Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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LES CONSEILS DU DOCTEUR PRIVET

30 janvier 2014

« Les plaques péricardiques sont des atteintes à part entière liées à l’amiante »

Une atteinte
souvent négligée

Comme les plaques pleurales, les plaques péricardiques, sont assez fréquentes chez les salariés qui ont été exposés à l’amiante.
Les plaques péricardiques ne sont vraiment visibles que si elles sont calcifiées. Mais elles passent souvent inaperçues, l’attention des radiologues et des pneumologues étant captée par les plaques pleurales qui sont la plupart du temps associés.

Le tableau 30

Le tableau n°30 de maladies professionnelle les inclut dans le libellé des plaques pleurales   :
« plaques calcifiées ou non péricardiques ou pleurales unilatérales ou bilatérales ».
Elles sont souvent négligées par des médecins conseils et des experts qui nient leur existence ou ne les prennent pas assez en compte dans la fixation du taux d’incapacité permanente partielle (IPP).

Le barème
pour les plaques pleurales

Le barème des maladies professionnelles traite des plaques pleurales dans sa partie sur les maladies respiratoires (§ 6.7.4).
Il prévoit une fourchette de taux d’IPP allant de 1 à 5 % pour les plaques pleurales, mais un large consensus existe pour attribuer un taux minimum de 5 %.
Un taux plus élevé (10 % par exemple) est justifié, quand les plaques pleurales sont nombreuses et extensives.

Le barème
pour les plaques péricardiques

Ce barème traite des plaques péricardiques dans sa partie sur les affections cardiovasculaires (§ 1. 5)  :
«  péricardite calcifiée chronique sans syndrome de constriction clinique ou hémodynamique ».
Il prévoit un taux d’IPP de 30 à 60 %. La victime peut donc revendiquer un taux minimum de 30 %. (pour des plaques péricardiques peu importantes, un taux de 10% ou 20% serait envisageable).


L’anatomie du péricarde

Le péricarde est une sorte de sac
qui enveloppe le cœur et lui permet d’effectuer des battements sans problème.

Une double
enveloppe autour
du coeur

Il est composé de deux structures principales :
1) une enveloppe extérieure appelée péricarde fibreux,
2) une enveloppe interne appelée péricarde séreux,

Les deux feuillets
du péricarde séreux

Comme la plèvre qui enveloppe le poumon, le péricarde séreux est composé de deux feuillets coulissant l’un sur l’autre.
Le feuillet accolé au péricarde fibreux est dit «  pariétal », tandis que le feuillet accolé au coeur est dit
« viscéral ».
Il s’agit donc d’une structure différente de la plèvre, même si la constitution du péricarde séreux ressemble à la constitution de la plèvre.
Dès lors des expressions telles que «  l’enveloppe pleurale du péricarde  » ou «  feuillet pleural du péricarde  », employées par certains experts, font appel à des termes qui n’existent pas et prêtent à confusion, mais c’est sans doute le but recherché…
Le cœur et le péricarde sont situés dans une zone appelée médiastin, entouré de chaque côté par les poumons. Le péricarde fibreux est donc très proche de chaque côté de la plèvre, qu’on qualifie alors, en raison de sa situation, de plèvre médiastinale.


Ces plaques existent-elles ?

On n’identifie vraiment que les plaques péricardiques calcifiées. Le scanner thoracique est plus probant que l’échographie cardiaque.

Les fibres d’amiante qui s’accumulent dans la plèvre, finissent par la quitter et traversent le péricarde fibreux pour venir s’échouer au niveau du feuillet pariétal du péricarde séreux. Elles provoquent alors à cet endroit des lésions analogues aux plaques pleurales.
On n’identifie vraiment les plaques péricardiques au scanner que si elles sont calcifiées.
Comme la plèvre médiastinale est proche, la tentation est grande, pour ceux qui nient leur existence, de parler de plaques pleurales médiastinales et non pas de plaques péricardiques.

L’échographie
cardiaque : un
examen peu fiable

Un examen, tel que l’échographie cardiaque, peut essayer de préciser s’il s’agit de plaques pleurales médiastinales ou de plaques péricardiques, mais elle n’est pas fiable à 100 % et nous ne la préconisons pas, sauf cas particuliers.

La preuve par
le scanner

L’examen le plus probant reste le scanner thoracique avec une analyse minutieuse du péricarde dans les trois coupes de l’espace  : transversale, frontale, sagittale.
En fait, le débat sur l’existence des plaques péricardiques pose plus largement la question de l’atteinte du péricarde par les fibres d’amiante dans le cadre d’une péricardite qui peut alors être étendue et empêcher le cœur de fonctionner correctement. Il s’agit d’une péricardite constrictive.
Des cas de péricardites chroniques constrictives liées à l’amiante ont été publiés dans la littérature médicale, contrairement à ce qu’affirment certains experts.
Les plaques péricardiques calcifiées entrent donc bien dans le cadre d’une « péricardite calcifiée chronique non constrictive  ».


Comment les indemniser ?

Certains médecins reconnaissent l’existence de plaques péricardiques, mais ils les banalisent quand il s’agit de les indemniser.

Une seule et même pathologie ?

Certains médecins conseils et experts expliquent qu’il «  n’y a pas lieu de dissocier sur le plan de l‘indemnisation les plaques péricardiques des autre plaques pleurales, ces lésions représentant le même pathologie décrite au paragraphe B du tableau 30 des maladies professionnelles  : leur indemnisation est commune ».

Ou une affection
de la plèvre et une
du péricarde ?

Dans une expertise récente pour le Tribunal du contentieux de l’incapacité (TCI), un professeur de faculté de médecine prend une position diamétralement opposée en estimant que les plaques péricardiques constituent une péricardite calcifiée :
«  C’est une affection que je considère comme différente de celle de l’atteinte pleurale et qui justifie à elle seule un taux de 30 % pour prendre le seuil minimum ».

Ne pas hésiter
à contester

Si le taux attribué est insuffisant, il ne faut pas hésiter à contester devant le TCI.
Mais si la victime obtient gain cause au niveau du TCI, ce qui est assez fréquent, elle n’est pas sortie d’affaire, car actuellement les caisses contestent systématiquement devant la CNITAAT (cour d’appel en matière d’indemnisation) les décisions des TCI favorables aux victimes. Et malheureusement le taux d’IPP acquis au TCI est souvent remis en cause.
Cette situation perdurera tant qu’un sérieux « coup de balai » ne sera pas donné pour réformer cette structure qui est complaisante avec les médecins conseils des caisses et largement défavorable pour les victimes.



Article paru dans la bulletin de l’Andeva n°44 (janvier 2014)