Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Que deviennent les déchets d’amiante ? L’Adeva 76 mène l’enquête.

1er avril 2007

L’association ne s’occupe pas seulement de l’aide à la reconnaissance et à la réparation des maladies professionnelles. Elle s’occupe aussi de prévention.

« Que deviennent les déchets des matériaux amiantés qui nous ont contaminé ? Où vont-ils ? Peuvent-ils encore être nuisibles ? Voilà les questions que nous nous sommes posées dans le groupe prévention de l’Adeva 76, explique Yves Bordage. Nous avons découvert qu’en France il y a deux destinations possibles : soit ils sont stockés dans un centre d’enfouissement, soit ils sont confiés à un centre d’inertage, où ils sont détruits par incinération dans un four à plasma à très haute température (1600 degrés). »

Enfouissement ou inertage ?

Les deux filières ne sont pas équivalentes :

- Dans le premier cas le déchet conserve ses propriétés toxiques.

- Dans le second cas il les perd : l’incinération à haute température casse les molécules des fibres d’amiante. On récupère un vitrifiat inerte, atoxique et exploitable sans nuisance pour la santé et l’environnement.
Les responsables politiques parlent beaucoup de développement durable et de principe de précaution. Pourtant une seule usine en France vitrifie les déchets d’amiante. Elle ne fonctionne qu’à la moitié de sa capacité : 4000 tonnes incinérées par an…

Le groupe prévention de l’association a sollicité les DRIRE (Directions régionales de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement) des vingt-deux régions de France pour en avoir le cœur net.

Treize seulement ont répondu. Certaines reconnaissent n’avoir que très peu ou pas du tout d’éléments sur le suivi des déchets amiante.

« La lecture de la réglementation sur les déchets nous a rendus perplexes, explique Yves Bordage. La loi de juillet 2002 stipule que ne doivent être stockés en décharge que les déchets ultimes. Or la loi de juillet 1975 considère qu’un déchet est ultime lorsqu’on ne sait plus le traiter techniquement ni en extraire sa part valorisable d’une manière économiquement acceptable.

En lisant cette définition on se demande pourquoi sont stockés en décharge des déchets qui ne peuvent être considérés comme ultimes puisqu’ils peuvent encore être traités par inertage. »

Reste l’objection du coût trop élevé. Certes, il y a une différence sensible entre les deux procédés : 500 euros la tonne pour l’enfouissement d’amiante friable contre 1000 euros la tonne pour l’inertage. Mais il s’agit là du coût immédiat. Pour évaluer le coût global réel de la conservation, il faudrait chiffrer les frais de stockage et de surveillance sur plusieurs décennies, voire plusieurs siècles.

Il faudrait aussi évaluer les risques d’un tel héritage pour les générations futures, en cas de catastrophe naturelle par exemple. Il faudrait enfin tenir compte de la baisse probable du coût de l’inertage, si ce procédé était utilisé à plus grande échelle.

L’Adeva 76 a écrit au Ministère de l’écologie et du développement durable pour demander l’ouverture d’un centre d’inertage en Normandie. Réponse : il existe onze centres d’enfouissement et c’est très bien comme cela...

L’association estime que dans chaque région les collectivités territoriales, les conseils généraux, les entreprises devraient donner l’exemple, en confiant leurs déchets à un centre
d’inertage. « Il est important de noter qu’avec la filière inertage le propriétaire producteur du déchet, est déresponsabilisé, puisque ce déchet perd ses propriétés toxiques. Avec la filière enfouissement , le propriétaire producteur du déchet en reste responsable. » conclut Yves Bordage.


Article paru dans le Bulletin de l’Andeva N°16 (avril 2005)