Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Quatre correspondants témoignent : « Avec l’Andeva, nous voulons aider les victimes et leurs familles  »

10 janvier 2016
Auteur(e) : 

Jean-Louis, Linda, Michelle et Didier ont choisi de mettre leurs connaissances,
leur expérience et leur énergie au service des autres. Quand on leur a proposé
d’être correspondants de l’Andeva dans leur région, ils ont répondu : présent.

JEAN-LOUIS

Jean-Louis GROLLIER est
retraité EDF. Il était thermicien
au centre de production
thermique de Vairessur-
Marne.

« L’amiante ? On en rencontrait
un peu partout à la
maintenance mécanique :
dans les joints, les calorifugeages...

En 2000, Dominique,
un collègue et ami technicien,
a été atteint
d’un mésothéliome. Il
est mort en trois mois.
Il avait 46 ans. ça a été un
choc effroyable.

Sa veuve a engagé une
action en faute inexcusable
de l’employeur avec
le cabinet Ledoux. J’avais
été secrétaire de CHSCT.
Je l’ai aidée à réunir des
témoignages.

A la cour d’appel, la salle
d’audience était bien
pleine. Des agents étaient
venus de Montereau, de
Vaires, de Vitry pour apporter
leur solidarité. Nous
avons finalement réussi à
faire condamner EDF.

C’est à cette époque que
j’ai connu l’Andeva. »

L’activité du site s’est arrêtée
en 2005. Il a fallu alors
se battre pour obtenir
que les salariés exposés
à l’amiante et aux produits
cancérogènes, mutagènes
ou toxiques pour la reproduction
(CMR) reçoivent
une attestation d’exposition.

« La direction d’EDF rechignait
à les délivrer. Certaines
attestations étaient
erronées. En 2007, nous
avons décidé de porter l’affaire
devant la justice, en
engageant une action en
référé devant le conseil des
prud’hommes de Meaux.
L’affaire est allée en appel
l’année suivante... »

La défense des victimes et
des personnes exposées
s’est élargie depuis.

« J’assure
aujourd’hui le suivi
des dossiers de personnes
habitant non seulement en
Seine-et-Marne mais aussi
sur l’Ile-de-France et en
province. »

Quand l’Andeva a proposé
à Jean-Louis de devenir
correspondant EDF de
l’Andeva pour la Seineet-
Marne, il n’a pas hésité
longtemps.

« Je travaillerai en liaison
avec le siège de
l’association nationale à
Vincennes ».

Pour le joindre :
mailto:jean-louis.grollier@
wanadoo.fr

06 30 41 23 84

LINDA

Linda LOMPRET a perdu
son mari : « Marc avait
44 ans quand on lui a diagnostiqué
un mésothéliome.
Il avait effectué une
biopsie. L’hôpital avait fixé
un rendez-vous fin juillet,
trois jours avant mon anniversaire.
Notre fille avait
trois ans. J’étais enceinte
de six mois et demi...

Ils n’ont pas voulu que
j’assiste à l’entretien. J’ai
attendu une heure. Quand
Marc est ressorti, il m’a
dit : « Sois très courageuse.
J’ai un cancer de
l’amiante. »

C’était un gars du Nord.
Son père travaillait chez
Eternit Prouvy. Leur maison
était à 50 mètres de l’usine
qui polluait le voisinage.
Sa mère tenait un troquet
où les ouvriers venaient
boire un coup ou prendre
un café, avec leurs bleus
de travail pleins de poussières
d’amiante. Elle lavait
les bleus de son mari.

Marc a été tué par l’amiante
d’une usine où il n’avait
jamais mis les pieds. Il est
mort à 48 ans, parce que
des patrons ont sacrifié
des vies pour « faire du
pognon ». C’est inhumain.

Après l’annonce du diagnostic,
nous étions assommés.
Les médecins de
l’hôpital nous ont laissés
rentrer à la maison avec
5 ordonnances à la main,
sans nous en dire plus...

Le médecin conseil de la
CPAM a vu Marc lors d’un
contrôle médical. Il était
encore bien et affrontait sa
maladie sans se plaindre.

Mais le médecin l’a averti :
« Attendez ! Vous allez voir
ce qui vous attend !... » On
ne pouvait pas faire mieux
pour lui casser le moral.
Après l’annonce du diagnostic,
nous avons été
« déconnectés ». Nous ne
pouvions pas rentrer dans
la chambre des enfants
sans pleurer. Et puis il a
fallu faire face, s’interdire
de craquer, se relever...

Après le décès, j’ai dû faire
face aux réactions de nos
filles qui, chacune à leur
manière, ont été marquées
par cette épreuve.

Que ressent un enfant qui
n’a connu son père que
malade ? Comment peut-il
faire son deuil avec ce sentiment
d’injustice et cette
colère qui l’envahissent ?
Comment une mère peutelle
les aider ?

Le Fiva nous a indemnisées,
mais tout l’argent du
monde ne pourrait réparer
les bouleversements
que cause un décès dans
une famille...

Et pourtant il
faut trouver le courage de
se relever, de continuer à
vivre...

Quand j’ai engagé des
démarches au Fiva, j’ai
rencontré des difficultés
administratives : je me suis
heurtée à l’indifférence ironique
de certains interlocuteurs
au téléphone, j’ai écrit
à l’ancienne directrice des
lettres qui restaient sans
réponse, j’ai alerté des
députés et la ministre pour
débloquer la situation....

Je me suis d’abord battue
seule. L’injustice m’est
totalement insupportable.
Je ne l’accepte pas.

Et puis j’ai appris qu’il y avait
une association à Thiant
et j’ai rencontré l’Andeva.
Au siège de l’Andeva, à
Vincennes, Christine Preschner
m’a aidée dans mes
démarches. Avec Hélène
Boulot, j’ai pu partager mon
ressenti, sentir que j’étais
comprise. Cela m’a mis du
baume au coeur.

