mozart et devant une assistance très émue, les échassiers sont allés déposer leur cerceuil à la porte du pôle de santé publique.

Pierre PLUTA, vice président de l’Andeva, est intervenu au micro pour marquer l’évènement :

« Le président de la République, qui semble disposer de dons surnaturels, a prédit en janvier dernier que le rapport Léger qui lui a été remis le 03 septembre se prononcerait pour la suppression du juge d’instruction. »

« L’adoption de ce rapport signerait la mort certaine de l’indépendance de l’instruction, une atteinte aux libertés individuelles et aux droits des victimes, une mise en cause des fondements de notre démocratie. »

« Ce serait de toute évidence un moyen d’enterrer les dossiers jugés politiquement trop sensibles et gênants pour le pouvoir, à commencer par celui de l’amiante. La justice doit passer et non pas classer. »

La manifestation s’est ensuite dirigée vers la place de l’Opéra, qu’elle a traversé pour rejoindre la rue de la Paix où se trouvait le podium de fin.

Plusieurs interventions se sont alors succédées au micro.

Virginie VALTON de l’USM est intervenue pour pointer du doigt les problèmes que ne manquerait pas de poser la supression du juge d’instruction. La liste est longue et accablante :

- Le recours devant le juge de l’enquête sera illusoire puisque même si le juge ordonne la poursuite de l’enquête, celle-ci sera confiée au même procureur et aux mêmes enquêteurs, avec les mêmes moyens, et n’aura donc pas plus de chances d’aboutir ; de plus, le juge de l’enquête n’aura pas de vision d’ensemble d’un dossier n’ayant vocation qu’à intervenir ponctuellement ; ce donc un juge alibi, une caution morale de cette réforme.
- La victime n’aura plus accès au juge puisque la plainte avec constitution de partie civile n’existera plus.
- En contrepartie, le rapport Leger promet un renforcement du contradictoire et des droits des parties, ce qui suppose au préalable soit de pouvoir payer un avocat, soit, comme le rappelle le conseil de l’Europe, que l’aide juridictionnelle soit largement augmentée pour permettre aux avocats commis d’office de s’investir complètement dans le dossier. Or, le budget de l’aide juridictionnelle annoncé pour 2010 est en baisse….
- La réforme permet l’intrusion du pouvoir exécutif dans les enquêtes mettant en péril l’équilibre démocratique.

« Les politiques ne peuvent décemment rester sourds lorsque le conseil de l’Europe les rappelle à l’ordre et que victimes et magistrats réclament main dans la main ce que 75 % de l’opinion publique souhaite : le maintien du juge d’instruction » conclut-elle.

Marc TREVIDIC, juge anti-terroriste et président de l’AFMI est ensuite venu remercier les victimes de l’amiante pour leur soutien, tellement essentiel dans ce combat :

« 650 juges d’instruction, ce n’est pas beaucoup et, sans votre aide, sans le soutien des personnes comme vous, c’est à dire des victimes qui cherchent à obtenir justice et le font savoir, l’institution du juge d’instruction disparaîtra effectivement. »

« Vous qui avez été confrontés aux classements sans suite de divers procureurs de la république dans les affaires concernant l’amiante, vous avez compris que la suppression du juge d’instruction serait un retour à la case départ. C’est tout simplement impensable ! » a t-il affirmé.

«  Pour ma part, je suis juge anti-terroriste et je n’ai jamais vu un seul terroriste tuer autant de personnes que des logiques économiques sordides ont pu le faire dans l’affaire de l’amiante. L’attentat du World Trade Center, c’est à peu près 3.000 morts. L’amiante : c’est 3.000 morts par an. Vous êtes victimes d’un World Trade Center chaque année, et cela ne suffit apparemment pas pour que l’on mette tout
en oeuvre pour vous rendre justice. Que faut-il donc pour que l’on s’intéresse à vous ?
 »

Puis il a conclu par un chaleureux encouragement aux victimes :

