Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Prévention : Lettre à MM Brassens et Touron, produits chinois, Tour Montparnasse

27 janvier 2017

- L’Addeva 93 écrit à MM Brassens et Touron : experts en prévention et en désinformation : combien faudra-t-il encore de souffrances et de morts pour que vous cessiez de minimiser les risques ?
- Importation de produits chinois : la direction des douanes répond à l’Andeva
- L’amiante à la Tour Montparnasse : 13 étages restent vides
- Amiante : repérage avant travaux
- Guide INRS maintenance, entretien
- Vernouillet - Friche Eternit : C’est non !


L’Addeva 93 écrit à MM Brassens et Touron :
experts en prévention et en désinformation :
combien faudra-t-il encore de souffrances et de morts pour que vous cessiez de minimiser les risques ?

Paru en septembre 2016 aux éditions du Moniteur, le Guide technique de l’amiante dans les bâtiments comporte des passages qui donnent une curieuse idée de la prévention. Ils ont provoqué une réaction de l’Addeva 93.

Combien faudra-t-il encore de souffrances et de morts de l’amiante pour que vous cessiez de minimiser les risques ?

Messieurs,

La lecture de votre ouvrage nous a stupéfaits et indignés.

Vous vous présentez comme des experts. L’un de vous a été auditeur chez Qualibat et rapporteur au Haut conseil de santé publique, l’autre responsable du laboratoire «  amiante » du bureau Véritas.

Mais vous vous insurgez contre les contraintes d’une réglementation que vous jugez «  jusqu’auboutiste  » voire même «  inapplicable  » en raison du «  coût démesuré  » des travaux de retrait.

Vous soutenez qu’il « n’est pas raisonnable de prétendre (...) qu’il y a un risque pour la santé en cas d’inhalation de fibres d’amiante sur des périodes faibles (quelques heures ou jours) à des concentrations faibles ». Et vous vous interrogez sur « la pertinence de seuil qui permettrait d’affirmer la réelle mise en danger de la vie d’autrui.  »

Ignorez-vous qu’il n’y a pas pour l’amiante de dose seuil sous laquelle le risque de cancer serait nul   ?

Vous affirmez que « l’inquiétude des occupants des bâtiments renfermant de l’amiante » nourrie par la médiatisation de l’affaire de la Tour Montparnasse « ne repose sur aucune réalité scientifique (...) A ce jour il n’a pas été démontré, hormis le cas particulier de cinq chercheurs du campus de Jussieu, l’existence de pathologies liées à l’amiante lors d’expositions passives d’occupants. » Ignorez-vous qu’il y a des malades et des morts de l’amiante chez les fonctionnaires du Tripode ?

Ignorez-vous qu’il y a des cas de mésothéliomes chez des secrétaires, des en­sei­gnants ou des agents administratifs dans toutes les associations locales de l’Andeva  ?

Ils n’ont jamais percé, gratté, découpé ou démoli de l’amiante mais ils ont inhalé ses fibres et le cancer les a rattrapés trente ans après.

Une salle informatique, une salle de classe ou un bureau peuvent être pollués après l’intervention d’électriciens qui passent des câbles dans un faux plafond ou d’ouvriers d’entretien qui changent des dalles de sol, sans même que des occupants des locaux en aient conscience.

Des épouses ont inhalé des fibres d’amiante en lavant les bleus de leur mari  ; à Aulnay (93), des bambins ont été contaminés dans une maternelle proche d’une usine d’amiante...

Vous vous interrogez sur la pertinence du droit de retrait pour les expositions dites faibles.

Combien faudra-t-il encore de souffrances et de morts pour que des gens comme vous, investis d’une mission de prévention, respectent leur déontologie professionnelle et cessent enfin de minimiser les risques  ?

Pour l’association

Alain Bobbio


Importation de produits chinois :
la direction des douanes répond à l’Andeva

En Chine l’amiante n’est pas interdit. De nombreux produits en contiennent. L’été dernier, Yuanda, une société chinoise du BTP, a importé illégalement en Australie des plaques de façades amiantées pour l’hôpital de Perth.