Et cela m’a donné l’envie
d’aider à mon tour d’autres
personnes en difficulté :
d’utiliser mon savoir, mon
expérience, mon vécu pour
les tirer vers le haut, leur
donner de la force pour
affronter des difficultés.

Je suis secrétaire médicale,
remplir des papiers,
faire un dossier n’est pas
un problème pour moi. Je
sais que pour d’autres c’est
difficile et j’ai envie de les
aider.

Je suis correspondante de
l’Andeva pour la Haute Garonne
(31), le Gers (32), le
Tarn-et-Garonne (82) et le
Lot-et-Garonne (47), mon
département d’origine.

J’ai diffusé l’information
dans le bulletin municipal,
à l’hôpital de Toulouse
et le Conseil général. Je
cherche un contact avec
d’autres bonnes volonté de
ma région.

Pour la joindre :
mailto:llompret@andeva.fr
05 34 59 19 14

DIDIER

Didier CHEROT a travaillé
aux Fonderies de Mayenne,
près de Laval.

« En 2010, lors d’une visite
de reprise, explique-t-il. Ma
toux persistante a inquiété
le médecin du travail, qui
ne m’a pas autorisé à reprendre
à plein temps et
m’a prescrit des examens.
On m’a diagnostiqué des
plaques pleurales puis une
asbestose.

J’ai fait des recherches sur
Internet, et j’ai contacté
l’Andeva.

Avec son aide,
j’ai pu faire reconnaître ces
deux maladies professionnelles.
Il m’a fallu 3 ans, car
l’employeur avait contesté
la seconde maladie.

J’ai vu que de nombreux
collègues étaient malades,
eux aussi, et qu’ils avaient
des difficultés pour faire
reconnaître leur maladie.
J’ai décidé de les aider, en
lien avec l’Andeva.

Cette
aide est importante. Quand
un dossier est mal rempli, il
faut parfois tout recommencer
à zéro. Une vingtaine
de dossiers ont déjà abouti.

Je les aide aussi à monter
des dossiers pour la cessation
anticipée d’activité
amiante. »

Aujourd’hui Didier est sollicité
sur des dossiers hors
de son ancienne entreprise.
Ainsi l’épouse d’un
ex-collègue a été exposée
à la SEB (ex‑Moulinex) ;
elle a des plaques pleurales.
C’est donc tout naturellement
qu’il a décidé
« d’officialiser » sa situation
 : « Hélène Boulot m’a
proposé de devenir correspondant
de l’Andeva
pour la Mayenne (53). J’ai
accepté. Je l’ai rencontrée
à Vincennes avec toute
l’équipe et le docteur Lucien
Privet. Je continuerai
à gérer les dossiers de chez
moi, en lien avec Carine
Toutain pour les maladies
professionnelles et Christine
Preschner pour le Fiva.
L’Andeva devrait me fournir
un ordinateur portable d’ici
la fin de l’année. »

Pour le joindre :
mailto:dcherot@andeva.fr
06 30 32 80 33

MICHELLE

Michelle PONTUS a été
pendant 13 ans bénévole
d’une association de Lunéville
qui s’est éloignée
de l’Andeva. Elle a fait le
choix de rester adhérente
de l’association nationale
à laquelle elle est très attachée
et de devenir correspondante
de l’Andeva pour
la Meurthe-et-Moselle.

« J’ai toujours aimé me
rendre utile aux autres, être
à l’écoute. C’est un besoin
chez moi. J’avais travaillé
chez Trailor. J’ai accepté
de m’occuper des dossiers
des victimes et de leurs
familles.

Gérer un dossier, c’est
d’abord suivre des personnes,
les écouter, les aider,
leur expliquer la situation
à chaque étape. Cela
peut durer deux ou trois
ans. Chemin faisant, on fait
connaissance. On passe
du vouvoiement au tutoiement.
On se fait la bise. On
finit par devenir des amis.

Quand une victime ou une
veuve est indemnisée, elle
nous dit souvent : « sans
vous je n’y serais jamais
arrivée. Vous avez toujours
été là. Vous êtes tenace. Si
j’étais restée seule, j’aurais
abandonné. »

Les dossiers sont complexes.
Au départ je n’avais
pas de connaissances médicales.
J’ai suivi des formations
de l’Andeva sur les
maladies professionnelles,
le Fiva, le contentieux, les
cancers liés à l’amiante...

Quand je rencontre un problème,
je sais que je peux
trouver une aide au siège à
Vincennes. L’Andeva fait un
travail énorme. Je ne pourrais
pas faire ce que je fais
sans son soutien.

Aujourd’hui je continue à
gérer des dossiers avec
toute l’expérience que j’ai
acquise. Je me suis constitué
une collection d’outils
de travail : les supports
de formation de l’Andeva,
les circulaires de Carine
Toutain, la juriste de
Vincennes. Ils sont classés.
Je les consulte quand
j’en ai besoin.

Je reçois des gens chez
moi. On se prend un petit
café et je les aide dans
leurs démarches. Il y a parfois
des moments très durs,
quand on apprend un décès
ou quand une épouse
apporte un certificat médical
sur lequel on lit : « mésothéliome
 » .
Je participe au groupe de
travail « maladies professionnelles
 » de l’Andeva,
avec des bénévoles de
diverses régions et Carine.

Nous échangeons beaucoup
d’informations. Nous
réfléchissons ensemble sur
des dossiers difficiles.

Pour la joindre :
mailto:michelle.pontus@sfr.fr
06 16 65 05 91


Cet article est tiré du Bulletin de l’Andeva N°50 (janvier 2016)