Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Plaques pleurales : vérité et mensonges

21 mai 2016

 

 

 

La Cour d’appel d’Aix nie les préjudices des porteurs de plaques pleurales quand ils vont en faute inexcusable de l’employeur. Elle explique : « Il est médicalement établi que les plaques pleurales sont des marqueurs d’exposition à l’amiante, n’entraînent aucune altération fonctionnelle respiratoire significative, ne nécessitent aucun traitement, aucune restriction d’aptitude, et n’évoluent pas en cancer. »

Une présentation particulièrement tendancieuse

Une plaque pleurale est l’apparition d’un tissu fibreux rigide sur la plèvre pariétale (qui enveloppe le poumon au contact des côtes). Elle peut se calcifier.

1) Dire que les plaques pleurales ne sont qu’un « marqueur d’exposition » est une ineptie.

Les plaques pleurales et le mésothéliome sont des pathologies spécifiques de l’amiante. Elles sont d’abord une maladie et ensuite un marqueur d’exposition. Opposer les deux termes n’a aucun sens.

2) Dire que des plaques pleurales ne causent jamais d’ « altération fonctionnelle si­gnificative », c’est tordre la réalité.

Certaines plaques sont dites « asymptomatiques » parce que celui qui les a ne ressent pas de difficultés respiratoires ou qu’il met des difficultés ressenties sur le compte de l’âge. On les découvre à l’occasion d’un suivi médical ou d’un accident de santé.

Dans d’autres cas, elles sont diagnostiquées parce l’intéressé ressent une gêne respiratoire ou des douleurs thoraciques et va consulter. Ces symptomes sont plus sensibles si les plaques sont nombreuses, de taille Importante, « mal placées » et calcifiées.

L’évaluation individuelle du handicap respiratoire utilise les explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) qui se réfèrent à un « individu moyen » et non à la même personne avant l’apparition des plaques. Elles ne mettent pas toujours en évidence d’altération significative. Par contre, au niveau collectif, lorqu’on compare un groupe de porteurs de plaques et un groupe de personnes qui n’en ont pas, il y a une baisse mesurable et significative de la capacité pulmonaire dans le groupe des porteurs de plaques.

3) Dire que les plaques pleurales « ne nécessitent aucun traitement » est une entourloupe.

Il faut préciser qu’il n’existe à ce jour aucun traitement qui fasse régresser ou disparaître les trois fibroses liées à l’amiante (plaques, épaississements de la plèvre viscérale et asbestose).

4) Se borner à dire que les plaques « n’évoluent pas en cancer », c’est énoncer une banalité médicale pour masquer un mensonge par omission.

On sait que les fibroses ne sont pas des cancers et qu’une plaque ne se transforme pas en cancer.

Mais on ne peut passer sous silence le fait que les porteurs de plaques ont un risque accru de cancer du poumon et de mésothéliome quel que soit le niveau d’exposition (cf l’exposé du Pr C. Paris p. 28)

5) Dire que les plaques pleurales « ne provoquent aucune restriction d’aptitude », c’est minimiser l’impact psychologique.

Vivre avec des plaques pleurales, c’est vivre avec la certitude qu’on a de l’amiante dans les poumons et avec la crainte d’avoir un jour une pathologie grave. La fixation du taux d’incapacité partielle permanente (IPP) doit en tenir compte.

EN CONCLUSION

Que les plaques pleurales ne soient pas la maladie de l’amiante la plus grave, c’est une évidence.

Les présenter comme une pseudo-pathologie sans conséquences est au mieux faire preuve d’ignorance, au pire bricoler sciemment un argumentaire médical de circonstance pour justifier un rabotage de l’indemnisation.


Article tiré du Bulletin de l’Andeva No 51 (mai 2016)