Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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LE PROCES PENAL DE TURIN CONTRE ETERNIT au jour le jour

2 juillet 2010

En Italie, un procès pénal a été engagé contre Eternit par 2900 victimes professionnelles et environnementales de l’amiante ainsi que par les familles de victimes décédées.

Deux hauts dirigeants du groupe, le baron belge Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne et l’industriel suisse Stephan Schmidheiny ont mis en examen.

Ce procès est une première en Europe.

Les parties en présence

Le procès de Turin oppose 2900 parties civiles issues des villes de Casale Monferrato, Cavagnolo, Bagnoli et Rubiera à deux prévenus, le baron belge Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne qui dirigea la firme entre 1966 et 1973, et l’industriel suisse Stephan Schmidheiny propriétaire du groupe Eternit entre 1973 et 1992 et depuis converti à l’écologie philanthropique au Costa Rica.

Au début de la procédure, entre 700 et 900 personnes ont accepté de la main de Schmidheiny des sommes allant de 10 000 à 30 000 euros, renonçant ainsi aux poursuites envers l’industriel. Certaines de ces personnes sont néanmoins parties civiles contre le baron De Cartier, ces deux procédures étant indépendantes l’une de l’autre.

Ce qu’ils risquent

Les prévenus encourent chacun une peine de 10 à 13 ans de prison.
Le total des sommes demandées par les parties civiles se monte à 5 milliards d’euros qui se décomposent comme suit :
- 1 milliard pour l’ INAIL (équivalement de notre caisse AT-MP),
- 2 milliards pour les victimes,
- 2 milliards pour les villes, la région, la province et l’état en remboursement des sommes considérables investies dans la réahabilitation des zones polluées par l’amiante.

- Journée du 1er décembre 2009
- Journée du 10 décembre 2009
- Audience du 25 janvier 2010
- Audience du 8 février 2010
- Audience du 15 février 2010
- Audience du 1er mars 2010
- Audience du 8 mars 2010
- Audience du 29 mars 2010
- Audience du 12 avril 2010
- Journée mondiale commémorative du 28 avril
- Audience du 26 avril 2010
- Audience du 3 mai 2010
- Audience du 24 mai 2010
- Audience du 8 juin 2010
- Audience du 21 juin 2010
- Audience du 28 juin 2010
- Audience du 5 juillet 2010


1er décembre 2009

Assemblée publique des associations de victimes à Casale Monferrato, suivie d’une retraite aux flambeaux au cours de laquelle les veuves de Casale sont allées déposer des roses blanches au pied de la porte de l’usine Eternit aujourd’hui à l’abandon.
Le président de l’Andeva, Alain Guérif, était venu représenter l’Andeva lors de cette émouvante journée.

- Les photos de cette journée

- La vidéo de cette journée


Audience du 10 décembre 2009

Ouverture du procès. Cette journée a été consacrée à la présentation des parties civiles. La cour s’est livrée à un examen minutieux des plaignants afin de confirmer leur légitimité.
Une large délégation de l’Andeva s’est rendue à Turin pour l’occasion et cette présence a été très appréciée par nos amis transalpins.
Parmi les associations représentées au sein de la délégation française : Le Caper Bourgogne, le Caper Nord Isère, Le caper Ardèche, Les mineurs CFDT de Lorraine, L’Ardeva Nord Pas de Calais, l’Addeva08 Ardennes, Le Caper Auvergne, etc .
L’importance de cette délégation issue de l’Andeva a été largement soulignée et saluée par la presse Italienne.


Audience du 25 janvier 2010

L’avocat des défendeurs à profité de la seule audition publique de ce mois de janvier pour tenter de faire exclure les autorités civiles du procès en cours.
De son côté, le juge Casalbore a lancé un dernier appel aux éventuels plaignants non-encore déclarés qui désireraient se joindre à la procédure.

Les avocats des firmes ETEX GROUP (Belgique), ETERNIT SCHWEIZ, HANOVA HOLDING A.G, AMINDUS HOLDING A.G, AMETEX A.G et BECON A.G (Suisse) et ceux représentant l’Union Européenne et le Cabinet Italien ont demandé à ce que leurs clients soient exclus du procès dans lequel ils sont impliqués pour « Désastre Environnemental Intentionnel » et qui les menace d’une amende de 500 millions d’euros.

Si la demande concernant l’Union Européenne et le Cabinet Italien ont été favorablement accueillies par le procureur, la partie adverse et les avocats des plaignants ont manifesté une opposition déterminée à ce que les entreprises incriminées s’évadent ainsi du procès.

Ces entreprises ont toujours revendiqué un lien direct avec les groupes SCHMIDEINY et DE CARTIER DE MARCHIENNE en leur temps respectifs : pourquoi chercheraient-elles maintenant à le nier et s’en détacher ?

« Comment pourrions nous croire que les deux accusés aient agis par eux-mêmes, sans le soutien et l’accord des groupes dont ils étaient issus ? » a plaidé Sergio Bonetto, l’avocat des plaignants.

Une objection pour anti constitutionnalité a également été soulevée par l’un des avocats de Schmideiny, Alessio Di Amato. Selon lui, la procédure en cours ne permettrait pas d’aboutir à un jugement équitable car les deux parties n’ont bénéficié du même laps de temps pour étudier le dossier.

Di Amato a aussi prétendu que le plaignant ne devrait pas être reconnu comme légitime dans une procédure pénale de ce type et a demandé à ce que l’anti constitutionnalité de sa participation soit reconsidérée.

Dans ce cas où le juge reconnaitrait la validité de cette objection, la procédure pourrait se voir assénée un premier et sérieux coup d’arrêt.

Après 4 heures de débat, cette courte seconde session du procès contre Eternit a été ajournée à la 3ème audience qui se tiendra la 8 février prochain.


Audience du 8 février 2010

L’audience du jour a été consacrée à l’études des nombreuses objections présentées par les avocats des défendeurs.

Ceux ci ont essayé d’invalider l’accusation en s’offusquant de la présence parmi les plaignants de trop nombreuses associations et individus.

L’avocat des plaignants s’est fortement opposé à ce point de vue en affirmant la légitimité de leur présence.

