Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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On peut s’écouter, se parler, pour réapprendre à vivre... 

7 mai 2009

GINETTE, 70 ans
« Cela fait
15 ans que je
suis seule
 »

« Lorsque je suis venue à la première réunion, je ne voulais pas parler. Je venais pour écouter. Et puis, je me suis lancée parce que les autres disaient des choses qui me touchaient. J’en avais tellement besoin !
Lorsque mon mari est décédé, je venais raconter mes problèmes aux bénévoles d’ARDEVA qui étaient eux mêmes malades ou parents de malades. Cela devait être très difficile pour eux de nous écouter !
Mon mari, Lucien, est décédé d’un cancer du poumon lié à l’amiante. Il avait commencé à travailler à 14 ans à l’usine des Dunes, une usine de métallurgie. Il a toujours été en contact avec l’amiante. Il est mort à 57 ans, trois ans avant sa retraite. Il a été reconnu en maladie professionnelle, et j’ai attaqué son entreprise pour faute inexcusable.
Aujourd’hui, je ne suis pas moins triste, mais depuis que je me rends au groupe de paroles, je sais exprimer mes sentiments.
Maintenant, c’est aussi pour les autres que je viens.
Je veux leur dire que je suis là si elles ont besoin de se confier, et de parler. Cela fait 15 ans que je suis seule. Cela a été un long combat, de démarches et de paroles
 ! »


PIERRE, 70 ans.
« Je suis venu un peu par curiosité »

« J’étais électricien, je passais des câbles dans les plafonds, dans les cloisons de l’usine de Sollac.
Aujourd’hui, je suis à la retraite, j’ai des plaques pleurales.
J’avais participé aux marches des veuves autour du palais de Justice et ça me manquait de ne plus voir les autres ! Je suis venu dès le début au groupe de paroles un peu par curiosité. Et puis j’ai commencé à apprendre des choses à travers les histoires des gens présents. Marie est très sympa. Je suis triste qu’il n’y ait pas plus d’hommes. Beaucoup sont morts, d’autres ont peur de parler. Mes anciens collègues n’aiment pas raconter leur vie ! Ils ont tort, il faut venir pour comprendre que c’est bien ! Au fil des jours je me sens mieux !
Aujourd’hui il y a encore du boulot pour informer les gens ! Les indemnisations, c’est bien, mais qu’est-ce à côté de la vie de quelqu’un
 ? »


MARIE-THÉRÈSE, 66 ans
« Nous sommes toutes des écorchées vives »

« J’ai perdu mon mari, Pierre, 62 ans, d’un cancer de l’amiante, il était contremaître à l’usine de Dune.
Je suis venue dès le début aux groupes de paroles. J’avais un peu peur que ce soit « trop psy ». J’ai tout de suite compris que rien de ce que nous dirions ne sortirait de ces murs, j’ai tout de suite apprécié la chaleur humaine, l’accueil.
Nous sommes toutes écorchées vives, nous avons la haine, parce qu’après un décès, il y a aussi tout ce qui suit, les problèmes de famille, les liens qui se défont, les amis qui vous tournent le dos.
Aujourd’hui, je suis moins en colère. Lorsque j’ai un gros problème, je peux m’épancher, demander des conseils. Je ne raterais pas une séance !
Je pense aux gens qui ont perdu un proche et qui ne viennent pas. C’est dommage. Ici, on peut se laisser aller et la douleur est apaisée
 ! »


MONIQUE, 73 ans
« Aujourd’hui j’ai meilleur moral »

« Mon mari Jean, docker professionnel, avait des plaques pleurales puis il a eu un cancer.
C’est Monsieur Pluta qui m’a conseillé de venir ici.
Aujourd’hui j’ai meilleur moral ! Ça fait du bien de parler.
Je souhaite à tout le monde de bénéficier de ce soutien. Nous partageons tous la même chose, l’attention, la protection de nos enfants et petits-enfants et la douleur du deuil. » 


MARJORIE, 58 ans
« Je ne voulais plus entendre parler de l’amiante »

