Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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La "Bonifica"

17 septembre 2011

- "La ville blanche"
- Les Casalais ne se résignent pas. Ils veulent libérer totalement leur ville de l’amiante
- Éradiquer tous les matériaux amiantés sur l’ensemble du territoire de Casale Monferrato
- La "bonifica" en chiffres


LA VILLE BLANCHE

Il est déjà dans les vignes,
Déchirant la nuit,
Le cri mortifère
Du vent gris.

Il arrive dans la ville
Qui suffoque,
Accablée,
Souillée,
Possédée par l’amiante,

Laconique messager
D’un dernier mépris
Pour nous qui respirons,
Jour après jour,
L’air qui nous tue.


Les Casalais ne se résignent pas. Ils veulent libérer totalement leur ville de l’amiante

« La Ville blanche » est l’un des poèmes lus à haute voix pour les manifestants rassemblés devant les grilles de l’usine Eternit, à l’occasion de la journée mondiale des victimes de l’amiante.

Ces vers donnent la mesure de la catastrophe subie par cette petite ville, où — vingt-cinq ans après la fermeture — on compte encore 40 à 50 mésothéliomes par an !

80% des victimes n’ont jamais mis les pieds dans l’usine.

A Casale Monferrato,
l’amiante était partout.

On respirait des poussières d’amiante à tous les postes de travail dans cette usine où Nicola Pondrano, à son premier jour de travail, fut accueilli en 1974 par ces mots terribles d’un vieil ouvrier : « Qu’est-ce que tu viens faire ici ? Toi aussi t’es venu ici pour mourir ? A ton âge ? ». Il avait alors dix-huit ans...

Hors des murs d’Eternit aussi, l’amiante était omniprésent : sur les bleus de travail que les ouvriers ramenaient à la maison, dans les toitures, dans les sacs d’amiante recyclés pour les patates, dans les matériaux au rebut que l’entreprise distribuait généreusement pour faire des dallages et des allées de jardins… Les maisons, les jardins, les rues étaient étaient couvertes d’une fine poussière grise apportée par le vent. Une poussière mortelle…

Sur les ruines de l’Enfer,
un parc du souvenir

Aujourd’hui les habitants de Casale ne se résignent pas à voir leur ville souillée, défigurée par l’amiante. Ils veulent éradiquer totalement ce matériau cancérogène, même si cela doit prendre des années.

L’usine a été désamiantée et démolie. A sa place il y aura un parc du souvenir, avec des arbres et des fleurs.

Comme le dit un autre poème, écrit par Daniela Degiovanni, la cancérologue qui a soigné des centaines de victimes :

Ici surgira près du fleuve
Une colline toute neuve
Où les enfants viendront jouer
Et les anciens se souvenir (…)

Elle surgira sur les vestiges de l’Enfer,
Là où, en toute impunité, des hommes criminels
Jetèrent au feu les espoirs, les cœurs, les vies
D’autres hommes, innocents de tout crime,

L’Enfer où la vie de Mario,
Giovanni, Michel, Lucia
Valait moins que les sacs d’amiante
Qu’ils vidaient, jour après jour...

Les Casalais ne veulent pas seulement sanctionner les responsables de la catastrophe qui a fait de leur cité une ville martyre de l’amiante, Ils sont les porteurs tenaces d’un ambitieux projet d’avenir : faire de Casale une ville libérée de l’amiante.


Éradiquer tous les matériaux amiantés sur l’ensemble du territoire de Casale Monferrato

Le mot italien « Bonifica » n’est pas un simple synonyme du mot français « désamiantage », utilisé pour les chantiers de retrait. Il désigne en réalité un programme pluri-annuel d’assainissement et de réhabilitation des terrains et des bâtiments (publics et privés) qui concerne 48 communes.

La priorité était de dépolluer et démolir l’usine d’amiante-ciment. La commune acheta le site laissé à l’abandon par Eternit. Les travaux commencèrent en 2000 et se terminèrent en 2006.