Di Amato, avocat du groupe SCHMIDEINY, s’est lui aussi plaint de l’accumulation du nombre des plaignants. Selon lui, une vérification précise de chacun des 6000 individus inscrit sur la liste des plaignants serait impossible à réaliser pour la défense. Il se pose la question de savoir si tous ces gens ont légitimement le droit de participer à ce procès.
Pour l’instant, Di Amato et son équipe avouent n’être parvenus qu’à étudier 2500 cas.
Le nombre de plaignants, selon Di Amato, constituerait un obstacle à la bonne tenue de ce procès en excerçant sur le juge Casalbore une importante pression psychologique.
De plus, a rappelé Alessio Di Amato, des centaines de personnes liées aux victimes ont déjà accepté des compensations financières offertes par BECON, une société liée au groupe SCHMIDEINY, et n’ont donc plus le droit de se présenter en tant que plaignants. « Ces gens se sont-ils retirés de la liste des victimes ? »

La même remarque a été exprimée par l’avocat du baron De Cartier, Mr Cesare Zaccone. Il a clamé l’absence de responsabilité de son client qui, selon lui, n’a été impliqué dans la gestion de Eternit Italie que de très loin et pendant une trop courte période (de janvier 1971 à décembre 1972, même s’il en était formellement responsable jusqu’en janvier 1975). Pour Mr Zaccone, cela signifie que toutes les victimes contaminées lors des périodes suivantes doivent être considérées comme étant hors de sa responsabilité. Cela vaudrait donc également pour les organisations créées après 1972 (Ex : Eternit RUBIERA, près de Modène). par voie de conséquence, Zaccone a demandé le retrait de toutes les victimes issues de Rubiera et s’est opposé à la participation de l’Institut Régional d’Emilia Romagna.

Finalement, tous les avocats des défendeurs se sont mis d’accord sur le fait que de nombreuses institutions, associations et unions n’étaient pas qualifiées à rester dans le procès et ont demandé leur exclusion.
Ils se sont fermement oppsées à la participation de l’INPS (sécurité sociale nationale) et de l’INAIL (équivalent d enotre caisse AT-MP) que le juge avait accepté en tant que parties civiles lors des audiences préliminaires.

La dernière partie de cette 3ème session a été dédiée à un examen croisé des parties en opposition.
Plusieurs représentants des plaignants ont prononcé des discours de 2 minutes maxi (le juge Casalbore est très strict sur ce point). Parmi ceux-ci, Davide Petrini, à dit : "Si les plaignants sont si nombreux, c’est que la tragédie est immense !"

Le procureur public a ensuite défendu le droit de l’INPS a se porter partie civile et a demander une compensation financière. Son ton ferme et décidé a rassuré les plaignants et les a confirmé dans leur idée que l’issue favorable de ce procès n’était plus désormais qu’une question de temps.


Audience du 15 février 2010

Le juge Casalbore a établi que le nombre de plaignants se montait à 6392.
Il semble néanmoins qu’une partie des victimes et de leurs proches aient signé deux fois, ce qui crée un problème technique.

Le juge a fixé une limite à la vérification de la liste, de façon à ce que ce point soit définitivement réglé pour le 1er mars, date de la 5ème audience.

Cela signifie que l’audience du 22 février sera annulée.

Il décidera ensuite de qui sera « dans » et « hors » du procès.

De nombreux avocats ont parlé au nom d’associations et de victimes individuelles et ont opposé leur arguments aux demandes d’exclusions des avocats des défendeurs.
Sergio Bonetto a résumé le point de vue des victimes individuelles et de leurs proches, clamant leur légitimité à se constituer en parties plaignantes.


Audience du 1er mars 2010

Le juge Casalbore a finalement décidé qui serait intégré ou exclu du groupe des plaignants.
Il a d’abord tout dressé le constat que les plaignants dans leur ensemble avaient toute légitimité à prendre part au procès. Leur présence est constitutionnelle.
Dans le cas des associations et institutions territoriales, le juge a accepté celles qui avaient eu un rôle actif dans les régions atteintes par la catastrophe, ainsi que celles qui, plus généralement, ont participé activement à la lutte anti-amiante.

L’INAIL (équivalent de la caisse AT-MP) et l’INVS (équivalent de notre sécurité sociale) ont été autorisés à intégrer le groupe des plaignants et la légitimité des énormes compensations financières qu’elles réclament ont été validées.

A la surprise générale, les gens qui avaient acceptés d’être financièrement dédommagés du temps de la faillite d’Eternit Italie en 1996 ont été également acceptés. Le juge a en effet considéré que ces accords avaient été passés alors que les chefs d’inculpations requis contre les prévenus étaient différents : homicide au lieu de désastre intentionnel.

Les citoyens de Casale Monferrato et de Cavagnolo qui ont intégré le groupe des plaignants dans le cadre du préjudice moral et psychologique ont aussi été acceptés, ainsi que les unions (CGIL, CISL, UIL, ALCA) qui représenteront leurs membres dans le procès.

Il a été défini que les autorités civiles ne pouvaient fuir leurs responsabilités et devaient en répondre devant les plaignants. Sont comprises dans ce groupe les entreprises qui ont hérité du stock de la compagnie Eternit dans les années 70 : Etex Group (Belgique), Eternit Schweiz, Hanova Holding A.g., Amindus Holding A.g., Ametex A.g. et Becon A.g. (Suisse).

Par contre, et ça n’a rien de surprenant, le Cabinet Italien et l’Union Européenne ont été exclus.

Le juge Casalbore a passé deux heures à expliquer les motivation de ces décisions.

A la fin de l’audience, Bruno Pesce s’est exprimé : « C’est une première victoire ! La chose principale à retenir de ctte journée, c’est que cette décision préserve le groupe des plaignant dans son unité et ne remet pas en cause la coalition réunie aujourd’hui contre l’amiante.
Si les avocats des défendeurs se plaignent du nombre de plaignants, je leur réponds que le dommage créé est lui aussi énorme. »


Audience du 8 mars 2010

Les avocats des défendeurs ont tenté un dernier appel pour demander l’annulation des charges pesant sur leurs clients et ont remis en question la légitimité territoriale de la cour de Turin dans ce procès.

Le procureur de la république a réagi rapidement et fermement.

Aujourd’hui se déroule la dernière session concernant les questions préiminaires. Les avocats des défendeurs ont essayé de remettre en cause le principe du procès pénal.

Les avocats de la défense Zaccone, Fornari, Manzi et Alleva ont argué que la bonne juridiction pour la tenue d’un procès de désastre environnemental intentionnel devrait être la cour de Gênes. C’est en effet là bas que se trouvait le quartier général de la compagnie Eternit, et où les décisions étaient prises.

C’est également à Gênes que fut jugée la faillite d’Eternit Italie après l’arrêt de la production en 1986.
Ils ont aussi contesté la formulation de l’acte d’inculpation : selon eux, les charges seraient imprécises sur l’établissement des responsabilités et des dates avancées par l’accusation.

Les avocats de la défense ont de plus protesté contre l’absence de traduction de nombreux documents, ce qui flouerait les droits de la défense.

La réaction du procureur public ne s’est pas faite attendre : Gianfranco Colace et Sara Panelli ont répondu en réaffimant le légitimité de la cour de Turin « la majorité des victimes ont été exposées et sont tombées malades dans cette jurudiction, après avoir travaillé et vécu dans les villes de Casale Monferratto et Cavagnolo ».

