Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Italie : le procès de Turin contre Eternit

4 septembre 2010

- Un procès exemplaire
- Interview de Nicola Pondrano : "notre bataille judiciaire aura un impact dans le monde entier"
- Des familles entières décimées
- "Ils étaient mes amis"
- Pour suivre le procès en direct
- Les parties en présence
- Ce qu’ils risquent
- les audiences
- Les témoins
- L’information
- Contre l’amiante buvez du lait !
- 20 tonnes de déchets déversés chaque semaine dans le fleuve
- Paris-Casale Monferrato : solidarité internationale des victimes de l’amiante
- Images de la journée mondiale de l’amiante
- La colline des femmes


Un procès exemplaire

Les victimes italiennes ont obtenu le procès pénal que les victimes françaises réclament depuis quatorze ans. Les audiences ont débuté en décembre 2009. Le verdict est attendu pour mai 2011.

Un procès gigantesque : par le nombre des plaignants (2900), celui des témoins cités par les parties (9841) et par l’importance des sommes demandées en réparation des préjudices subis (5 milliards d’euros) .

Ce gigantisme est à la mesure d’une tragédie qui a fait 1600 décès d’origine professionnelle et environnementale.

Pour une fois, les prévenus ne sont pas des lampistes, mais les principaux dirigeants du groupe Eternit : le suisse Schmidheiny et le baron belge de Cartier de Marchienne. En application de la loi italienne ils risquent des peines de prison.

Dans le monde entier, les victimes de l’amiante suivent avec attention le procès de Turin.


Interview de Nicola Pondrano : "notre bataille judiciaire aura un impact dans le monde entier"

Nicola Pondrano est entré chez Eternit à 24 ans. Il a travaillé sur le site de Casale de 1974 à 1980. Militant syndical à la CGIL, cofondateur de l’association des victimes de l’amiante de Casale, il a été le premier à témoigner le 12 avril. Sa déposition dura 4 heures.

Il explique ici comment les ouvriers d’Eternit ont peu à peu pris conscience de l’ampleur de la contamination, puis de la nécessité de fermer l’usine, comment ils en sont arrivés à revendiquer le droit à la cessation anticipée d’activité pour tous les salariés de l’amiante-ciment et la tenue d’un procès pénal pour juger les plus hauts responsables de la multinationale.

Comment a commencé ton action militante à l’usine Eternit de Casale ?

J’y ai travaillé de 1964 à 1979. J’étais chargé pour le syndicat CGIL de m’occuper des maladies professionnelles.

Dans les années 70 nous avons pris conscience que nos revendications ne devaient pas se limiter aux salaires et à l’emploi ; il fallait aussi préserver notre santé au travail. Il ne fallait plus accepter de monnayer l’altération de notre santé contre des compensations financières. Cette prise de conscience débouchait sur une remise en question de toute l’organisation du travail. Ainsi sont nées les premières luttes ouvrières pour la défense de la santé et de l’environnement.

Comment s’est approfondie cette prise de conscience à partir des premières luttes jusqu’à la fermeture de l’usine ?

Dans les années 80-90, nous sommes entrés dans une deuxième phase, avec plus de 800 maladies professionnelles et une multiplication des actions judiciaires contre la direction de l’établissement.

Les ouvriers de l’usine ont commencé à prendre conscience de l’ampleur des dégâts humains en voyant se multiplier des maladies graves, dont certaines, comme le mésothéliome, étaient spécifiques de l’amiante.

La multiplication d’actions judiciaires victorieuses a finalement contraint Eternit à fermer l’établissement de Casale. Elles ont contribué à faire naître une conscience nouvelle : habituellement, les travailleurs qui défendent leur emploi luttent pour empêcher leur usine de fermer. A Casale, au contraire, c’est nous qui avons réclamé la fermeture de l’usine, et les travailleurs ont été à nos côtés, pour défendre leur santé et celles des habitants de Casale.

Quelles ont été les conséquences de cette fermeture ?

Elle a posé un problème social de grande ampleur à Casale : en 1980 il y avait un millier de travailleurs dans l’usine. Au moment de la fermeture ils étaient encore 300.

Les pouvoirs publics ont utilisé l’amortisseur social de la « cassa integrazione » [dispositif de compensation du revenu pendant les période chômage]Mais les ouvriers de l’usine avaient été pressés comme des citrons. Ils n’étaient pas en état de retrouver un travail.

C’est pourquoi nous avons ressorti une vieille loi des années 70, qui accordait une cessation anticipée d’activité de cinq ans pour les mineurs. Nous avons demandé qu’une disposition analogue soit appliquée pour les travailleurs de l’amiante-ciment.

Nous revendiquions le vote d’une loi. Luciano Lama, le secrétaire de la CGIL, est venu deux fois à Casale nous soutenir avec des parlementaires. La loi a finalement vu le jour en 1992, six ans après la fermeture.

C’était une victoire très importante : elle a permis à la quasi-totalité des ouvriers de l’usine d’avoir une cessation anticipée d’activité.

Malheureusement certains n’ont pas pu en profiter longtemps. C’est le cas de mon très cher ami Franco Ottone, mort d’un mésothéliome huit mois après sa cessation anticipée d’activité.

Quand avez-vous créé l’association des victimes et des familles de Casale et pourquoi ?

Nous l’avons fondée en 1988, deux ans après la fermeture, pour disposer d’un outil capable de représenter les victimes, de façon plus large que le syndicat.

Comment avez-vous décidé d’engager la bataille pour un procès pénal ?

