Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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La double peine des anciens de Condé : après la contamination, le chômage

10 janvier 2012

350 salariés d’Honeywell n’acceptent pas que la direction délocalise leur usine en Roumanie en les laissant sur le carreau, sans espoir de retrouver un emploi.

Le 19 octobre, la direction d’Honeywell a annoncé la fermeture de son usine du Calvados en juin 2013 et l’ouverture d’une usine en Roumanie. « Les perspectives de développement commercial ne sont plus en Europe de l’Ouest mais dans les pays émergents et en Europe de l’Est », a expliqué sans détour le DRH. Une façon de signer l’arrêt de mort d’une usine progressivement dévitalisée par un blocage des investissements.

Une politique
inhumaine

« Avant de passer sous la coupe d’Honeywell, l’usine Valéo (ex-Ferodo) a employé jusqu’à 2500 personnes, explique François Martin, le président de l’Aldeva. C’était l’un des plus gros employeurs de la région. C’était aussi l’un des hauts lieux de la contamination par l’amiante, qui fut manipulée sans précaution pendant des décennies. Dans la vallée de la « Veyre » - qu’on appelait « la vallée de la mort » - Il y a eu entre 2500 et 3000 victimes de l’amiante. Et maintenant on veut se débarrasser des derniers qui restent. C’est une politique immorale et inhumaine."

Une région
sinistrée

Elle frappe les 350 ouvriers d’Honeywell mais aussi tous ceux des entreprises intervenantes, elle frappe aussi l’activité économique de toute la ville. Ces gens-là ont un tiroir caisse à la place du cœur. Ils n’ont rien à foutre de la vie de centaines d’êtres humains, s’ils ont l’espoir de gagner des millions d’euros. Ils veulent déménager en Roumanie en nous laissant une friche industrielle dont rien ne garantit qu’elle a été correctement dépolluée »
Les habitants de Condé le savent bien. Les perspectives de reclassement dans la région sont faibles voire nulles. A quelques kilomètres de là, une autre usine de fabrication de produits automobiles risque de fermer en envoyant 150 salarié au chômage...

Offre d’emploi : amianté s’abstenir !

« Chercher du boulot en disant qu’on a travaillé dans l’amiante, c’est se heurter à un mur. Les patrons préféreront toujours embaucher des demandeurs d’emploi bien portants, que des anciens de Valéo qui risquent d’avoir un jour une maladie de l’amiante. »

Un fort soutien
populaire

Cela explique l’importance du soutien populaire : le 19 novembre, plus de 2500 personnes ont manifesté à Condé-sur-Noireau, soit près de la moitié de la population de la commune. « La mobilisation reprendra après les fêtes », annonce François Martin.


Article tiré du Bulletin de l’Andeva No 38 (janvier 2012)