Le procureur Raffaele Guariniello a répondu à l’accusation selon laquelle il aurant intenté une inculpation imprécise. Guariniello a rappelé que la fonction de l’accusation est seulement de présenter le crime de manière « hypothétique » et non « probatoire ».

Finalement, L’avocat Petrini, parlant au nom des avocats du groupe des plaignants, a plaidé que le seul critère qui vaille pour décider de la juridiction, c’est l’endroit où ont été commis les délits : « Quelle importance si la décision a été prise dans un avion volant vers Bueno Aires ou dans un bureau à Gênes. » Le juge s’est laissé deux semaines avant de revenir présenter ses décisions concernant les questions préliminaires.


Audience du 29 mars 2010

Le juge Casalbore doit aujourd’hui prendre une décision au sujet des requêtes déposées par les avocats de défendeurs concernant l’invalidation des accusations et sur le fait de savoir si’il est approprié de laisser la procès se poursuivre dans la juridiction de Turin.
Le juge décide de rejeter toutes ces requêtes et de laisser le provcès se poursuivre à Turin. Puis il fixe une date pour la prochaine audience.
Après 4 mois de questions préliminaires, le début va enfin pouvoir commencer et les premiers témoins vont venir déposer.

Giuseppe Casalbore a passé 2 heures à lire l’odonnance qui autorise le procès a se tenir à Turin, rejetant ainsi la requête des avocats des défendeurs ainsi que toutes les autres plaintes déposées par ces derniers lors de la session précédente.

Voici, point par point, l’énoncé de ses décisions.

Juridiction : Le procès se poursuit ici, même si Casalbore ne s’estime pas en mesure de juger de la compétence du tribunal de Turin dans cette affaire. Dans tous les cas, Genève ne saurait être le tribunal approprié pour ce procès comme il l’a été suggéré par la défense.
Le juge pourra éventuellement décider d’un changement de juridiction dans le cas où des faits objectifs et des preuves solides seraient présentées dans ce sens lors de la prochaine session.

Les droits de la défense seront garantis lors de la prochaine phase des débats, lorsque les avocats de la défense pourront faire déposer leurs témoins et experts. Si certaines erreurs sont commises pendand la phase précédente, cela signifiera que les arguments du procureur sont faibles et la défense aura toute facilité pour les mettre à mal lors des contres interrogatoires.

Sur l’invalidation de la mise en accusation, la législation criminelle italienne n’autorise pas cette invalidation dan les cas évoqués par la défense. Les plaintes en ce sens sont rejetées.

Finalement, après 7 audiences et 4 mois de procédures, le temps est venu de présenter les preuves et de faire venir à la barre témoins et experts.

Les différentes parties vont devoir présenter leurs preuves respectives et le juge décider lesquelles sont acceptables et lesquelles ne le sont pas. Les preuves et les documents autorisés constitueront le point de départ des débats qui débuteront lors de la prochaine audience, le 12 avril 2010, avec les dépositions des 5 premiers témoins.

Les premiers à se présenter seront ceux dont la présence ne souffre d’aucune contestation. Ce sont les responsables des associations de victimes de Casale Monferrato : Bruno PESCE et Nicola PONDRANO.

Concernant les autres témoins et experts, la liste présentée par les différentes parties doit encore être examinée par le juge.
Casalbore lui même s’est plaint de sa longueur : 1800 personnes sont annoncées par les défendeurs, 100 par le procureur et une centaine de plus par les avocats des plaignants.


Audience du 12 Avril 2010

Le procès de Turin entre enfin dans le coeur de l’affaire.

La 8ème audience publique marque le début des dépositions. Après la présentation d’un plan du site par un expert consultant, Nicola Pondrano, ancien employé de chez Eternit Casale, militant et syndicaliste, vient témoigner de la situation à Casale Monferrato pendant les années 70 et de la lutte syndicale qui débuta à cette période.


En début de session, le juge Casalbore a tranché dans la liste des témoins et experts pour éviter que la phase des dépositions ne s’éternise. Le nombre total des témoins présentés par les différentes parties s’élève à 9841. Il est impossible dans ces conditions de mener le procès à terme dansun temps acceptable.

Le juge a limité a deux le nombre d’experts consultants (sauf pour ceux qui interviennent sur des aspects précis de l’affaire). ce sera aussi le nombre maximum de témoins autorisés pour chaque aspect particulier du débat.

Cesare Zaccone, avocat du baron Cartier de Marchienne a demandé l’interruption de la retransmission des dépositions en direct sur Internet. Le juge a accepté cette interrution qui prendra fait dès la prochaine audience. En fait, la loi criminelle Italienne établi qu’un témoin ne doit pas avoir connaissance de ce qu’a dit celui qui l’a précédé et la retransmission en streaming sur le net empêche l’application de cette loi.
C’est regrettable mais, à partir de la 9ème audience, il ne sera plus possible de suivre le procès de cette façon.

A 11 heures, le procès entre enfin dans la phase d’audition des témoins.

Le procureur a décidé de commencer les débats en présentant une vue aérienne d’ensemble des sites de Casale et Cavagnolo. Cet esposé, présenté par la consultante indépendante Elena FIZZOTTI, a permis de réalise la taille des sites et leur influence massive sur les villes aux alentours.
Dans le cas de Casale, le chemin emprunté par l’amiante, depuis les entrepots jusqu’à l’usine et pour sortir de la ville, a servi à montrer comment l’épidémie avait pu envahir la ville.

Après cette présentation, ce fut le tour du premier témoin de l’accusation : Nicola Pondrano.

Ancien employé d’Eternit, syndicaliste CGIL et militant, fondateur et dirigeant de l’association des victimes de Casale Monferrato, Nicola a brossé un tableau général de la situation à Casale Eternit durant les années 70 et de la lutte autour des règle de la santé au travail à cette époque.

A travers son témoignage, c’est l’aspect social de la tragédie de l’amiante qui a fait irruption sur la scène du procès grace au flot des noms des victimes et leurs histoires dramatiques.

Nicola est entré a Eternit à 26 ans et a travaillé sur le site de Casale de 1974 à 1985. En ce temps là, les salariés n’avaient pas conscience du danger et les propriétaires ne les avaient pas prévenus des risques qu’ils encouraient.
L’environnement de travail était considéré comme nocif essentiellement à cause de la poussière. La poussière était partout. C’était la première chose que vous remarquiez sur le site. Mais personne ne se doutait du risque de contracter un cancer.

Nicola s’est souvenu avec émotion de la manière dont il laissait sa fille de trois ans lui secouer les cheveux pour en faire tomber la poussière, chaque soir, lorsqu’il rentrait du travail.

« C’était choquant de voir tous ces avis de décès sur le panneau d’informations de l’usine », a dit Nicola. Durant les dernières années, il a vu ses collègues mourir un par un.
Puis les ouvriers ont commencé à prendre conscience du danger un peu plus chaque jour. L’un des précurseurs fut un prêtre ouvrier, le père Bernardino Zanella, qui fut à l’origine de la première enquête épidémiologique chez Eternit en 1976.
Ensuite le syndicat interne du site créa une commission sur les conditions de santé que présida Nicola.

