Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Le CIRC (IARC) s’est-il mouillé avec l’industrie russe de l’amiante ?

8 décembre 2013
Le prestigieux journal britannique Lancet a publié en février 2013 un article « Le Centre International de Recherche sur le Cancer au banc des accusés sur ses liens avec l’industrie de l’amiante » critiquant fermement le Centre International de recherche sur le Cancer (IARC en anglais) pour sa participation à une étude sur les cancers chez les mineurs de la Ville d’Asbest en Russie (Асбест).

IARC a publié en réponse un communiqué (février 2013) dans lequel l’agence affirme :

« 1) Toutes les formes d’amiante [y compris bien sûr le chrysotile NR] sont cancérogènes pour l’homme et cesser l’utilisation de l’amiante est le moyen le plus sûr d’éliminer les maladies dues à l’exposition à l’amiante.

2) L’Agence apportera son expertise en épidémiologie à l’étude menée à Asbest, Russie, destinée à apporter une meilleure quantification des risques de cancer déjà connus comme liés au chrysolite et des cancers suspectés d’être causés par le chrysolite.

3) L’Agence et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) prennent au sérieux le problème des conflits d’intérêt et recourrent à un processus rigoureux pour protéger ses recherches d’influences indues.

4) L’Agence confirme son soutien au données publiées dans le British Journal of Cancer 106, 2012 [Les auteurs de l’article sont V. McCormack, J. Peto, K. Straif et P.Boffetta, NR] et présentées à une conférence de Kiev. »

Commentaires. Le premier alinéa n’est certes pas écrit pour plaire aux nouveaux partenaires mentionnés au deuxième alinéa et confirme les travaux et données scientifiques du CIRC [1]. Cependant les trois alinéas suivant ne semble pas répondre au principaux problèmes posées par cette coopération.

La conférence ce Kiev citée, était une conférence organisée par l’industrie russe de l’amiante en novembre 2012, avec le but explicite de fournir une base « scientifique » à l’opposition de la Russie à l’inscription de l’amiante chrysolite sur la liste des produits dangereux de la Convention de Rotterdam. La totalité des intervenants étaient des personnes liées à l’industrie de l’amiante de Russie, Kazakhstan, Ukraine, Canada, Brésil, Inde, Thailande et Vietnam, à l’exception de trois personnes : Mesdames B. Swiatvoska et N. Szeszenia-Dabrowska, d’un institut de santé au travail de Pologne et madame V. McCormack du Centre International de Recherche sur le Cancer qui a présenté un exposé « Mesothelioma mortality as a predictor of the asbestos-related lung cancer burden » (mortalité par mésothéliome comme indicateur de la quantité de cancer du poumon reliés à l’amiante).

Il est bien sûr absurde pour un chercheur honnête de participer à une telle conférence : la seule utilité est pour les industriels de l’amiante russe qui peuvent clamer - et ne s’en privent pas - que la conférence avait l’appui de l’IARC. Les représentants russes au sein de la Convention de Rotterdam de 2013 ont d’ailleurs explicitement utilisé cet argument pour s’opposer (victorieusement) à l’inscription de l’amiante chrysolite sur la liste des produits dangereux et pour retarder, voire annuler, l’interdiction de l’amiante en Thaïlande. On peut penser que bien sûr madame V. McCormack et l’IARC ne sont pas d’accord avec les conclusions pré-écrites de la conférence de Kiev : « il est prématuré d’inscrire l’amiante chrysolite sur la liste des produits dangereux de la Convention de Rotterdam », mais nul n’a pu entendre de protestation contre ces conclusions ni de la part de la chercheuse, ni de la part de l’IARC.

La présentation de la chercheuse de l’IARC est basée sur l’article du British Journal of Cancer. Plusieurs critiques scientifiques ont été adressée à cet article, notamment le fait qu’il utilise abondamment les publications canadiennes suspectes de McDonald. En effet les études de McDonald étaient financées par l’industrie canadienne de l’amiante et McDonald a été un des piliers de la propagande des industriels canadiens créant notamment la fable de l’« hypothèse amphibole » (il s’agit de prétendre que l’amiante chrysotile - c’est-à-dire la quasi-totalité de l’amiante commercialisé - est innocent et que seul le méchant amiante amphibole est responsable de tous ses cancers). Les recommandations proposées par l’article de McCormack, Peto et al. sont de plus particulièrement molles et citent des données dont certaines sont périmées.

Du côté russe le principal « scientifique » en charge de l’étude que l’IARC a accepté, bon gré, mal gré, de cautionner n’est autre que Evgeny Kovalevskiy.

On peut brièvement décrire le docteur Evgeny Kovalevskiy comme le « Etienne Fournier » russe, comme lui, il est membre de l’Académie de médecine de son pays et comme lui, il possède un long passé dédié aux intérêts des industriels de l’amiante.

- Evgeny Kovalevskiy est en particulier co-auteur d’un rapport russe adressé à la communauté européenne en 2002 (pour tenter - vainement - de faire changer d’avis la CE).

- Evgeny Kovalevskiy était un des témoins payés par l’Institut Brésilien du Chrysotile pour témoigner en faveur de l’amiante auprès du suprême tribunal fédéral brésilien.

- Evgeny Kovalevskiy était un des organisateurs et orateurs de la conférence de Kiev, aux côtés des escrocs habituels de l’Institut du chrysolite canadien (aujourd’hui fermé) : D. Bernstein, J. Dunnigan, R. Nolan et de l’institut brésilien du chrysotile : M. Terra-Filho et E. Bagatin.

Penser que la science peut bénéficier d’une collaboration avec l’Institut russe du chrysotile et avec des scientifiques miteux et corrompus relève au mieux d’une incroyable naïveté. Plusieurs scientifiques de renommée mondiale ont déjà demandé au directeur du CIRC de cesser ces liaisons dangereuses avec l’industrie de l’amiante [2]. Il est grand temps que le CIRC (IARC) ouvre les yeux sur les erreurs passés et présentes et règle ce que l’Agence elle-même appelle des « conflits d’intérêts » et « influence » indus. Rappelons que CIRC a été construit pour produire des évaluations scientifiques et proposer des politiques de prévention internationales au sein de l’OMS.

[1] Le CIRC (IARC) depuis sa création a confirmé le caractère cancérogène et extrêmement dangereux de toutes les formes d’amiante ; ceci dès 1977. La dernière évaluation du CIRC, loin de remettre en question le caractère cancérogène du chrysotile,

Amiante : la dernière évaluation du Centre International de Recherche sur le Cancer.

affirmant notamment « Les preuves épidémiologiques se sont accumulées pour montrer une association de toutes les formes d’amiante (chrysotile, crocidolite, amosite, tremolite, actinolite, et anthophyllite) avec un risque accru de cancer du poumon et de mésothéliome » et rajoutant que tous ces types d’amiante provoquent également d’autres cancers :
- Larynx et ovaires [preuves suffisantes] ;
- Colon/rectum, pharynx, estomac [preuves limitées]

[2] Lettre du 27 mars 2013, adressée au Dr Wild, directeur du CIRC, avec copie à madame Margaret Chan, directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé. Voir l’article :

UN Cancer Agency asked to sever its ties to asbestos propagandists http://www.rightoncanada.ca/?p=1954