Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Pour un monde sans amiante

17 janvier 2013

- Deux journées historiques
- L’état de la science
- L’état du monde
- Les conclusions du colloque
- Pour en savoir plus
- Les clés d’une réussite
- 20 drapeaux différents, un même combat
- Construire la multinationale de victimes de l’amiante


Deux journées « pour un monde sans amiante »

Les « Journées Internationales des Victimes de l’Amiante » organisées les 12 et 13 octobre par l’Andeva feront date dans l’histoire du mouvement anti-amiante international.

Un colloque au Sénat

L’Andeva a organisé le 12 octobre au Sénat un colloque international soutenu par l’INSERM, la Ligue contre le cancer, la Direction Générale du Travail (DGT) et Conseil régional de l’Île-de-France.

Il réunissant des scientifiques, des médecins, des parlementaires, des juristes, des militants associatifs, des victimes et divers acteurs en santé publique, venus du monde entier. Certains étaient issus de pays exportateurs ou utilisateurs d’amiante (Canada, Brésil, Inde, Mexique), d’autres l’ayant interdit durant la dernière décennie (Afrique du Sud, Australie, Corée, Japon).

La matinée fut consacrée à l’épidémiologie des cancers dus à l’amiante, aux progrès - modestes mais réels - des thérapies et à la recherche fondamentale.

L’après-midi fut consacrée à l’amiante dans le monde, autour de trois thèmes :

- L’utilisation de l’amiante dans les pays en développement ;

- L’indemnisation et le traitement des victimes ;

- La prévention et les actions internationales.

Cette conférence a eu lieu dans un contexte international particulier :

Le commerce de l’amiante s’est éteint en Europe mais s’est développé en Asie, en Amérique du Sud et dans l’ex-Union soviétique.

Cependant le contexte a récemment changé : deux des cinq pays producteurs d’amiante la question de l’arrêt de l’amiante est posée.
Au Canada, les mines d’amiante sont fermées et Pauline Marois, première ministre du Québec, ne subventionnera pas de relance.

Au Brésil, l’avenir de l’amiante est en suspens auprès du Suprême Tribunal Fédéral, qui doit rendre prochainement son jugement.
Le consensus scientifique sur l’arrêt de l’utilisation de l’amiante s’est renforcé avec la position conjointe des sociétés d’épidémiologie du monde entier et de l’Union internationale contre le cancer.

Après la condamnation d’Eternit au civil en 2011 (première victoire d’une victime environnementale en Belgique), La condamnation pénale deux hauts dirigeants de la multinationale à de lourdes peines de prison par le tribunal de Turin en Italie est venue rappeler au monde que les crimes contre la santé publique ne restent pas impunis.

Une manifestation internationale

Le 13 octobre, a eu lieu une manifestation internationale pour une interdiction mondiale de l’amiante.

Malgré la pluie, elle a rassemblé plus de 5000 personnes. Partie de l’avenue de Messine (siège du tristement célèbre Comité permanent amiante), le cortège, où les délégations étrangères ont défilé avec le drapeau de leur pays a atteint la place de l’Opéra, où s’est tenu un rassemblement international.

Dans une chaleureuse ambiance de solidarité internationale, les délégations sont toutes montées sur le podium où elles ont été présentées, une par une, sous les applaudissements des manifestants.

Une réunion des délégations

La manifestation était précédée le matin d’une réunion de travail des délégations françaises et étrangères pour préparer les actions communes et construire une « internationale des victimes de l’amiante ». Elle a adopté une lettre à Pauline Marois, qui lui a été envoyée par l’Andeva.


L’état de la science

« Le consensus des scientifiques honnêtes est sans appel »

On sait depuis plus d’un siècle que l’amiante est un produit terriblement dangereux dont il vaudrait mieux, du point de vue de la santé publique, se passer. C’est de plus un produit inutile au sens où l’on sait parfaitement le remplacer dans toutes ses applications commerciales ;

des produits de substitution sont même disponibles depuis un siècle pour les principales applications (amiante-ciment, freins, isolation).

La Science est particulièrement claire sur ces points. Malgré les centaines de millions de dollars investis par les industriels et le gouvernement canadiens pour prouver l’innocuité de « leur » amiante (l’amiante chrysotile) le consensus des scientifiques honnêtes est sans appel. Cela a été rappelé récemment dans la position énoncé par le groupement des sociétés savantes du monde entier « Comité mixte chargé des politiques des sociétés d’épidémiologie (JPC-SE) »

Malgré la science, le commerce de l’amiante se développe en se déplaçant vers l’Asie, l’ex-URSS et l’Amérique latine. Ces données économiques ont été présentées par Laurie-Kazan (Grande-Bretagne).