« Mon mari, Serge, est décédé à 53 ans d’un mésothéliome en mars 2007.
Il était électricien à la
NORMED, les chantiers de France. Moi, je suis en
ACCATA depuis que j’ai 55 ans. Je travaillais dans les bureaux, j’étais dessinatrice industrielle. Jusqu’à présent je n’ai rien. J’avais participé aux défilés des veuves de Dunkerque, et puis à sa mort, je ne voulais plus entendre parler de l’amiante. Mais, venir ici m’a fait du bien ! Je parle de mon vécu, de mon mari, comme s’il était encore là.
Je ne me sens plus seule. La colère diminue, je commence à accepter. Je me suis remise à vivre. On ne peut pas toujours pleurer. Le bonheur de vivre revient tout doucement. Mon mari vit en moi, il m’accompagne dans mes pensées. Entourée, je refais ma vie, j’ai commencé la danse country, je suis inscrite à un groupe « les Solos », je bouge, je noue des amitiés, je communique. Marie nous aide à être compréhensives, à écouter, à se faire comprendre. Moi, j’ai enfin réussi à parler à mon père qui était malade ».


YVETTE, 73 ans
« Ici, je me sens utile, je peux parler aux autres »

« Mon mari Pacicco, 62 ans, calorifugeur, est mort il y a 15 ans. Il me manque cet Italien ! Mon fils Luigi, 38 ans, est chef d’orchestre. Il me dit toujours qu’il sent la présence de son père lorsqu’il joue ! Aujourd’hui, je suis remariée et très heureuse mais je n’ai jamais oublié mon premier mari.
Ce n’est que la troisième fois que je viens. La première fois, je ne voulais pas parler. Et puis, finalement, j’ai commencé à raconter mon histoire. Ici, je me sens utile. Je peux penser aux autres dans la joie ou dans la peine. Je sers à quelque chose, je suis moins égoïste !
J’étais coiffeuse, j’ai eu l’habitude des confidences...
 »



COLETTE, 64 ans
« On se soutient, on se sent plus fort »

« Mon mari Hubert a fait 15 ans dans la marine avant de devenir douanier. Nous nous sommes rencontrés parce que je m’occupais d’une association des Bretons de Dunkerque. Il a déclaré un mésothéliome à 62 ans, ça été foudroyant. Il mort en un an et demi.
Cela a été difficile de le reconnaître en maladie professionnelle. Mon mari faisait des toux à répétition mais aux radios on ne voit pas le cancer de la plèvre !
 
Avec l’ARDEVA, j’ai constitué un dossier d’indemnisation puis, je suis devenue bénévole. Nous avons même écrit un livre de témoignages des victimes et de leur famille. [L’amiante a brisé leurs vies. Paroles de veuves et de victimes, ARDEVA Nord pas de Calais 59/62]. J’avais peur qu’en lisant ce livre les gens, apprenant qu’ils étaient malades, ne soient pas soutenus et soient complètement effrayés. Moi, pendant toute une année je n’avais pas eu le temps de vivre. Et puis lorsque mon mari est mort, j’ai eu tout le temps de penser à ma douleur, sans compter tous les papiers à remplir ! C’est pour cette raison que je trouve que le groupe de paroles nous aide ! On a besoin de parler ensemble nous qui avons vécu la même chose on se soutient et se sent plus fort ! »


CHRISTINE, 47 ans
« l’écoute, cela fait du bien »

« Je ne suis pas veuve de l’amiante mais je suis veuve, une amie m’a conseillé de venir pour assister à ces groupes de paroles. Ça me fait du bien l’écoute, il se crée des liens. Marie nous aide à dire ce qu’on ressent.
Ça n’a rien à voir avec la psychologie, c’est très différent. Ici, on s’exprime on échange. La psycho aide à se comprendre mieux, mais, ici, j’ai des réponses concrètes. Quand on subit un choc comme ça on ne se rend pas compte de l’impact que ça a sur l’entourage. Ici, je commence à comprendre les répercussions, les réactions des gens.
 » 


Article paru dans le Bulletin de l’Andeva n°29 (avril 2009)