Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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L’amiante a brisé leurs vies
Paroles de victimes et de veuves

10 avril 2007

« Ce livre fait oeuvre de mémoire pour tous les disparus ou ceux qui vont disparaître de notre société, victimes des maladies professionnelles en constante augmentation, écrivent les auteurs dans la notice de présentation du livre.

Si cette écriture pouvait éveiller la conscience collective afin que, plus jamais, une telle catastrophe sanitaire liée au travail ne se reproduise, nous aurions atteint un de nos objectifs. ».

Ils expliquent ici comment il a fallu deux ans d’un travail acharné pour mener à bien ce projet qui leur tenait à cœur.


C’est Jean-Pierre Decodts qui en a eu l’idée : «  Étant moi-même atteint d’une maladie de l’amiante, j’ai vécu de façon très difficile l’accueil des victimes à la permanence de l’association. Ces personnes avaient besoin de parler de leurs souffrances, de leurs angoisses. En les écoutant, on prenait comme une claque en pleine figure. Il y a tant de gens qui sont à des années lumières des réalités qu’elles vivent :, qu’ils soient patrons, médecins ou politiques... J’ai pensé qu’un livre de témoignages pourrait montrer cela, pas seulement pour qu’ils sortent leurs mouchoirs, mais aussi pour exprimer notre colère, notre révolte. ».

Avec les marches des veuves, l’idée grandit et devient un jour réalité. Quatre personnes forment un groupe de travail : Monique, Pierre, Colette et Jean-Pierre. Aucun n’est écrivain… Un appel à témoigner est lancé lors d’une assemblée générale.

« Nous voulions que les témoignages soient représentatifs, explique Monique Heyse. Ils viennent de la construction navale, du port, de la sidérurgie, du tertiaire... de Dunkerque ou de Calais… 17 victimes et 17 veuves témoignent dans ce livre ». Les entretiens prennent beaucoup de temps. « Nous allions voir les personnes à leur domicile, souvent plusieurs fois, car il est difficile de raconter du premier coup une histoire qui fait souffrir. Nous prenions des notes. Nous tapions leur récit à l’ordinateur, puis nous revenions les faire lire. »

Les questionneurs, Monique et Pierre, ne sont pas des étrangers. La première a perdu son mari d’un mésothéliome, le second est atteint de plaques pleurales. Cela crèe une proximité avec ceux qui témoignent. Ils se sentent en confiance.

L’entretien porte sur le travail et la maladie, mais aussi sur ce que devient la vie après l’annonce de la maladie ou le décès : la peur du lendemain, le handicap respiratoire, l’absence, les difficultés financières… Le livre raconte aussi les marches des veuves, le mouvement de solidarité qui les a soutenues, la grève de la faim des dockers, l’inauguration de la stèle en hommage aux victimes de l’amiante à Dunkerque...

Le recueil des témoignages a duré deux ans, interrompu par quelques pauses, car ce travail est psychologiquement éprouvant pour des personnes qui sont elles-mêmes touchées. « La parole était douloureuse, difficile. Les gens avaient tellement de choses sur le cœur... En témoignant, certains se sont libérés : ils nous ont dit des choses qu’ils ne pouvaient dire à leurs propres enfants, parce qu’ils étaient retenus par une sorte de pudeur ou n’avaient pas envie de les faire souffrir. Ils ont pu nous ouvrir leur cœur. »

Il a aussi fallu rechercher des photos, des documents. « Nous sommes allés au musée portuaire et à la chambre de commerce, explique Colette. Nous voulions montrer l’activité des ouvriers frappés par l’amiante. Des familles nous ont prêté des photos personnelles. Nous avons trouvé dans certains livres des documents que nous avons reproduit après autorisation. »

Chaque témoignage a été validé par la personne qui l’a donné. Chaque donnée médicale a été validée par le pneumologue de l’hôpital, membre de l’association.

On ne trouve nulle trace de ces vies d’ouvriers brisées par l’amiante dans les livres d’histoire des écoles. Comme si leurs souffrances et celles de leur famille étaient invisibles... Ceux qui ont fait ce formidable travail de mémoire ont montré au regard de tous ce que la société ne pouvait ou ne voulait pas voir.

« Il fallait que ce livre existe, explique Colette. C’était pour nous un devoir vis-à-vis des personnes malades et décédées. Nous voulions montrer le cheminement de leur douleur, tout ce qu’un couple peut vivre dans ces moments-là, tout ce que la personne qui reste doit affronter après un décès. Il fallait que les gens sachent ... ».

« Ce livre, ajoute Pierre Pluta, est le reflet des réalités très dures que nous vivons tous les jours dans les permanences. En le lisant on se rend bien compte que les associations de défense des victimes ne sont pas des associations comme les autres ».


Ceux qui ont fait ce livre

Les interviews, l’écriture, la recherche documentaire sont de Monique HEYSE-DESCAMPS, retraitée de l’enseignement et de Pierre EECKELOOT, retraité EDF.

Monique HEYSE-DESCAMPS, Colette OZOUF retraitée contredame en voilerie, Pierre EECKELOOT, Jean-Pierre DECODTS, ont collecté les illustrations et les photos.


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Article paru dans le Bulletin de l’Andeva N°22 (avril 2007)