L’épidémiologie

Les ravages dus à l’amiante ont été historiquement documentés et scientifiquement analysés et prouvés par des études d’épidémiologie. L’historique de ces découvertes a été retracé dans l’exposé de Richard Lemen (Etats-Unis), épidémiologiste de renommée mondiale. Les résultats d’études épidémiologiques et les conséquences sociales ont été analysés sur plusieurs exemples : l’Italie par le docteur Enzo Merler, épidémiologiste réputé et deux pays d’Amérique latine ou des données partielles sont aujourd’hui disponibles : le Mexique par la docteur Guadalupe Aguilar et le Brésil par le docteur Hermano Castro.

La recherche médicale

Les cancers dus à l’amiante – principalement le cancer de la plèvre (mésothéliome) et le cancer du poumon – restent encore aujourd’hui des cancers avec un mauvais pronostic, mais des essais thérapeutiques, des soins et des progrès en recherche fondamentales donnent quelques espoirs. Le docteur Arnaud Scherpereel (Lille, France) a donné un aperçu très remarqué des progrès et tentatives thérapeutiques.

Marie-Claude Jaurand a exposé ses travaux dans un domaine théorique important dont on attend d’importantes pistes et méthodes : la biologie et particulièrement l’étude des mécanismes de cancérogénèse. Au-delà bien sûr de l’intérêt scientifique de tels travaux, la motivation évidente est que les progrès dans la compréhension de ces mécanismes suscitent des progrès dans la thérapie de ces cancers.

La dimension sociale

La dimension sociale de la tragédie de l’amiante peut aussi être l’objet de travaux scientifiques. Elle a été particulièrement abordée dans les deux exposés des médecins italiens Enzo Merler et Pier Giacomo Betta. Le premier au-delà des résultats épidémiologiques a abordé les questions de l’identification, la reconnaissance et l’indemnisation des maladies dues à l’amiante (principalement à travers l’exemple du mésothéliome), le second a présenté certains aspects juridiques – il était en effet un des médecins experts lors du procès de Turin.


L’état du monde

« Une cartographie de l’amiante et de ses ravages »

L’après-midi a présenté une cartographie de l’amiante et de ses ravages sur la planète, avec des exposés et des tables rondes sur trois thèmes.

1) L’usage « contrôlé » dans les pays en développement

Les intervenants :

Mohit Gupta (Inde), Hermano Castro et Fernanda Giannasi (Brésil), Kathleen Ruff et Fernand Turcotte (Canada), Yeyong Choi (Corée), Guadalupe Aguilar (Mexique), Laurie Kazan (Grande-Bretagne), Marc Hindry (Andeva, France).

L’usage « sécuritaire » de l’amiante est une fable propagée par les industriels de l’amiante partout où ce commerce mortifère prospère. Avec une belle hypocrisie, le Canada préférait l’exporter sans l’utiliser chez lui. Les autres pays producteurs (Russie, Chine, Brésil, Kazakhstan) en utilisent eux-mêmes une bonne partie.

L’Inde est le premier importateur d’amiante mondial. Les photos ramenées par Mohit Gupta ont montré, si besoin était, que « l’utilisation sécuritaire » est un mensonge criminel.

Le Mexique en utilise beaucoup moins mais les précautions y sont absentes et le nombre de mésothéliomes important.

La situation au Brésil est plus contrastée : cinq états de l’union ont interdit l’amiante, une moitié des industries s’est converti au sans amiante (dont Brasilit, la filiale de Saint-Gobain), mais le lobby de l’amiante, dirigé par Eternit et la compagnie minière SAMA restent fort ; l’information sur les risques et la prévention sont presque inexistantes.

La Corée, comme le Japon, fait partie des ex-grands consommateurs d’amiante ayant interdit l’amiante durant la dernière décennie.

La responsabilité écrasante des autorités canadiennes est dénoncée par Kathleen Ruff, militante des droits de l’Homme, et Fernand Turcotte, médecin professeur de santé publique.

2) L’indemnisation et le traitement des victimes

Les intervenants :

Tina da Cruz (Afrique du Sud), Juan Carlos Paul et José Valdés (Espagne), Tinka de Bruin (Pays bas), Eric Jonckheere (Belgi-que), Arnaud de Broca (FNATH, France), Marie-José Voisin, François
Desriaux et Michel Parigot
(Andeva, France).

Dans de nombreux pays, les registres de cancers sont inexistants ou inopérants et les victimes de l’amiante restent ignorées ou sans droit.
Dans certains pays européens, la situation reste assez mauvaise, comme l’explique Juan Carlos Paul.