Il n’y avait aucune mesure de précaution en ce temps là, ni service de nettoyage dans l’usine, donc les ouvriers revenaient chez eux avec leurs habits de travail, mettant ainsi leur familles en péril. De plus, le système de ventilation était très souvent en panne.

« De 1979 à 1986, nous avons déclanché les premières grèves. La poussière était le problème principal. “Je tousse tout le temps et je ne peux plus respirer”, nous disaient les ouvriers ».

Le procureur Gariniello souligne par ses questions le lien qu’entretenaient certains techniciens ainsi que le directeur du site avec le quartier général d’Eternit en Suisse.

Le contre interrogatoire des avocats de la défense aura lieu lors de la prochaine audience et sera mené par Astolfo Di Amato.

Après 2 heures et 40 minutes de déposition, le juge Casalbore a reporté la date de la prochaine audience au 26 avril.


28 Avril 2010 JOURNEE MONDIALE DES VICTIMES DE L’AMIANTE

Le 28 avril, les dirigeants de l’association familiale des victimes de l’amiante de Casale Monferrato Rosanna Pavotti Blavesi et Bruno Pesce, ainsi que le secrétaire de la CGIL de Casale, Nicola Pondrano, avaient invités les dirigeants de l’Andeva à participer à une Jounée mondiale des victimes de l’amiante.

S’étaient déplacés pour l’occasion : Alain Guérif, le président de l’Andeva, ainsi que Georges Arnaudeau et Alain Bobbio, tous deux membres du bureau.

Après une réunion publique le matin à la mairie de Turin, la journée s’est poursuivie par une rencontre dans les locaux de la CGIL (équivalement Italien de la CGT), et une dépose de gerbe devant l’ancienne usine Eternit de Casale Monferrato.

Après un repas pris en commun, tous les participants se sont réunis en soirée dans le théâtre de Casale pour la projection de deux films et une table ronde réunissant les principaux intervenants.

Vous lirez un reportage détaillé de cette émouvante journée dans le bulletin de l’Andeva n°33.

- Les photos de cette journée


Audience du 26 avril 2010

Après une nouvelle tentative de la défense pour invalider le procès et obtenir le transfert des audiences dans une autre juridiction, la 9ème journée du grand procès Eternit a vu aujourd’hui l’entrée en lice de Bruno Pesce, le second grand témoin de cette affaire.

Après le contre interrogatoire du 1er témoin, Nicola Pondrano, il était temps de passer à la seconde déposition.
Quand Bruno Pesce entra dans la salle d’audience pleine à craquer, ce fut le point culminant de sa quête de justice commencée plus de 30 ans auparavant.
Devant le juge et les 200 citoyens présents de Casale Monferrato, Bruno brossa le tableau d’une tragédie sociale liée à la présence de l’usine d’Eternit. Il décrivit ses efforts en tant que syndicaliste (CGIL) pour mettre fin à cette production, son engagement dans la décontamination du site et de ses environs, et envers les victimes en tant que meneur de l’association des victimes locales.

Bruno Pesce a rappelé que Eternit n’avait absolument pas contribué aux énormes travaux de décontamination de l’usine et des zones alentours qui commença après la faillite de 1986 et s’acheva en 2006 avec la démolition du site.

Au lieu d’informer les ouvriers sur les dangers de l’amiante et d’augmenter les mesures de protection, Eternit décida d’engager à la fin des années 80 un consultant local indépendant, Maria Cristina Bruno, pour espionner les agissements de l’association de victimes et de l’union syndicale.
Ce consultant, prétextant l’écriture d’articles sur l’affaire, surveillait leur différentes activités, les interrogeant continuellement sur leur stratégie et sur tout ce qui pouvait intéresser Stephan Schmidheiny.

A travers cela, “nous sommes certains au vu des nombreux rapports remis par la consultante”, affirme Sara Panelli la procureur adjointe, “que les dirigeants d’Eternit étaient au courant de la situation sous tous ses aspects”.
Ils savaient aussi que les citoyens de Casale décédaient de mésothéliomes. Les cas d’un employé de banque et d’un professeur furent les premiers à alerter la communauté sur les risques de maladie.

la campagne de minimisation des risques atteignit son point culminant en 1979 quand un cadre d’Eternit, Emilio Costa, affirma au Rothary Club de Casale que l’amiante bleue n’était pas cancérigène. “C’était comme dire un gros mot à l’église”, commente Bruno Pesce.

L’ancien ouvrier Ezio Buffa, de la classe 1933, a 75% d’incapacité dû à l’asbestose. Il a du mal à dormir et sa voix ressemble à un sifflement.
Il entre à Eternit a 19 ans et n’en sortira qu’en 1978 à cause de ses problèmes respiratoires.
Quand le procureur lui demande s’il était au courant des risques liés à une exposition à l’amiante, il s’exclame : “Comment pouvez vous l’imaginer ? Si je savais ce que je risquais en allant travailler chez Eternit ? Bien sur que non ! Je n’avais jamais entendu dire que l’amiante provoquait le mésothéliome. Sinon, je leur aurais dit au revoir et je serais allé travailler en campagne !
Personne n’évoquait d’éventuels risques pour la santé. C’était un sujet tabou. Il était interdit d’en parler. Tout devait être propre et net.

Monsieur Buffa parle aussi des déchets, et du fait qu’ils utilisaient la rivière proche comme poubelle. “C’était normal et ça se reproduisait à chaque période de nettoyage”.

Le procureur Guariniello a souligné le fait que l’aspect morphologique de la rivière a énormément changé pendant cette période, comme le montre une comparaison entre des images aériennes prises en 1975 puis en 1986.
“Nous montrerons lors de la prochaine audience que le fond de cete rivière est à présent recouvert de débris d’amiante”, a t-il conclu.


3 Mai 2010

L’audience a commencé par l’étude d’un expert indépendant, la géologiste Laura Turconi, qui a décrit et montré les changements morphologiques opérés par la rivière Po durant la période 1966 - 1986, les deux dernières décénies de la production Eternit.
Le lit de la rivière a reçu 20 tonnes de débris d’amiante et de déchets divers par semaine.
Les crassiers accumulés sur la berge ont dessiné une nouvelle carte de la rivière et créé la suite de célèbres petites plages locales (spiaggetta).
C’est un endroit que tous les citoyens de Casale ont fréquenté comme lieu de loisir, de pique nique, de pèche et de détente. Tous les enfants avaient l’habitude de venir nager ici car c’était le seul endroit ou il y avait des berges planes et accessibles.