La plus grande usine d’amiante-ciment d’Europe

De nombreux problèmes techniques rendaient impraticable la réalisation d’un plan de retrait unique. Il a donc été décidé de procéder par « micro-chantiers » successifs. La zone de travail confinée était maintenue en dépression pour éviter toute dispersion des fibres d’amiante à l’extérieur.

Les surprises n’ont pas manqué : interstices bourrés d’amiante dans les murs, faux-plafonds délités libérant des quantités de fibres d’amiante…

Malgré ces difficultés, les travaux ont été conduits à leur terme, dans le respect de la sécurité, avec des contrôles et des mesures d’atmosphère réguliers.

Sur l’esplanade où se dressaient les bâtiments ne reste plus qu’un sarcophage de béton recouvert d’une couche de terre végétale, venue de l’extérieur.

Une plage contaminée de 6500 mètres carrés

Sur la rive droite du Po les boues chargées d’amiante rejetées par Eternit avaient formé une plage de 6500 mètres carrés, contaminée sur une profondeur de 1 à 5 mètres.

Les techniciens ont réussi à confiner les matériaux amiantés in situ et à protéger les berges sans altérer l’équilibre hydraulique du Po. Les rives furent replantées avec des essences des végétaux
d’origine.

Un plan pour remplacer
les toits des bâtiments publics

Depuis 10 ans, on remplace les toitures en amiante-ciment sur les bâtiments publics (écoles, marchés couverts, cimetières, magasins, bibliothèques, hôpitaux, casernes, maisons de retraite).

L’aide de la commune
aux particuliers

Les particuliers sont incités à éliminer les toits en amiante-ciment. Une partie des frais est prise en charge (30 euros par mètre carré). Près de 2000 demandes ont été déposées depuis 2005. La priorité est donnée aux situations à haut risque. La commune a déjà dépensé 11, 7 millions d’euros. Il faudrait 26,6 millions d’euros pour satisfaire toutes les demandes. Sans une aide conséquente de l’Etat, qui pour l’instant se fait attendre, ce sera difficile.

Les particuliers peuvent aussi se débarrasser gratuitement des sous-produits ou des rebuts de production qu’Eternit leur avait distribués (amiante en vrac dans les sous-toitures ou les interstices des murs, amiante mélangé à du plâtre ou à du ciment pour les dallages ou les allées extérieures). 90 opérations gratuites d’enlèvement ont déjà été assurées par des sociétés spécialisées. Dans les sous-toitures, elles travaillent à l’humide, sous confinement, avec mise en dépression de la zone.

Une décharge pour les déchets d’amiante a été ouverte en 2002 à Casale. Sa capacité est de 83 000 mètres cubes pour les plaques et 5000 mètres cubes pour le friable. Une collecte à domicile avec transport en décharge existe depuis 2005.


LA « BONIFICA » EN CHIFFRES

Zone à dépolluer : 48 communes sur 738 km2.
Début des travaux : 1998.

Désamiantage et démolition de l’ancienne usine Eternit

- 54 000 mètres carrés de surfaces d’amiante-ciment enlevées,
- 1 500 mètres cubes de tas d’amiante évacués,
- 15 000 mètres carrés de plaques d’amiante-ciment confinées dans des réservoirs souterrains de l’usine.
- 160 000 mètres cubes de matériaux démolis après dépollution.

Réhabilitation de la rive droite du Po

- 6 500 mètres carrés de rive polluée par les déchets de l’usine, sur une profondeur de 1 à 5 m..
- 12 000 mètres cubes de matériaux contaminés à traiter

Retrait des toits d’amiante-ciment dans 48 communes

- 125 000 mètres carrés pour les édifices publics
- 1 026 000 mètres carrés pour les particuliers

(source : document édité par la
Commune de Casale 18/04/2011)


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva Numéro 37 "Spécial Italie"