La discussion a permis de faire une comparaison entre d’une part les systèmes d’indemnisation européens (France, Hollande, Belgique...) et d’autre part le fonds d’indemnisation sud-africain (« Asbestos Relief Trust ») et les systèmes récemment mis en place au Japon et en Corée.

Nos invités étrangers ont été impressionnés par la qualité des principes régissant le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante français : indemnisation de toutes les victimes professionnelles et environnementales, réparation intégrale de tous les préjudices... (FIVA).

L’indemnisation par des procès contentieux a été abordée, tout comme la nécessité morale de faire respecter le principe « pollueur-payeur ».
Eric Jonckheere a évoqué le procès de Bruxelles contre Eternit, première victoire judiciaire en Belgique pour une victime environnementale.

3) La Prévention et les actions internationales

Les intervenants : 

Bruno Pesce (Italie), Pat Martin, Daniel Green et Anne-Marie Saint-Cerny (Canada), Lisa Singh (Australie), Sugio Furuya (Japon), Laurie Kazan (Grande-Bretagne), Linda Reinstein et Barry Castleman (Etats-Unis), Alain Bobbio (Andeva, France).

La prévention du risque amiante peut se décomposer en deux étapes :

1) la fin de l’utilisation de l’amiante, qui passe par l’interdiction,

2) des politiques et pratiques de décontamination des bâtiments et lieux contenant de l’amiante.

Le but à terme est l’éradication totale de l’amiante.

Deux parlementaires, Lisa Singh (sénatrice d’Australie) et Pat Martin (député du Canada) ont présenté des actions ménées auprès de leurs gouvernements.

Lisa Singh fait état de la volonté d’une partie du gouvernement australien de d’interdire l’amiante dans le monde.

Pat Martin évoque ses racines dans le mouvement syndical et présente au nom du Canada des excuses pour les actions aux conséquences tragiques des industriels et des gouvernements de son pays.

Linda Reinstein et Barry Castleman ont rappelé les effets catastrophiques – aux États-Unis et par ricochet dans le monde entier – de l’annulation en 1991 par voie judiciaire, de la décision d’interdiction de l’amiante aux USA par l’Agence pour la Protection de l’Environnement (EPA).

Sugio Furuya a décrit les progrès effectifs et les espoirs futurs pour l’Asie du Sud-Est – la région du globe la plus peuplée et la plus dévoreuse d’amiante. Le Japon a interdit l’amiante en 2005 avec un délai accordé à l’industrie. L’interdiction est maintenant complète ; la Corée a décrété l’interdiction de l’amiante en 2007 et celle-ci a été effective dès 2009. Un des gros consommateurs d’Asie, la Thaïlande semble s’acheminer vers l’interdiction.

La décision du nouveau gouvernement québécois de Pauline Marois - encore incertaine à la date de la conférence – est longuement discutée par Anne-Marie Saint-Cerny et Daniel Green, fondateurs de l’association de victimes du Québec.


Le soutien de parlementaires et d’institutions de santé publique

Le colloque a été parrainé par le Sénat et notamment par la sénatrice Annie David, qui a prononcé le discours d’ouverture.

Plusieurs députés ont soutenu l’initiative et y ont participé ; citons le président du groupe parlementaire amiante, Christian Hutin, député du Nord, qui est intervenu l’après-midi.

Le Ministère du Travail a apporté son soutien à travers la Direction Générale du Travail (DGT) ; Jean-Denis Combrexelle, depuis 11 ans à la tête de la DGT, a prononcé une allocution clôturant la matinée. 

Ont aussi soutenu ce colloque :

-  La Mutualité française,

- Le Conseil Régional d’île- de-France, principal soutien financier de la manifestation scientifique.

- L’Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale (INSERM) ; rappelons que le rapport d’expertise collective sur « Effets sur la santé des principaux types d’exposition à l’amiante » (1996) est une référence mondiale ; deux de ses rédacteurs, Marcel Goldberg, épidémiologiste et Marie-Claude Jaurand, biologiste, étaient respectivement membre du comité scientifique et conférencière invitée.

- La Ligue Contre le Cancer, partenaire de longue date de l’ANDEVA
Le professeur Albert Hirsch, pneumologue, était membre du comité scientifique.


Les conclusions du colloque

Les conclusions du colloque ont été présentées par Pierre Pluta (président de l’ANDEVA) et Kathleen Ruff (Canada).

Le drame de l’amiante est une tragédie qui touche aujourd’hui l’ensemble des pays du monde entier, mais bien sûr avec une force décuplée dans les pays utilisant ou ayant utilisé massivement l’amiante. Les connaissances scientifiques ont été beaucoup trop lentes à être traduites en action et il est grand temps que cela change.