Faisons les comptes : 20 tonnes par semaines signifie 940 tonnes par an de déchets. C’est à peu près l’équivalent de 650 m3 par an. Si nous considérons un espace de temps de 50 années, le chiffre total se monte à 32 000 tonnes de déchets jetés dans la rivière. La rivière a été nettoyée a lé fin des année 90.

La seconde déposition de la journée a été faite par le maire actuel de Casale Monferrato, Giorgio Demezzi. Le maire, élu dix ans plus tôt, a rappelé la triste situation de l’épidémie à Casale, où environ 50 personnes meurent chaque année d’un mésothéliome (pour une ville de 35000 habitants)."Et nous pouvons dire, selon les experts, que le pic de décès sera atteint en 2020, ce qui signifie que les chiffres vont continuer à augmenter jusqu’à cette date".

La maire a également rappelé le grand effort consenti par les institutions locales pour décontaminer la zone. Après la faillite d’Eternit Italie en 1986, la municipalité a d’abord du acquérir le site, l’entrepôt et ses environs, puis il ont du trouver le moyen de débarrasser le site de ses déchets. Ce fut la première tentative mondiale de nettoyage d’un site aussi vaste et cela coûta le double du budget prévu, dix millions d’euros.

La procureur Guariniello a ensuite demandé au maire Delmezzi quelle fut l’implication du défendeur dans cette opération. "Avez-vous jamais eu, vous ou les maires précédents, des contacts avec Mr Schmidheiny ou Mr Cartier de Marchienne ? Ont-ils joué le moindre rôle dans la décontamination selon ce que vous en savez ?"
"Non, pas à ma connaissance", a répondu Delmezzi.
"Quel était l’état du site après l’arrêt de la production ?" a demandé le procureur.
"Des tas de sacs d’amiante et des tonnes de matériel contaminé laissés à l’air libre. Cette zone était à la fois dangereuse et facile d’accès."

Le Maire de Cavagnolo, Franco Sampo, a été profondément impliqué dans l’épidémie sur le plan privé. Son père a travaillé sur le site de la SACA ( Eternit local) de 1947 à sa fermeture en 1982. Il est décédé en 1998 avec les poumons remplis de fibres d’amiantes. Sa mère, femme au foyer, est morte aussi d’un mésothéliome. Son seul crime a été de laver les bleus de son mari.

Il se souvient de la poussière qui enveloppait tout le site et de l’absence de connaissance sur les dangers de l’amiante dans ce village de 2500 habitants. En tant que maire, il a raconté ses efforts quotidiens pour gérer la peur de la maladie qui hantait ses administrés. En fait, la contamination avait affecté tout le monde et tous les lieux. Les déchets d’amiante avaient été donné aux gens qui les avaient utilisés pendant 70 ans. Ils en avaient fait des jardins, des enclos de fermes, des toits et des abris de jardin. Un terrain de football était fait d’amiante. Les circonstances de la décontamination ont été a peu près similaires à celles évoquées pour Casale Monferrato.

Finalement, un dernier témoin a été invité à s’exprimer. C’était Michele Attardo, un ouvrier d’Eternit de Casale Monferrato de 1975 à 1982.
Après une présentation générale, la déposition a été brusquement interrompue par l’avocat du défendeur, Michele Di Amato, qui a refusé ce témoignage.
Di Amato a déclaré que le juge avait préalablement donné comme critère que seuls deux témoins pourraient être entendus sur chaque sujet et que Mr Attardo était le troisième à être entendu sur celui de la production d’Eternit à Casale après Pondrano et Buffa.
Le juge a admis cette requête et ce témoignage a été rejeté.


24 mai 2010

Deux témoins intéressants, François ISELIN et Silvano BENITTI, dévoilent la stratégie préméditée par Eternit pour passer sous silence et minimiser les risques liés à l’exposition à l’amiante.


Premier témoin : François ISELIN.

"Il était de notoriété publique depuis 1962 que l’amiante provoquait le cancer. Son abandon était donc préconisé, sauf pour Eternit qui à continué à l’utiliser deux fois plus qu’auparavant, jusqu’en 1990." François ISELIN, architecte, professeur d’université et membre de l’association CAOVA (Comité suisse d’aide et d’orientation des vcitimes de l’amiante), amène la stratégie du comité directeur international d’Eternit sur le devant de la scène.

Iselin a passé plus de 30 ans à informer l’opinion internationale sur les dangers de l’amiante. Il a publié des livres et des études dans trois langues et est à l’origine de la première étude épidémiologique suisse sur le mésothéliome.
C’est à Niederurnen, dans le canton suisse de Glarus, que Ernst SCHMIDHEINY (le grand-père du défendeur) a acheté en 1920 le site qui allait devenir le quartier général d’ETERNIT SCHWEIZ AG. Peu après en 1929, il a créé le premier lobby de l’industrie de l’amiante : SAIAC (sociétés associées d’industries amiante ciment). Le contrôle du vaste empire des compagnies Eternit a donc été établi depuis un minuscule canton suisse.

La direction générale d’Eternit avait noté en 1975 que l’amiante était potientiellement dangereux et suggérait de minimiser les risques en mettant en pratiques des mesures de sécurité. Ces éléments sont mis en évidence dans un texte intitulé "Protection du travail et de l’environnement", signé par Stephan Schmidheiny.
L’interdiction de l’amiante en Suisse a été proclamée en 1990 mais Eternit à obtenu un report jusqu’en 1994. Selon Iselin, ce délai à été le résultat d’une stratégie de lobbying destinée à repousser l’interdiction autant que possible.

Au sujet de la production des déchets, Iselin confirme les propos des intervenants précédents : Eternit les donnait aux habitants des environs pour leur usage domestique.

La strategie mise en oeuvre pour les dépots de déchets était la même partout. Le matériau était compressé et des décharges étaient installées partout ou c’était possible. Iselin se souvient d’une visite choquante au Nicaragua, où il avait vu des décharges d’amiante partout autour du site de NICALIT, l’appellation locale d’Eternit. Cette stratégie criminelle contribuait ainsi à ne pas contaminer seulement les travailleurs de l’usine, mais aussi les populations environnantes.

J’ai eu connaissance d’une lettre adressé par Schmidheiny aux dirigeants Italiens dans laquelle il établissait qu’il fallait absolument trouver le moyen de contrôler les syndicalistes désireux d’expliquer les dangers de l’amiante aux ouvriers”. Le lien entre la direction générale Suisse et le site Italien est donc clairement établi.
La compagnie Eternit oeuvrait dans l’ombre, les échanges n’étaient pas consignés de façon à ce qu’il soit impossible de définir les responsabilités du network financier construit par Schmidheiny.

L’avocat du Holding ANOVA (l’ancienne compagnie Amaintus, contrôlée par Schmidheiny pendant les années), Giovanni Legaerd, s’oppose à cette approche, déniant à Iselin une connaissance parfaite de l’organigramme d’Eternit.

