Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Le premier ministre du Canada fête sa victoire et la fin de la Convention de Rotterdam avec ses amis trafiquants d’amiante

1er juillet 2011

 

 

 


A N D E V A

Association nationale des victimes de l’amiante

Comité anti-amiante
Jussieu

Vincennes le 1er juillet

COMMUNIQUE DE PRESSE

Lors de la réunion de la 5ème conférence des Parties de la Convention de Rotterdam (sous l ‘égide de l’ONU), qui règle l’importation et l’exportation des produits dangereux, tenue du 20 au 24 juin à Genève , les représentants du Canada ont insulté la morale, la santé publique et les représentants de plus de 130 pays.

Le point à l’ordre du jour n’aurait pas dû normalement prêter à discussion : il s’agissait d’inscrire l’amiante chrysotile sur la liste des produits dangereux pour lesquels l’exportation ne peut avoir lieu qu’avec le consentement préalable en connaissance de cause du pays importateur (procedure PIC). Mais le gouvernement canadien , porte-parole du lobby des mines d’amiante du Québec, a de nouveau réussi à bloquer l’inscription sur cette liste. En 2004, 2006 et 2008, les réprésentants du Canada auprès des deux agences des Nations Unies gérant la Convention (FAO et PNUE) avaient bloqué l’inscription, en invoquant avec un beau cynisme la nécessité d’une position unanime des signataires.

Le gouvernement canadien a tenu secrète la position qu’il défendrait auprès de la convention de Rotterdam - bel exemple de transparence et démocratie. Son veto est apparu à la fin de la troisième journée, alors que le consensus était acquis auprès de toutes les autres délégations.

Les délégations africaines ont annoncé qu’elles allaient être obligées de recourir à une régulation locale ; plus de soixante pays, dont les pays africains et européens, ont signé une déclaration indiquant en substance qu’ils inscrivaient l’amiante chrysotile sur la liste des produits dangereux (ce qui n’a pas d’effet légal).

De son côté, le 24 juin, jour de la fête du Québec, le premier ministre Stephen Harper, accompagné du ministre de l’industrie et des ressources naturelles Christian Paradis, se rendait à un barbecue à … Thetford Mines où il cotoyait Bernard Coulombe, président de la mine Jeffrey . Il est difficile d’être plus explicite dans le cynisme, la corruption et l’arrogance.

Le gouvernement canadien méprise au passage l’avis d’institutions comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Bureau International du Travail (BIT), qui estiment que l’amiante est responsable de plus de 100 000 décès par an et demandent l’arrête de son utilisation. Même l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a pris position dans ce sens.

Cependant l’opposition au commerce meurtrier de l’amiante prend au Canada une nouvelle ampleur. L’ensemble des organisations médicales canadiennes (Société canadienne du cancer, Association médicale canadienne, Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec, etc) dans une lettre datée du 13 juin 2011 demande au premier ministre canadien « d’appuyer l’inscription de l’amiante sur la liste des matières dangereuses » et déclare : « En priorisant la défense des intérêts de l’industrie de l’amiante au détriment de la protection de la santé publique et environnementale globale, le Canada s’impose sur la scène internationale comme un citoyen irresponsable et sa réputation s’en trouve définitivement ternie. ». Les principaux partis d’opposition ont pris position pour l’interdiction de l’amiante. Le Parti Libéral (parti dirigé par Michael Ignatieff) a pris position pour l’arrêt des exportations d’amiante, le NPD (parti dirigé par Jack Layton) interpelle le gouvernement et accuse ainsi le gouvernement Harper d’avoir ignoré les conseils de Santé Canada dès 2006 sur les risques que pose l’amiante chrysotile.

L’attitude scandaleuse de la délégation canadienne - qui n’a pas fourni la moindre justification à sa position - a suscité un tollé général dans la presse canadienne et le monde politique.

L’incroyable soutien indéfectible du gouvernement canadien à l’industrie minière d’amiante pourtant moribonde au point qu’elle coûte de plus en plus d’argent aux contribuables canadiens a encore récemment été proclamé en campagne électorale par le premier ministre canadien qui a déclaré fièrement « Le Parti conservateur est le seul parti qui appuie l’industrie de l’amiante chrysotile ».

La position explicite du gouvernement canadien peut se traduire ainsi en résumé :

« Nous, Canadiens, subventionnons depuis plus de trente ans des marchands de mort, nous continuerons donc à tromper le reste du monde sur les dangers de notre amiante ; nous continuerons à défendre le mythe de l’usage sécuritaire de l’amiante ; les quelques emplois sauvés valent plus que les dizaines de milliers de morts que nous causeront encore ».

L’ONU a été bafouée et est obligée par le Canada à tourner le dos aux objectifs proclamés de la Convention de Rotterdam, démontrant son impuissance à protéger la santé et la vie des populations. Des voix nombreuses s’élèvent pour réclamer à juste titre des sanctions contre le Canada. Comme l’a déclaré Chuck Strahl à force de manœuvrer de la sorte le Canada va accélérer l’interdiction de l’amiante.

Enfin la responsabilité civile des industriels et du gouvernement canadien est établi clairement à travers cet épisode sordide.

Le gouvernement canadien a obtenu une victoire à la Pyrrhus, il faut noter
- que le mouvement de protestation n’a jamais été aussi fort au Canada
- qu’ils paient à chaque fois un prix politique plus élevé
- que leur action ne vise finalement qu’à retarder au maximum la fin du chrysotile canadien qu’ils savent inévitable.

L’Andeva et le Comité Anti Amiante Jussieu continueront de dénoncer ces véritables crimes de masse et de lutter de concert avec les personnes de tous pays respectueuses de la santé et de la vie humaine.

Reste une question : avec qui le premier ministre Harper et le ministre Paradis vont-ils passer le 1er juillet, fête du Canada ? Gageons que ce ne sera pas avec les (nombreuses) victimes de l’amiante au Canada.