L’alerte a été lancée par un syndicaliste. Elle a été relayée par des militants anti-amiante australiens et anglais.

En France, l’Andeva a demandé à la direction des douanes et au ministère de la Santé « des vérifications analogues pour les matériaux de construction importés et utilisés par la société Yuanda en France  ».

Elle a demandé communication des résultats de ces vérifications (nature et quantité des matériaux découverts, suites données à ces éventuelles découvertes).

Elle a aussi demandé quels sont les moyens matériels et humains dont disposent les services des douanes pour contrôler s’il y a de l’amiante dans les produits importés.

La direction générale des douanes a confirmé que «  le contrôle des marchandises dangereuses pour la santé et l’environnement, notamment celles qui sont susceptibles de contenir de l’amiante fait partie de ses missions prioritaires  ».

Elle dit avoir « pris note du risque identifié sur les produits importés et utilisés par cette société en France  » et assure que ses services «  y accorderont une importance particulière  » et veilleront à « s’assurer de la conformité des matériaux de construction au stade de l’importation ».

Mais c’est pour ajouter aussitôt que « ces contrôles réalisés et leurs résultats ne peuvent pas être communiqués. »

Et pourquoi donc ?

Depuis quand l’arrivée de matériaux amiantés à nos frontières relèverait-elle du secret d’Etat ?

Qui veut-on protéger ?

Les industriels qui bafouent la loi ou les êtres humains mis en danger par leurs pratiques frauduleuses  ?

En matière de prévention la transparence doit être la règle.


L’amiante à la Tour Montparnasse :
13 étages restent vides

En refusant d’évacuer la Tour pour procéder à un désamiantage total avant toute réoccupation des locaux, les copropriétaires ont fait des économies à court terme. Ils ont aussi créé une situation chaotique.

Départs non remplacés

Au vu de toutes les alertes «  amiante  », le Conseil régional Ile-de-France et Amundi (filiale du Crédit agricole) ont quitté la Tour. Selon le Figaro, treize ou quatorze étages sur cinquante-trois (un sur quatre) restent vides !

Essor des baux précaires

On voit maintenant fleurir des baux courte durée à loyers avantageux : le temps d’une élection primaire pour un candidat, «  pas plus d’un an » pour le groupe Liaisons sociales ou «  le temps de refaire les anciens locaux  » pour le Centre de recherches interdisciplinaires...

Informations au compte-gouttes

Les nouveaux arrivants souhaitent être informés sur les risques, mais les copropriétaires ne sont pas pressés de tenir des réunions d’information sur l’amiante.


Amiante : repérage avant travaux

L’article (L.4412-2) du code du travail oblige les donneurs d’ordre, maîtres d’ouvrage et propriétaires de bâtiments à réaliser un repérage de l’amiante dans tous les matériaux susceptibles d’en contenir, avant de réaliser des travaux. Un décret d’application devrait sortir avant la fin de l’année.


Guide INRS maintenance

Paru en septembre dernier, ce guide a pour but d’apporter aux professionnels une aide pour évaluer le risque et choisir des protections adaptées. Ce document de 178 pages (Note ED 6262 : « Interventions d’entretien et de maintenance susceptibles d’émettre des fibres d’amiante  ») n’existe que sous forme électronique.On peut le télécharger :

http://www.inrs.fr/VERNOUILLET


Vernouillet - Friche Eternit : C’est non !

Le projet de construction d’un centre commercial de 46 000 mètres carrés sur le site de l’ancienne usine Eternit s’était heurté à l’opposition de trois associations. La conclusion de l’enquête publique est défavorable. Le commissaire-enquêteur juge la friche trop polluée et propose l’aménagement d’un centre de traitement permanent de l’amiante.


Bulletin de l’Andeva N° 53 (janvier 2017)