« En tant que citoyen, je souhaite de tout coeur que les victimes de l’amiante aient droit le plus rapidement possible au procès qu’elles attendent depuis tant d’années. »

La journée s’est terminée avec l’intervention d’Alain GUERIF, président de l’Andeva, qui a commencé par remercier tous ceux, victimes, familles de victimes et personalités, qui, en se déplaçant, avaient contribués au succès de cette journée :

« Cette détermination dont vous faites preuve en venant à chacun de nos rassemblements, c’est le seul moyen de pression que nous ayons contre les mauvais coups portés par ce gouvernement qui ne semble baser sa politique que sur les rapports de force. »

Il a réaffirmé avec force la volonté que nous avons tous de voir enfin se tenur le grand procès pénale de l’amiante :

« Cette année, comme l’an passé, c’est le procès pénal qui se trouve au centre de nos préoccupations. Parce que cela va bientôt faire 14 années que la première plainte a été déposée et que l’instruction n’est toujours pas achevée. »
« Combien de temps devra-t-on encore attendre ? Combien faudra t-il de décès pour que l’urgence de la situation soit enfin prise en compte ? »
« Allez-vous finir par entendre nos appels monsieur le Président de la République, madame le Ministre de la Justice ? »

Comme en écho à l’année précédente, il a rappelé les difficultés de l’Andeva à obtenir un rendez-vous avec la nouvelle Ministre de la Justice.
Il a ensuite exprimé ses doute face aux projet gouvernemental de réforme du système judiciaire :

« Le président de la république a décidé de supprimer le juge d’instruction. Une telle réforme serait lourde de conséquences pour les victimes de l’amiante.
Confier le dossier au procureur de la république dépendant du pouvoir politique ? Mais comment celui-ci pourrait-il instruire objectivement une affaire dans laquelle la responsabilité des pouvoirs publics se trouverait mise en cause, comme cela est fréquemment le cas dans les affaires de santé publique !
Le dossier des victimes de l’amiante serait terminé, enterré d’avance.
Pourquoi le procureur de la république, qui n’est jamais intervenu en faveur des victimes de l’amiante, le ferait-il demain ?
 »

« L’instruction doit être menée à charge et à décharge par des magistrats indépendants. La séparation des pouvoir doit s’appliquer aussi à l’instruction des affaires. Dans les dossiers où la responsabilité des pouvoirs publics est mise en cause, l’instruction menée par un parquet dépendant du pouvoir politique sera toujours entachée de partialité.
Un véritable procès de l’amiante ne pourra voir le jour sans une instruction indépendante, autant sur le plan politique et que sur le plan économique.
 »

Il a conclu en encourageant les associations locales à déclancher des actions afin de stopper cette réforme :

« Il faut agir avec les victimes et leurs familles mais aussi avec tous ceux qui sont attachés à une certaine idée de la justice. Aujourd’hui nous sommes 5 associations et des organisations syndicales, magistrats et victimes confondus, à réclamer le maintien du juge d’instruction.
Demain nous devons être encore plus nombreux dans notre combat pour que perdure une véritable justice indépendante.
Demain les associations du réseau sont invitées à développer des initiatives d’actions pour que le juge d’instruction soit maintenu et pour une véritable instruction indépendante du dossier de l’amiante.
 »

Le rassemblement a pris fin vers 17h00 et la grande majorité des manifestants sont retournés à leurs cars qui stationnaient avenue de l’Opéra.


LES PRISES DE PAROLE

- Le discours de Pierre Pluta devant le pôle de santé publique.
- L’intervention de Virginie Valton, de l’Union Syndicale de la magistrature
- L’intervention de Marc Trevidic, président de l’Association Française des Magistrats Instructeurs.
- L’intervention finale de Alain Guérif, président de l’Andeva.


LES PHOTOS

- Le diaporama de Hélène Boulot
- Le diaporama de Aline Genevoy