Cette « journée internationale » s’insère à la suite de plusieurs réunions internationales dont celle tenue à Casale Monferrato en Avril 2011. Le lobby de l’amiante est une multinationale structurée. Il est urgent d’œuvrer ensemble pour développer une « multinationale des victimes de l’amiante » dont les buts sont :

- L’interdiction mondiale de l’amiante,

-  La fin du double standard entre pays industrialisés et pays en développement (les premiers exportant l’épidémie de cancers vers les seconds),

-  Une meilleure prise en compte du risque dû à l’amiante en place, notamment dans les bâtiments,

-  Le développement de la recherche scientifique et médicale sur les maladies causées par l’amiante,

-  La généralisation des principes d’une indemnisation rapide et équitable des victimes, tirant les leçons du fonds d’indemnisation français.


POUR EN SAVOIR PLUS

Les exposés et diapositives de la conférence :

http://www.andeva.fr/?Les-exposes-de-la-Journee

Les photos, diaporamas, reportages, et l’émission sur France Culture :

http://www.andeva.fr/?Journees-International-des

Les documents accessibles sur le site de l’ANDEVA :

Marc Hindry : Discours introductif

Richard Lemen : « Epidemiology and asbestos disease ; history and know-ledge »

Enzo Merler : « Mesotelioma epidemiologia, riconoscenza ed indenizzo, l’esperienza italiana »

Guadalupe Aguilar : « La epidemia de mesotelioma en Mexico »

Laurie Kazan-Allen : « Charting the changing pattern of asbestos production and use 1950-2012 »

Arnaud Scherpe-reel : « Traitement du mésothéliome pleural ; progrès et limites »

Giacomo Betta : « Un patologo in aula giudiziaria - Il processo Eternit e la convalida delle diagnosi di mesotelioma delle vittime »

Marie-Claude Jaurand : « Génotoxicité des fibres d’amiante ; approche biologique »

Mohit Gupta : « Asbestos in India ; struggles and realities »

Hermano Castro : « Amianto no Brasil, um problema de saúde publica »

Kathleen Ruff : « Defeating government and asbestos industry propaganda in Quebec and Canada »

Fernanda Giannasi : « Amianto no Brasil, uso controlado ? »

Tina da Cruz : « Successes and challenges in the compensation of asbestos victims in South Africa with a particular focus on the asbestos relief Trust »

Eric Jonkheere : «  Indemnisation ci-vile en Belgique »

Marie-José Voisin : « Le FIVA en France »

Bruno Pesce : « Il processo Eternit in Italia »

Linda Reinstein : « Asbestos : legal and lethal in the USA »

Lisa Singh : « Australia’s deadly asbestos legacy »

Sugio Furuya : l’amiante en Asie et au Japon


LES « ACTES »

Courant 2013, l’Andeva publiera les « actes » de cette « Journée internationale des victimes de l’amiante » en version bilingue français/anglais. L’édition des textes de cette conférence sera une contribution à une meilleure connaissance des risques et dommages dus à l’amiante et au développement de meilleures politiques de santé publique pour lutter contre ce fléau au niveau régional, national, européen et mondial.


Les clés d’une réussite

Il a fallu près d’une année pour préparer ce colloque. Le travail du comité d’organisation et la compétence des interprètes ont permis son succès.

C’est en Italie, lors du procès de Turin, que l’idée a germé. Une délégation de l’Andeva s’était rendue à Casale pour la journée mondiale des victimes de l’amiante le 28 avril 2011 à laquelle participaient des militants anti-amiante de 8 pays. Elle a proposé d’organiser l’année suivante un rassemblement international à Paris. Depuis des années, Marc Hindry était en relation avec des associations de victimes du Brésil, d’Italie, d’Angleterre, du Canada. « Tous étaient enthousiastes à l’idée de cette rencontre mondiale à Paris », se souvient-il.

Le programme, les invitations, la salle, les voyages, les hôtels, la restauration, la traduction simultanée en cinq langues...

Un comité d’organisation, s’est formé pour préparer ce colloque avec Marc Hindry et Marie-José Voisin, administrateurs de l’Andeva, Patrice Raveneau et Virginie Cauwet-Gomes, salariés de l’association, Hélène Boulot, ancienne salariée aujourd’hui bénévole. Ils ont travaillé près d’un an.

« Marie-José, nous a aidé à bâtir les budgets, explique Patrice. La maitrise de l’anglais de Virginie a été un atout. »

Le comité a eu des subventions du Conseil général d’Île-de-France, de l’Inserm, de la Ligue contre le cancer, de l’Inserm, de la Direction général du travail et de la Mutualité française. Elles couvrent 40% des frais.

