Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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L’AMIANTE HORS DE NOS ECOLES !

12 février 2019

- Lancer l’alerte
- 12 octobre 2018 à Paris : succès de la manifestation de l’Andeva
- L’amiante hors de nos écoles !
- Lycée Brassens (Villeneuve-le-Roi) : 991 élèves, 6000 mètres carrés d’amiante, 30 ans de mensonges
- L’Andeva écrit au ministre de l’Education nationale


Lancer l’alerte

Il fallait lancer l’alerte sur les dangers de l’amiante dans les écoles. C’est fait.

En témoignent l’écho de la manifestation de l’Andeva en octobre dernier et celui de la lutte tenace des enseignants, parents et élèves du lycée Georges Brassens à Villeneuve-le-Roi (94).

La presse a largement commenté les chiffres alarmants du rapport de l’Observatoire national de la Sécurité dans les établissements scolaires (ONS) :

- 85% des établissements scolaires ont au moins un bâtiment construit avant que l’amiante ne soit interdit en 1997.

- 30% des écoles maternelles et primaires n’ont pas de « dossier technique amiante » (DTA).

Maintenant le plus dur reste à faire : obtenir un plan national d’éradication de l’amiante dans les écoles.


12 octobre 2018 à Paris :
succès de la manifestation de l’Andeva

En tête du cortège, des poussettes avec des poupées portant un masque de protection. Un choc...

« Il y a aujourd’hui en France plus de 12 millions d’élèves et 63 000 établissements scolaires, disait le tract distribué sur les trottoirs. On y trouve encore des dalles de sol, des cloisons, des toitures des faux plafonds amiantés qui peuvent libérer dans l’air de minuscules fibres cancérogènes.

C’est une menace pour la santé des enseignants, des agents de service et bien sûr des enfants dont les défenses immunitaires sont plus faibles que celles des adultes et les voies respiratoires plus proches du sol.

La loi n’est pas respectée.

Chaque établissement de-vrait avoir un DTA (dossier technique amiante) récent, indiquant où il y a de l’amiante, dans quel état et comment protéger les occupants. Or ce document est souvent incomplet, obsolète, voire carrément inexistant. C’est inacceptable.

Écoles amiantées = enfants en danger

Ces derniers mois, des enseignants ont refusé de faire cours dans des salles de classe amiantées.

Ils ont exercé leur droit de retrait au lycée Georges Brassens à Villeneuve-le-Roi et au collège Balzac à Neuilly-sur-Marne. Dans les écoles primaires et maternelles de la rue Bachelet à Saint-Ouen des parents se sont mobilisés. Ces luttes ont fait bouger l’administration.

Chaque jour l’amiante tue

Nous savons que la maladie peut survenir 20 ans, 30 ans, 40 ans après l’exposition à l’amiante.

Nous refusons que des enfants d’aujourd’hui soient les victimes de demain.
Il faut faire du désamiantage des écoles une grande cause nationale »

Sur les trottoirs, les passants s’arrêtent, étonnés, intéressés.
Ce sont la santé et l’avenir de leurs enfants qui sont en jeu aujourd’hui.


L’amiante hors de nos écoles !

A Montparnasse, avant le départ, Gwenaël Roussarie et Cécile Girard, profs au lycée Brassens, en lutte depuis des mois, prennent la parole.

Ils sont suivis de Louis Boyard, lycéen de Brassens et représentant de l’Union syndicale lycéenne (UNL), puis de Martine Clodoré pour la fédération syndicale unitaire de l’enseignement, la FSU.

C’est la première fois qu’ils défileront aux côtés de l’Andeva.

Alain Bobbio souligne l’importance de cette présence pour notre association nationale qui soutient leur lutte.

Le cortège s’ébranle derrière deux rangés de poussettes et une grande banderole « L’amiante hors de nos écoles ! »

A l’arrivée du cortège sur la place Saint-Sulpice, Jean-Claude Barbé, le vice-président de l’Aldeva Condé-Flers, dit son amertume devant le sabotage délibéré du procès pénal par les juges d’instruction.

Hélène Boulot lit l’émouvant message des enfants de Françoise Bienvenu, la juge décédée d’un mésothéliome après avoir été exposée à l’amiante au tribunal de Créteil.

Jacques Faugeron, le président de l’Andeva conclut cette journée bien remplie.

* * *

Dans les semaines qui ont suivi la manifestation l’Andeva a rencontré la Fédération syndicale unifiée (FSU) et la Fédération des parents d’élèves (FCPE) pour discuter de la possibilité d’actions communes. Elle a aussi écrit aux ministres de l’éducation nationale, de la santé et de la cohésion des territoires pour demander des rencontres.


Lycée Brassens (Villeneuve-le-Roi) :
991 élèves,
6000 mètres carrés d’amiante,
30 ans de mensonges

Ils s’appellent Cécile, Gwenael, Cyril, Raphaelle, Jean-Noël... Les anciens et nouveaux profs du Lycée Georges Brassens de Villeneuve-le-Roi forment une équipe soudée par de longs mois de lutte pour défendre la santé du personnel et des élèves contre le déni et les mensonges. Ils nous en parlent.

Peux-tu nous présenter en quelques mots le lycée Georges Brassens ?

Jean-Noël (SNES) : Il a été construit en 1962. Il abrite 991 élèves et une centaine de membres du personnel. La région Ile-de-France est propriétaire des locaux et le rectorat de Créteil gère l’activité scolaire.

Comment avez-vous été informés de la présence d’amiante ?

Jean-Noël : Dès 1997 la réglementation imposait à la Région un repérage des flocages amiantés. Nous n’en avons pas retrouvé trace. Par contre un repérage daté de novembre 2007 évoque une « suspicion » d’amiante dans les flocages.
Entre 2007 et décembre 2015, malgré l’importance du risque potentiel, la Région n’a pas diligenté les analyses qui lui auraient permis de lever les doutes sur la nature des flocages.