"Le témoin, même s’il prétend avoir étudié le sujet pendant des années, n’est pas informé sur de nombreuses situations et n’a même pas effectué une simple enquête à la chambre de commerce", commente Lagaerd après sa déposition.

Un autre problème perturbe la déposition de François Iselin : le bureau du procureur n’avait pas transmis sa première déposition effectuée durant l’enquête préliminaire aux avocats de la défense. D’un autre côté, les avocats des plaignats en disposaient depuis longtemps. Sergio Bonetto l’avait même publié sur son site internet, violant les règles de la procédure.

Second témoin : Silvano BENITTI.

Le second témoin est l’ingénieur Silvano Benitti, ancien directeur d’Eternit SA, qui a passé beaucoup de temps en formation sur de nombreux sites européens d’Eternit pendant les années 70.

Monsieur Benitti était à casale Monferrato en 1975 où il a pu remarquer la dégradation de l’environnement de travail et les mauvaises odeurs qui s’en dégageaient. “Entre le site allemand d’Eternit et celui de Casale, la différence était étonnante : en Italie, il y avait de la poussière partout et cela sentait très mauvais”. Si on devait lui demander de donner des notes à ces sites, il aurait donné 4 à celui de Casale et 8 à celui d’Allemagne tellement la différence était grande.

Nettoyer n’était pourtant pas à l’ordre du jour. "Même si on avait voulu prendre toutes les précautions, on n’aurait pas pu éviter les dégats sur les gens et l’environnement", affirme Benitti. En 1975, il a écrit un rapport sur ses observations à Casale dans lequel il a signalé l’absence de mesures de sécurité et de prévention des maladies.

A propos des maladies dues à l’amiante, le témoin confirme que la compagnie n’avait jamais fourni la moindre information sur les risques liés à cette exposition. Au lieu de cela, la parole officielle de la compagnie prétendait que l’amiante pouvait être utilisé sans risque aussi longtemps que l’ouvrier prenait des précautions. Mais c’était impossible vu le manque de protections individuelles.

La compagnie à même décidé de donner à ses dirigeants un manuel qui leur disait comment réagir en cas d’attaque : par exemple, si un article critique paraissait dans un journal ou un magazine, il fallait louer les services d’un avocat pour bloquer la diffusion de l’information. Eternit nommait "asbestos libel", une étude de cas et de différentes situations qui pouvaient porter préjudice à l’entreprise et mettre en péril son existence : par exemple un journaliste ou un avocat trop actif, ou les travailleurs d’un site suédois qui refusaient de poser des feuilles d’amiante.

L’hypocrisie de la compagnie en arrivait au point de conseiller aux ouvriers de boire un litre de lait par jour pour se purifier de toute pollution d’amiante. "J’ai toujours considéré cela comme une blague. Même en ce temps là cela me paraissait une mesure sans fondement", affirme l’ingénieur Benitti.

Le patron de Benitti était monsieur Hans Andreas Meier, le directeur technique des sites italiens d’Eternit.

"Que disait monsieur Meier a propos de Stephan Schmidheiny ? Pouvons nous affirmer qu’il le considérait comme le principal donneur d’ordre ?" demande le procureur Guariniello.
Benitti n’a aucun doute à ce sujet. "Il y avait 60 sites dans le monde dépendant du quartier général de Niederurnen et tous avaient les mêmes consignes et des modes de fonctionnement identiques", affirme t-il.

La 13ème audience du procès a été l’occasion d’une bataille ouverte entre les avocats. "Aujourd’hui, il a été affirmé qu’au temps des évènements relatés, tout le monde était persuadé qu’une utilisation sécurisée de l’amiante était possible. La règle de la compagnie était de garder les mesures de pollution sous les normes en vigueur et la maison mère Suisse a investi de lourdes sommes pour apporter des améliorations", a commenté Astolfo DI Amato, avocat de Schmidheiny.

Sergio Bonetto à conclu : "Aujourd’hui à été clairement établi le lien indissoluble entre Eternit Schweiz et Eternit Italian SA. C’est un fait essentiel pour l’établissment de la vérité".


Audience du 8 juin 2010

Lors de la 14ème audience devaient témoigner le gouverneur de la région Emilia Romagna, Vasco Errani, et le maire de Rubiera, Mr Lorena Baccarani, une ville où était situé un autre site Eternit. Cependant, à 9h20, il a été officiellement annoncé qu’aucun des deux ne se présenterait.

Par conséquent, un directeur d’Eternit et deux secrétaires qui ont travaillé dans les bureaux de Genoa ont été appelés à la barre.

Le directeur, Fabrizio Longone, en poste de 1979 à 1986 a passé plus de deux heures à commenter les mesures de sécurité mises en place par la compagnie. De son point de vue, ces mesures étaient très strictes, l’information sur les dangers était régulièrement transmise aux ouvriers et les technologies les plus modernes étaient utilisées dans la production de produits contenant de amiante. Il a prétendu "qu’il y avait plus de fibres d’amiante dans les rues de Reggio Emilia que sur le site de production de Rubiano", se référant aux systèmes de freins des voitures qui étaient faits avec de l’amiante.

Cette déposition a été grandement appréciée par les défendeurs, mais une rumeur de désapprobation a envahi la salle en provenance des familles de victimes présentes à l’audience. Le fait que le témoin soit resté très flou et oubliait fréquemment des détails sur certains sujets sensibles n’a pas contribué à ramener la sérénité dans la salle d’audience.

Ensuite ce fut le tour de la secrétaire, Giulianna Mondani, qui se contenta d’expliquer en quoi consistait son travail, puis répondit à quelques questions mais sans apporter quoi que ce soit d’utile à l’avancée du procès.

Le troisième témoin, la secrétaire Angela Mondani, causa une certaine agitation dans la salle quand elle prétendit que Mr Costa (voir audience du 21 avril) était le plus grand expert mondial en matière d’amiante parce qu’il la défendait. Le juge Casalbore, surpris par cette présentation des choses se mit à la questionner à ce propos. Mme Mondani eu tous les problèmes du monde à expliquer ses prises de position, ne parvenant pas à leur trouver la moindre justification. La réaction du juge fut de souligner la manque de fiabilité de ce témoin.

La prochaine audience a été fixée au 14 juin. Elle sera concentrée sur le site de Bagnoli.


Audience du 21 juin 2010

Le maire de Naples ; Rosa Russo Iervolino se souvient de la terreur provoquée par l’exposition à l’amiante dans les régions de Bagnoli et de Campi Flegrei, au nord de Naples.
L’ancien gouverneur de Campania, Antonio Bassolino et le gouverneur d’Emilia Romagna, Vasco Errani, soutiennent la théorie du procureur qui a évoqué un désastre environnemental avec de sérieuses conséquences sur la santé publique.

L’audience publique a permis aujoud’hui d’auditionner dans la grande salle du palais de justice de Turin les représentants des institutions locales qui se sont engagées en faveur des plaignants dans le procès contre Eternit. Celles-ci ont été appelées à la barre par le procureur.

