Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Le Brésil hésite toujours à arrêter l’amiante

19 avril 2013

Les jugements prévus pour octobre 2012 restent en suspens auprès du Suprême Tribunal Fédéral (STF), la plus haute instance judiciaire au Brésil.

Trois causes attendent d’être jugées à Brasilia :
- deux procès ont été initiés par l’institut de l’amiante chrysotile brésilien (Instituto Brasileiro do Crisotila) et demandent l’annulation des lois d’interdiction de l’amiante dans les états de São Paulo et Rio grande do Sul ;
- le troisième procès a été initié par deux procureurs du Ministère du Travail et demande de déclarer inconstitutionnelle la loi dite « d’usage contrôlé de l’amiante  », édictée en 1995.

Les Instituts du Chrysotile

Créé en 1984, l’Institut de l’amiante canadien, est contemporain du Comité Permanent Amiante français (CPA). Ils ont d’ailleurs collaboré.
Le but de l’Institut de l’amiante, rebaptisé « Institut du Chrysotile » était de préserver et développer le commerce de l’amiante canadien dans le monde, d’abord en Europe puis en Asie.
Le but du Comité permanent amiante était d’éviter l’interdiction de l’amiante en France.
L’institut canadien a participé à la fondation d’instituts analogues dans plusieurs pays, dont le Brésil et la Russie (ex-URSS).
L’institut canadien a fermé ses portes. Les mines ont fermé, les industriels ne gagnent plus d’argent avec l’amiante. Le gouvernement fédéral ne subventionne plus cet institut de propagande et de corruption.
L’institut du chrysotile brésilien est encore très actif.
Il est à l’origine des audiences publiques auprès du Suprême Tribunal Fédéral.
Il a dû néanmoins fermer son site internet, condamné pour mensonges et diffamation.
L’institut du Chrysotile russe (http://www.chrysotile.ru/) est lui florissant et reprend le flambeau de la propagande, organise des conférences pseudo-scientifiques, menace les autorités des pays d’Asie qui tentent de mettre en place prévention et limitation de l’utilisation de l’amiante.

Eternit se prépare

Comme en France, l’histoire de l’amiante-ciment au Brésil est dominée par les deux grands groupes industriels : Eternit et Saint-Gobain (à travers sa filiale Brasilit). Les mines d’amiante – Cana Brava et Minaçu – ont été exploitées par ces groupes et le commerce de l’amiante-ciment réparti entre eux.
Aujourd’hui le « paysage » est différent, la seule mine en activité (Minaçu) est exploitée par la société SAMA dont le principal actionnaire est Eternit ; par contre Brasilit (Saint-Gobain) a vendu ses parts dans l’activité minière et a cessé d’utiliser l’amiante depuis dix ans ; Brasilit produit maintenant du fibro-ciment sans amiante.
L’extraction et le commerce de l’amiante au Brésil continuent donc dans le seul intérêt du groupe Eternit, principal financeur de l’Institut Brésilien du Chrysotile.
À l’occasion du jugement Eternit en Italie, le groupe Eternit Brésil a acheté des pages entières dans les journaux brésiliens pour expliquer qu’ils n’avaient rien à voir avec le groupe du même nom ayant opéré en Italie.
Cependant, même Eternit se prépare à l’éventualité d’un arrêt de l’amiante :
le groupe expérimente, dans l’état du Parana, une technologie sans amiante. Bien sûr, Eternit fabrique depuis longtemps du fibro-ciment sans amiante chez nous en France, mais aussi en Allemagne, au Royaume-Uni etc.


Le 3è producteur MONDIAL

Le Brésil est le troisième producteur mondial d’amiante (après la Russie et la Chine) avec environ 300 000 tonnes extraites par an.
Il consomme un peu moins des deux tiers de sa production et exporte le reste.
La quasi totalité de l’amiante est utilisée par l’industrie de l’amiante-ciment.


UNE loi fédérale QUI NE respecte pas la constitution

Le Brésil est une fédération d’états, cependant ces états ont adopté et appliquent une unique constitution fédérale qui est très détaillée en ce qui concerne les droits de l’homme et les droits sociaux et formule notamment des obligations circonstanciées de l’état « en ce qui concerne la dignité de la personne humaine, la valeur sociale du travail, une existence digne, un droit à la santé et à la protection de l’environnement ».

La loi brésilienne autorise l’amiante

Une loi fédérale datant de 1995 autorise l’extraction et l’utilisation de l’amiante tout en établissant une certaine réglementation et en reconnaissant qu’il s’agit d’un produit dangereux et demandant un certain nombre de précautions.
Malheureusement, en pratique les précautions recommandées par la loi le sont de manière non contraignantes et de toutes façons inapplicables une fois que les produits contenant de l’amiante sortent de la fabrique.
L’argument principal de l’association Nationale des Procureurs du Travail contre cette loi est de dire qu’elle ne respecte pas la constitution brésilienne, rédigée dans les années 80, qui exige que l’état garantisse éducation, santé des citoyens et travailleurs.

5 états brésiliens l’ont déjà interdit

De l’autre côté 5 états – São Paulo, Rio de Janeiro, Rio Grande do Sul, Pernambuco et Mato Grosso – ont décidé d’interdire l’amiante. L’état du Parana discute sérieusement la possibilité de suivre cet exemple.


Article paru dans le bulletin de l’Andeva n°42 (avril 2013)