Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Les habitants de Caligny respirent : l’usine d’amiante a enfin disparu

10 janvier 2016
Auteur(e) : 

L’usine du Pont a disparu du paysage.
Une autre vie commence
pour les riverains. « J’ai versé une
larme quand j’ai vu les ouvriers arriver
pour de bon », avait dit Odette
Goulet, dont la maison se trouvait
à moins de 3 mètres de cette usine,
en pensant à son mari, tué par
l’amiante. Il a fallu neuf années de
lutte pour obtenir la déconstruction
de l’usine. Jean-Claude Barbé, un
des animateurs de l’Aldeva Condésur-
Noireau, nous parle de ces neuf
années de lutte.

« Les gens veulent tourner la page et recommencer une vie sans amiante »

Qui a lancé l’alerte ?

« C’est Rémy Goulet, qui
a alerté notre association
en 2006 sur les dangers
de cette friche industrielle.
L’usine du Pont fabriquait
des tresses, des presseétoupes
et des tissus calorifuges
en amiante. Elle avait
fermé depuis 50 ans mais
le site n’avait pas été dépollué.
Les fenêtres avaient
disparu. Le vent dispersait
des fibres d’amiante sur le
voisinage. La municipalité
de l’époque ne semblait pas
consciente du danger.

Qu’avez-vous fait ?

Nous avons réclamé la
déconstruction et la dépollution
du site. Il a fallu se
battre pendant 9 ans pour y
parvenir.

Au début, Valéo voulait
confiner les déchets amiantés
sur place. Nous nous
sommes fermement opposés
à cette proposition. Enfouir
des déchets amiantés
près d’une rivière en zone
inondable, c’était risquer de
polluer l’eau potable.

Avec l’association « Pour
une vie sans amiante à Caligny
 », présidée par Jocelyne
Guillemin, nous avons combattu
ce projet en demandant
que l’usine soit désamiantée
dans des conditions
correctes. Notre action a
eu un très large écho dans
les medias.

Finalement, en
décembre 2012, Valeo a
accepté de déconstruire et
d’évacuer les déchets hors
du site. Les travaux ont pu
alors commencer. Ils ont pris
fin en septembre 2015. »

Comment réagissent aujourd’hui
les riverains ?

C’est une grande satisfaction
de ne plus voir cette
usine qui a fait tant de mal.

Tout le monde veut tourner
la page et recommencer
une « vie sans amiante ».

Mais il y a aussi une certaine
difficulté à s’habituer
à ce nouveau paysage. Et
une certaine amertume à se
dire que des maladies auraient
pu être évitées si cela
avait été fait plus tôt.

Les dégâts humains sont
considérables...

Certaines familles ont été
très durement touchées.

Une amie adhérente de l’Aldeva,
née à Caligny, avait
grandi et joué à proximité de
l’usine.
Elle a eu d’abord des plaques
pleurales, puis un cancer
bronchopulmonaire. Elle a
été opérée trois fois. Son
père est décédé d’un cancer
du péritoine. Sa mère avait
une maladie liée à l’amiante.
Ses trois soeurs, elles aussi,
étaient atteintes...

Je pense aujourd’hui avec
émotion à nos amis disparus
qui se battus à nos côtés
pour la déconstruction de
l’usine et qui ne sont plus là
pour partager cette victoire
avec nous : Rémy Goulet,
Maurice Leroux et Michel
Davy, tués par l’amiante.

Le problème d’un suivi
médical des personnes
ayant eu une exposition
intra-familiale et/ou environnementale
à l’amiante
est donc posé.

Oui. Il y a toujours une épée
de Damoclès au-dessus de
nos têtes et la crainte de
nouvelles victimes.
Un médecin du CHU de
Caen, a proposé de faire un
suivi des personnes exposées
dans leur famille ou au
voisinage de l’usine. Ce ne
sera pas facile, car certains
préfèrent « ne pas savoir ».
Les pouvoirs publics devraient
accorder davantage
d’importance aux victimes
environnementales ».


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva N° 50 (janvier 2016)