L’objectif commun de leur déposition était de brosser un portrait de la catastrophe provoquée par la présence d’Eternit en Italie , en donnant une image globale de l’épidémie dans les zones où les sites étaient implantés.
Une idée a été bien établie après l’audience de la 16e session : le drame d’Eternit n’est pas seulement une question passée liée à ceux qui ont travaillé dans ces sites, mais également un problème actuel de santé publique.

Une personne a dépeint cette situation mieux que quiconque : le maire de Naples, Rosa Russo Iervolino. Dans une déposition forte et dynamique, Mme Iervolino a rapporté "la peur, et même la terreur qui étreint aujourd’hui encore le peuple de Bagnoli ", la ville où la deuxième usine italienne Eternit était implantée.
En fait, la longue période de latence des maladies liées à l’amiante laisse penser que le sommet de l’épidémie sera atteint vers 2012.

Dans l’usine Eternit de Bagnoli - a rappelé le maire de Naples - il y avait seulement quatre douches pour les hommes et trois pour les femmes. Il n’y avait pas un seul service de blanchisserie ce qui fait que le nettoyage des combinaisons était quotidiennement effectué par les épouses des ouvriers à leurs propres domiciles. Cette situation était identique à celles de toutes les usines Eternit en Italie. Elle a favorisé la propagation de l’épidémie vers les domiciles des travailleurs en mettant leurs familles en danger.

En outre, "les masques de sécurité étaient pratiquement inexistants" et "les examens médicaux effectués à l’intérieur de l’usine étaient plus que légers, car tout le monde était présent et si quelque chose de grave était détecté la réponse était éludée, du genre : « Vous avez un peu de bronchite, faites attention avec la cigarette ». Et on n’a jamais vu, après l’apparition de symptômes précoce d’une maladie de l’amiante, évoquer le moindre traitement approprié pour aider les travailleurs".

L’ancien gouverneur de la région de Campanie, Antonio Bassolino, a détaillé les différentes phases du long et couteux processus de décontamination. Après plus de dix ans de travaux (50 % du nettoyage a été effectué jusqu’à présent), l’entreprise publique Bagnoli Futura a déjà dépensé 60 millions d’euros. Au moins 30 millions de plus seront nécessaires pour aller au bout du processus de décontamination.

Le coût humain de cette tragédie de l’amiante dans la région de Bagnoli sera encore plus lourd.
Dans les rapports relatant les pathologies liées à l’amiante à Bagnoli, on dénombre 891 victimes sur un total de 2348 parmi les ouvriers d’Eternit (136 asbestoses, 94 du cancers du poumon, 31 mésothéliomes ).
Mais il y a beaucoup d’autres victimes probables parmi les citoyens et dix ouvrières sont atteintes d’un cancer.

Le scénario dans le domaine de Rubiera en Émilia-Romagna, est également inquiétant, mais un peu moins catastrophique.
Le gouverneur Vasco Errani et le maire de Rubiera, Baccarani Lorena, ont dénombré 55 victimes, avec un coût pour le système de santé publique estimé à 20.000 euros par personne.

La totalité du coût de nettoyage des sites et des environs a été assumé par l’Etat et par les institutions locales. Rosa Russo Iervolino a souligné ce fait et a affirmé que personne de chez Eternit n’avait jamais pris contact avec la municipalité ni avec les travailleurs afin de les aider dans leur entreprise de réabilitation des sites. "Au lieu de cela il y a eu des tentatives, disons pas très dignes, pour offrir de l’argent aux gens d’ici en échange de leur silence afin d’éviter toute poursuite. Cette offre a toujours été rejetée par la population et considérée comme gravement offensante : "50,000 euros pour se se taire !".

Combien vaut une vie humaine ?
Ce sera l’objet de la prochaine audience du 28 juin qui verra le témoignage de Romana Blasotti Pavesi, la présidente de l’association des victimes de Casale Monferrata.
Romana étant une personne pleine de sagesse et d’une grande dignité, vous connaissez déjà certainement sa réponse.


Audience du 28 juin 2010

La 17ème audience a marqué la fin des témoignages de l’accusation et le début de ceux des parties civiles.
Trois témoignages différents ont émaillés cette journée : un ouvrier licencié pour avoir recommandé l’arrêt de la production avant que son équipe ne soit suffoqué par les poussières d’amiante ; la présidente de l’association des victimes de Casale Monferrato qui a vu mourir de l’amiante son mari, sa soeur, sa fille et son beau-frère ; l’ingénieur qui a effectué un échantillonnage de l’amiante su site de Casale, à la fois dépositaire et interprête des secrets de la multiniationnale Eternit.

"La pousière était partout. Nous nous en sommes plaint mais l’entreprise n’a rien fait". C’est ce qu’a expliqué aujourd’hui Mauro Patrucco, ancien aouvrier et délégué syndical de 1974 à 1976 et licencié pour ses différents avec la direction, précisément à cause de la présence excessive de la poussière d’amiante dans l’établissement de Casale.

"La poussière était insupportable. Quand je m’en suis plaint pour la première fois auprès du chef de poste, on ne m’a pas écouté et on m’a envoyé dans un autre département. Puis cela s’est reproduit une seconde fois.
Un jour, le département a installé un système d’aspiration et la poussière a envahi tout l’espace. J’ai fait arrêter les machines et j’ai fait sortir les ouvriers. Quand le chef m’a ordonné de les faire rentrer tout de suite, je m’y suis opposé mais il m’a dit que la poussière n’était pas un problème et que la production devait continuer.
Trois ou quatre jours après, j’ai appelé le chef et je lui ai dit que le comité d’hygiène ne s’était pas trompé en prétendant qu’un seul système de ventilation ne serait pas suffisant. Il ne m’a pas répondu.
Plusieurs jours ont passé et quand je me suis présenté le 5 novembre 1976 à la porte de l’entreprise, je n’ai pas touvé ma carte de pointage. Je me suis renseigné auprès de la direction et on m’a répondu que ma lettre de licenciement était partie le jour précédent.
"

Le témoin a ensuite confirmé les dépositions faites par les autres ouvriers lors des audiences précédentes sur l’absence de renouvellement de l’air dans l’usine et l’omniprésence de la poussière.

"Sur les conseils du syndicat, j’avais demandé une amélioration des systèmes d’aspiration mais ça n’a jamais été fait. J’ai essayé d’oublier ces années mais après avoir vu mourir tant de personnes ce n’était pas possible. Aux accusés, je voudrais demander une seule chose : est ce que ça valait la peine, pour augmenter un compte en banque, de faire 1600 morts à Casale Monferrato ?"

En 1982, 25 personnes sont mortes de mésothéliomes à Casale. Aujourd’hui, c’est 50 par an.