En février 2016, de plus en plus inquiets, les enseignants ont exercé leur droit de retrait. Se basant sur un rapport erroné, la Région a répondu qu’il n’y avait pas d’amiante.

Il a fallu que les profs exercent une nouvelle fois leur droit de retrait fin 2017 pour qu’apparaisse au grand jour qu’il y avait 5000 mètres carrés de flocage amianté dégradé au-dessus de nos têtes et de celles des élèves !

Le flocage est obtenu par projection d’un mélange d’amiante poudre en vrac et de colle sur une structure pour la protéger du feu. C’est un matériau friable qui vieillit mal. Cette technique a été interdite en 1977, vingt ans avant l’interdiction de l’amiante en France. Au lycée Brassens, ces flocages sont donc en place depuis au moins 41 ans, et sans doute davantage.

Comment a commencé votre mobilisation ?

Cécile : Le 23 novembre 2017, une prof a découvert des débris de flocage tombés au sol, dans une salle de classe.

Les premières analyses ont révélé une présence « inexpliquée » d’amiante dans ces débris. Nous étions dans une situation de danger grave et imminent pour le personnel et pour les élèves. Nous avons exercé notre droit de retrait et le CHSCT nous a donné raison.

Vous avez de nouveau exercé un droit de retrait à la rentrée 2018.

Cécile : Oui, un incendie est survenu le samedi 29 septembre au premier étage du lycée. Ce sinistre a causé une inondation par l’éclatement d’une canalisation et l’intervention des pompiers a provoqué dans les flocages un ruissellement qui risquait de les fragiliser davantage.

Quelles ont été les réactions de la région et du rectorat ces dernières années ?

Cécile : La première réactop, a été le déni : ils nous ont dit que ces flocages dégradés étaient sans danger puisque sans amiante.

Puis, quand des analyses ont montré qu’il y avait de l’amiante dans les faux plafonds de presque toutes les salles de classe, les mêmes nous ont expliqué que ces flocages vieux d’une quarantaine d’années n’étaient pas dangereux car ils étaient en bon état !

Nous avons été bombardés de mensonges et d’arguments contradictoires assénés sur un ton méprisant.

C’était difficile à vivre.

Comment avez-vous pu réagir à cette situation ?

Cyril : Nous avons mené notre propre enquête, en épluchant les vieux comptes-rendus de CA et en recherchant les témoignages des anciens du lycée. Nous avons alors découvert que dès le milieu des années 80, des représentants des parents d’élèves protestaient contre l’amiante qui tombait des plafonds !

Nous avons réalisé qu’un deuxième flocage sans amiante avait été projeté sur le flocage amianté Cette « protection » d’un matériau friable par un autre matériau friable était une dangereuse ânerie technique.

En menant notre enquête, nous avons aussi appris qu’un agent des services techniques qui était intervenu dans les faux plafonds était atteint d’une pathologie professionnelle liée à l’amiante, reconnue depuis plusieurs années.

Les profs ne le savaient pas, mais nos interlocuteurs, eux, ne pouvaient pas l’ignorer.

Une délégation du lycée Brassens était à la manifestation nationale de l’Andeva le 12 octobre.

Cyril : Des profs et des élèves du lycée ont pu défiler aux côtés de milliers de victimes de l’amiante. Cela a été pour nous un moment fort de prise de conscience et une aide pour notre lutte locale que nous avions du mal à élargir. L’écho dans les médias a été considérable. La question de l’amiante dans les écoles a fait la Une de Libération. Nous avons été assaillis de coups de fil de journalistes.

La semaine suivante, nous sommes rassemblés devant l’Assemblée nationale. Une députée a posé une question sur notre lutte. Le ministre de l’éducation nationale a répondu.

Votre dernier droit de retrait a été contesté par l’administration...

Cyril : Oui, nous avions reçu une injonction à reprendre le travail. On nous a menacés de retenue sur salaire. Le problème n’est pas définitivement réglé à ce jour.

Quelle est la situation en cette nouvelle année ?

Raphaëlle : Des travaux de rénovation du lycée vont être engagés. En attendant, nous sommes dans des préfabriqués où il n’y a plus d’amiante. C’est un soulagement. Mais l’isolation phonique y est mauvaise, la ventilation inexistante et il y a des remontées nauséabondes des toilettes dans la cour...

Quelles sont aujourd’hui vos perspectives ?

Cécile : Nous voulons nous assurer que le chantier ne présentera pas de risque pour les élèves qui passeront à proximité.

Nous avons demandé une expertise en référé. Nous réfléchissons à d’autres possibilités.

Nous recherchons des informations et des témoignages pour aider des profs et des parents confrontés ailleurs à l’amiante.


L’Andeva écrit au ministre de l’Education nationale
« Le désamiantage des établissements scolaires
doit devenir une grande cause nationale »

La lettre demande une rencontre et résume les principales revendications portées par l’association :
- un repérage de l’amiante dans tous les établissements sans exception, publics et privés,
- la mise en ligne des dossiers techniques amiante (DTA) sur les sites Internet des établissements scolaires et des collectivités locales, pour qu’ils soient accessibles à tous,
- la réalisation travaux de désamiantage durant les vacances scolaires, par des entreprises qualifiées,
- le maintien des Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (Chsct),
- un plan d’éradication totale de l’amiante de tous les établissements scolaires.

* * *

Des demandes de rencontres ont également été adressées aux ministères de la Santé (prévue le 11 janvier), et de la cohésion des territoires.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva N°59 (janvier 2019)