 « Le comité se réunissait chaque semaine pour faire le point. Nous voulions réunir des représentants des cinq continents, notamment du Sud-Est Asiatique, d’Inde, du Brésil, de Colombie, et d’ex-Union soviétique, où les problèmes sont encore prégnants » se souvient Marc. Nous avons fixé le programme : Le matin, l’état de la science avec des médecins et des épidémiologistes, l’après-midi l’état du monde avec des associations de victimes. Nous avons choisi les thèmes, listé les intervenants et limité le temps de parole pour permettre au plus grand nombre de s’exprimer. »

« Trouver une salle fut un véritable parcours du combattant ! raconte Patrice. A Paris, les prix sont élevés. Aucune salle n’était équipée de casques pour la traduction ni de tablettes pour écrire. »

« Grâce à la sénatrice Annie David nous avons trouvé au Sénat une salle équipée, d’un prix raisonnable, dans un lieu hautement symbolique, ajoute Virginie. Restait à trouver des traducteurs, des hôtels et à s’occuper de la restauration... »

Grâce à l’expérience acquise à Emaüs international, Hélène a pu organiser la traduction simultanée.

9 traducteurs pour traduire en 5 langues : Portugais, Anglais, Espagnol, Italien, et Français.

Trouver des hôtels près du Sénat pour 30 intervenants venus des quatre coins du monde, ne fut pas simple. Patrice et Virginie se souviennent : « Certains changeaient leur date d’arrivée, d’autres celle de leur départ, d’autres annulaient leur venue ; personne n’arrivait en même temps ! »
Il a fallu trouver un traiteur. « La veille du colloque, nous avons organisé un dîner d’accueil pour que tout le monde puisse faire connaissance, dit Patrice.

Le déroulement de la journée a répondu aux attentes des intervenants et des invités, heureux de se rencontrer et d’échanger leurs expériences. Le lendemain, tous étaient présents à la manifestation où chaque invité tenait le drapeau de son pays.

« Le comité réfléchit à la possibilité de refaire un nouveau colloque dans deux ans », explique Marc. Il y aura peut-être un rendez vous au Brésil avant. « Des liens forts se sont noués, souligne Patrice. Il se passe pas une journée sans que nous ayons des nouvelles de nos amis qui mènent la même lutte que nous dans le monde. »

Lea Veinberg


La performance et l’empathie des traducteurs

Le temps imparti à chaque intervention étant souvent très court, les orateurs avaient tendance à parler très vite. « Malgré la difficulté, les traducteurs ont fait un travail incroyable. Ils ont été touchés par les interventions et les débats. Les débordements d’horaires et les diaporamas modifiés en dernière minute ne les ont pas empêchés de se porter volontaires pour retravailler sur les prochains événements organisés par l’Andeva. » explique Hélène encore émue.


20 drapeaux différents, un même combat

13 octobre, sur le podium place de l’Opéra, des militants de tous les horizons, avec drapeaux et pancartes, dans une atmosphère de solidarité internationale enthousiaste et émue.

Sur l’estrade, étaient : Marc Hindry (France), Eric Jonckheere (Belgique), Laurie Kazan (Royaume Uni), Fernanda Giannasi, Gizelia Vicentin, qui porte l’image de son mari décédé de l’amiante et Hermano Castro (Brésil), Kathleen Ruff (Canada), Juan Carlos Paul (Espagne), Yeyong Choi (Corée)… et tous les autres qu’on ne voit pas sur la photo ! Chacun est présenté et applaudi par la foule des manifestants rassemblés devant l’Opéra.

Vient le moment des dernières prises de paroles. Les sourires se mêlent aux larmes. L’émotion est palpable, chacun ressent la gravité de la cause défendue devant tous ces portraits de disparus. Mais il y a en même temps la bonne humeur, la joie d’être si nombreux malgré la pluie et le sentiment de vivre une journée historique.


Construire la multinationale des victimes

13 octobre, le matin avant la manifestation, une intense et amicale séance de travail réunit des délégations de tous les continents. Autour de la table, une vingtaine de pays sont représentés : France, Belgique, Royaume-Uni, Espagne, Colombie, Corée, Etats-Unis, Mexique, Allemagne, Hollande, Italie, Albanie, Brésil, Canada, Afrique du Sud, Australie, Inde, Japon. Les objectifs sont multiples : des projets, des échanges d’information, le renforcement du mouvement international. Le contenu d’un message qui sera adressé à Pauline Marois, première ministre du Québec. La séance est en anglais.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva N°41 (janvier 2013)