L’autre voix qui a résonné dans la salle d’audience ce matin est celle de Romana Blasotti Pavesi, présidente d’honneur de l’association familiale des victimes de Casale Monferrato.

"Je ne cherche pas la vengeance mais je voudrais une chose : que les coupables aient l’occasion de suivre une victime de mésothéliome du début à la fin de sa maladie."

5 de ses proches sont morts de cette maladie : d’abord son mari, décédé en mai 1983, puis sa soeur qui n’avait jamais travaillé à Eternit mais vivait à Casale est morte en 1990. Le fils de sa soeur qui est décédé en 2003 ne travaillait pas non plus à Eternit mais vivait au même endroit. Sa cousine qui vivait en Slovénie à proximité d’une autre usine Eternit est également décédée d’un mésothéliome en 2003.

Mais la perte la plus douloureuse fut celle de sa fille.

"Quand on m’a dit qu’elle était malade, je ne sais pas pourquoi mais cela m’a laissé sans réaction. Je n’ai même pas pleuré. C’a été comme un coup sur la tête qui m’aurait rendu muette.
Elle ne voulait pas de soins car elle se rappelait combien son père avait souffert. Elle a été sous oxygène pendant 47 jours avec pour seule petite consolation qu’il lui restait ses cheveux, lesquels avaient toujours été très beaux. Elle est morte le 23 mars 2004."

"Nous habitions en face de l’établissement et je menais les enfants à l’école en bicyclette. Un matin, j’ai vu les murs de l’usine couverts d’affiches avec les photos de 2 ouvriers morts. J’ai demandé à mon mari ce qui s’était passé et il m’a répondu que l’un de ces ouvriers était mort d’une cause et le second d’une autre. Il voulait me protéger", a conclu Romana du haut de ses 81 ans avec la dignité qui la caractérise.

Le troisième témoin, Ezio Bontempelli va devoir d’exprimer sur la période allant de 1977 à 1986 pendant laquelle il était responsable du service environnement et sécurité de l’usine de Casale.

"Nous vous informons que demain, Mr Robock, directeur d’un institut de renommée internationale, viendra visiter l’usine. Nous vous prions de prendre des dispositions afin que le lieu de travail soit nettoyé."

C’est le procureur Guariniello qui a lu ce document datant de février 1977 - ainsi qu’une lettre du 13 mars 1981 - rédigée par monsieur Reposo, directeur de l’usine de Casale à l’attention de ses techniciens . On y lisait encore :
"Propreté générale impeccable, aucune poussière d’amiante, je vous prie de prendre des dispositions pour qu’un soin particulier soit apporté à l’ordre et à la propreté."

Nous découvrons là quelque chose de nouveau dans ce procès, car l’accusation veut démontrer à l’aide de ces documents que les visites de contrôle dans la société étaient annoncées à l’avance.
Avant ces contrôles, les dirigeants donnaient donc des directives pour rendre propre des établissements qui, au mépris des normes en vigueur, étaient très poussiéreux.

Le professeur Robock était le directeur de l’institut NEUSS, centre privé de renommée internationale qui s’occupait d’effectuer des prélèvements de fibres d’amiante.

"Robock était notre point de référence" a précisé le témoin. "Il contrôlait non seulement les établissement Eternit d’Italie mais aussi ceux du monde entier"

Bontempelli a expliqué qu’il était lui-même chargé d’évaluer la concentration des fibres d’amiante afin que les valeurs soient conformes au normes internationales.
Le témoin a admis qu’a peine engagé dans la société il a relevé à Casale, près du moulin Hazemag, "des concentrations significatives, bien au dessus des valeurs de référence".
"Nous en avons discuté avec les responsables de l’usine qui ont demandé des modifications du système mais sans grand résultat".

Mais il y a plus : Dans un document de contrôle réalisé par Bontempelli, les données présentées ne correspondent pas aux observations de l’enquête. Selon lui, il a y sûrement eu une erreur.

"Si un expert comme Robock avait constaté une ambiance poussiéreuse, il aurait compris tout de suite que les données envoyées par Eternit étaient incorrectes !", a sévèrement conclu le juge Casalbore.


Audience du 5 juillet 2010

"Stephan Schmidheiny était bien le chef d’Eternit"

Le secteur de l’amiante a toujours été l’apanage de Stephan Schmidheiny. Cela a été confirmé par son frêre, Thomas Schmidheiny, qui a été entendu aujourd’hui au procès en tant que personne informée sur les faits.

Thomas S. a dit qu’à la fin des années 60, les deux frêres ont entamé une période de formation au sein de la société familiale. Lui au Pérou dans le secteur "ciment", et son frêre Stephan au Brésil et en Afrique dansle secteur "amiante-ciment".
A la moitié des années 70, tous les deux ont assumés des responsabilités au sommet de l’entreprise, chacun dans son secteur, au départ sous la tutelle de leur père Max, puis de façon plus autonome vers 1984 quand le père s’est retiré des affaires.

D’autres éléments sont ressortis de la déposition de Leodegar Mittelholzer, manager d’Eternit entré dans le groupe en 1979 et qui en a géré la phase "finale", celle de l’administration controlée avant la faillite. On a appris avec lui que, paradoxalement, c’est en 1984, alors que l’activité d’Eternit était devenue résiduelle, qu’a été rédigé un "manuel de sécurité".
Pourquoi ce manuel a t-il été rédigé à ce moment là, alors qu’Eternit était à un pas de la faillite ?

Les avocats de la défense ont souligné que dans les 10 dernières années il y avait eu 10 à 15 milliards de lires d’investis sur l’environnement au travail. Mais à une question précise du procureur Mittelholzer a confirmé que ces investissements avaient surtout consisté à un remplacement des filtres cassés.

7.5 millions d’euros en filtres cassés ? Ridicule !

Lors de la déposition de Mittelholzer, il est surtout apparu que le propriétaire de la holding amiante était vraiment Stephan Schmidheiny.

Autre fait important. Lorsqu’il fut engagé en 1979 on lui a clairement dit que le risque amiante consistait en 3 maladies : asbestose, cancer du poumon, mésothéliome.

Il a précisé que ces informations étaient à la disposition de tous les managers de chez Eternit.
En outre, à la fin 1976, Stephan Schmidheiny était déjà conscient du risque et s’était engagé à substituer à l’amiante des fibres moins dangereuses. Cela ne s’est jamais fait pour une question de coûts et parce qu’Eternit n’aurait plus tenu le choc face à la concurence.

Le dernier témoin, Luigi Antoniani est né en 1928, atteint d’asbestose depuis 1975, ancien syndicaliste, s’est souvenu de la visite d’un actionnaire belge à qui les ouvriers avaient demandé un rendez-vous. Celui-ci les avait fait attendre en vain dans le couloir et les avait congédiés sans leur laisser la possibilité de s’exprimer. Puis il les avait tout bonnement fait licencier.

Rendu du verdict en Mai 2011