Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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L’intervention de Chantal AUVRAY

16 mars 2016

COLLOQUE ORGANISÉ PAR L’ANDEVA ET MESOCLIN, LE 15 MARS AU MINISTERE DE LA SANTÉ A PARIS

"Cancers de l’amiante : écrire l’avenir
Médecins et malades débattent et proposent"


Intervention de Chantal AUVRAY (Adeva Cherbourg)

Je suis Chantal, infirmière retraitée, bénévole à l’ADEVA Cherbourg depuis 2010 et veuve de l’amiante (mon mari est décédé d’un mésothélium en décembre 2009).

C’est en 2012 que grâce à la convention passée entre le centre hospitalier du Cotentin et à l’ADEVA un groupe de parole a été mis sur pied avec une psychologue du CHLP et je souhaitais en faire partie.

Nous étions une dizaine (9 veuves et un veuf) le groupe se réunit un mardi (de 14h à 16h) par mois dans les locaux de l’ADEVA.

Les participants viennent régulièrement, il est possible d’intégrer ce groupe à n’importe quel moment et de s’en retirer quand le besoin s’en fait sentir. Quelques conditions s’imposent à nous comme la confidentialité (ce qui se dit dans le groupe ne doit pas filtrer), le non-jugement, une écoute attentive, la liberté de prendre ou non la parole. Le but étant que chacun puisse s’exprimer à partir de soi.

Chacun aborde les sujets qu’il souhaite l’objectif étant que nous nous apportions un soutien mutuel dans la confiance, que chacun puisse intervenir sans contrainte car l’émotion et les souvenirs ravivés peuvent submerger celui (ou celle) qui s’exprime. Chacun d’entre nous arrive avec une charge différente untel ce sera la colère un autre la culpabilité, l’injustice, la tristesse, le repli sur soi, les regrets etc...

Nous devons nous faire confiance pour parler librement de tous les sujets que nous souhaitons aborder c’est peut-être sur le vécu de la maladie, l’accompagnement du malade, les démarches à effectuer, la relation avec les enfants et la famille, le sentiment de solitude après la perte et comment y faire face.

Les personnes qui ont du recul, car endeuillés depuis plus longtemps apportent de l’espoir aux autres en montrant qu’il est possible de retrouver goût à la vie et à des plaisirs simples.

Madame X arrivée trop vite dans le groupe a montré rapidement son agressivité refusant les conseils puis quelques mois après elle s’est sentie mieux car petit à petit elle acceptait le réconfort qui lui était prodigué et son agressivité a disparu.

Madame Y repliée sur elle-même, très en colère envers le monde médical, ne quittait presque pas à sa maison s’est ouverte et a repris une vie quasi normale (repas de famille, sorties) au bout de quelques mois.

Lorsque le besoin s’en fait sentir il est possible de quitter le groupe (ce que j’ai fait) en demandant aux participants et après une entrevue avec la psychologue car le fait de revivre les étapes qui ont fait souffrir et la résurgence de tous les souvenirs peuvent entraîner à nouveau un certain mal-être et il est bon de savoir où mettre un terme après avoir pris conscience que le chemin parcouru est très important.

Le rôle de notre psychologue est important car si elle n’impose pas les thèmes abordés elle intervient pour faire en sorte que la parole circule entre tous les membres et ponctuellement répondre à des demandes précises. Juste après le groupe de parole un goûter et partager et cependant convivial et l’occasion d’aborder le sujet plus léger avant de se séparer.

Même s’il peut paraître difficile de faire partie d’un groupe le premier pas est en soi une victoire il faut être prêt sinon il est préférable de repousser cette inclusion dans le groupe (il peut arriver qu’un participant ne viennent qu’une seule fois pour voir-peu fréquent).

Ce groupe fonctionne toujours avec un renouvellement qui se fait très en douceur et il faut dire un grand merci aux initiatives locales de l’ADEVA qui prennent en considération le bien-être des personnes qui ont été fragilisés par les dégâts causés par l’amiante.