Nous avons connu une véritable avalanche de décès. Cela a provoqué une nouvelle prise de conscience : il fallait que les responsabilités de toutes ces morts soient établies. Nous avions l’obligation morale d’engager des poursuites judiciaires au pénal.

A Casale, nous comptons à ce jour 1600 morts de l’amiante, dont plus de 1000 travailleurs et plus de 550 citadins. Chaque année, il y a une cinquantaine de nouveaux cas de mésothéliomes pleuraux et péritonéaux.

Des chiffres énormes...

Oui, c’est une catastrophe sanitaire gigantesque. Nous avons dit qu’il s’agissait d’un véritable massacre [« strage » en italien]

Cette tragédie s’est d’abord heurtée à l’indifférence. Comme celle de Bhopal en Inde, où il n’y a eu au début que quelques lignes dans les journaux, alors qu’elle a fait 20.000 morts.

Nous avons voulu que soient poursuivis non seulement les directions des établissements, mais aussi et surtout les hauts dirigeants de la multinationale Eternit : Ernest Schmidheiny et De Cartier de Marchienne.
Les enjeux de notre combat judiciaire dépassent le cadre de l’Italie. Ils ont une portée internationale.

La sentence qui sera rendue sera un message fort envoyé à tous les pays : le Profit ne doit pas passer avant la Santé.

N’oublions pas que le Canada continue à exporter l’amiante. N’oublions pas que de grands pays comme la Russie, la Chine ou l’Inde continuent à l’utiliser, sans parler de ce qui se passe en Amérique latine ou en Afrique.
Notre bataille n’est donc pas limitée à l’Italie. Le jugement de Turin aura un impact à l’échelle du monde entier.


Des familles entières décimées

A la Bourse du travail de Casale, Renato Peluso explique à la délégation de l’Andeva qu’il avait quatre frères. L’amiante d’Eternit les a tous tués.

Aujourd’hui Renato a une asbestose avec une incapacité de 60%.

A Casale nombre de familles ont été décimées par l’amiante : les hommes en travaillant, les femmes en lavant les bleus ramenés à la maison ou en respirant l’air chargé de poussières d’amiante autour de l’usine.


"Ils étaient mes amis"

« Albert avait 47 ans, Mario en avait 53, Franca 58, comme Evasio. On l’appelait le « plongeur », parce qu’il se promenait recouvert de sacs plastique en disant : « j’ai une femme jeune et belle et un petit garçon, je ne veux pas mourir. »

Il s’en est allé, lui aussi.

C’était mes camarades, ils travaillaient avec moi. Avec eux, jour après jour, j’ai partagé le pain, mais aussi les moments de gaîté.

Ils mouraient, mes amis, ils mouraient les uns après les autres. Jour après jour, nous leur disions : adieu. C’était insupportable ».

Extrait de la déposition de
Nicola Pondrano au procès


Pour suivre le procès en direct

Nos amis italiens ont un site spécifique en anglais.

http://asbestosinthedock.ning.com/

Sur le site de l’Andeva : les audiences, les actions,
les photos,mises à jour par Patrice Raveneau :

http://andeva.fr/?LE-PROCES-DE-TURIN-en-Dates-et-en


Les parties en présence

Le procès de Turin oppose 2900 parties civiles issues des villes de Casale Monferrato, Cavagnolo, Bagnoli et Rubiera au baron belge Jean-Louis Marie Ghislain de Cartier de Marchienne qui dirigea la firme de 1966 à 1973 et à l’industriel suisse Stephan Schmidheiny propriétaire du groupe entre 1973 et 1992.

Au début de la procédure, entre 700 et 900 personnes ont accepté de la main de Schmidheiny des sommes allant de 10 000 à 30 000 euros, renonçant ainsi aux poursuites envers l’industriel.

Certaines sont néanmoins parties civiles contre De Cartier, ces deux procédures étant indépendantes .


Ce qu’ils risquent

Les prévenus encourent une peine de 10 à 13 ans de prison. Le total des sommes demandées par les parties civiles se monte à 5 milliards d’euros :
- 1 milliard d’euros pour l’ INAIL (qui est l’équivalent de la branche AT-MP de la Sécurité sociale),
- 2 milliards pour les victimes,
- 2 milliards pour les villes, la région, la province et l’État, en remboursement des sommes considérables investies dans la réahabilitation des zones polluées par l’amiante.


Les audiences au jour le jour

10 décembre 2009

Ouverture du procès.

Janvier - février 2010

Tirs de barrage des avocats d’Eternit : Ils soutiennent que la procédure est contraire à la constitution et veulent mettre hors de cause les sociétés du groupe poursuivies pour « désastre environnemental intentionnel ».

« Comment croire que les deux accusés aient agi par eux-mêmes, sans le soutien et l’accord des groupes dont ils étaient issus ? »
dit Sergio Bonetto, l’avocat des victimes.

Les avocats d’Eternit prétendent que le nombre élevé de plaignants rend toute vérification impossible et exerce sur le juge Casalbore une « pression psychologique » nuisible à la bonne tenue du procès.

« Si les plaignants sont si nombreux, c’est que la tragédie est immense, expliquera Davide Petrini, l’une des victimes.

Mars 2010

Le juge tranche : l’action des plaignants est légitime et constitutionnelle.
Il limite la liste aux associations et institutions qui ont eu un rôle actif dans les régions frappées par la catastrophe et dans la lutte anti-amiante.
Le juge admet l’INAIL (équivalent de la branche AT-MP) et l’INVS (équivalent de la Sécurité sociale), qui demandent d’importantes compensations financières.

Il légitime l’action des citoyens de Casale Monferrato et de Cavagnolo au titre du préjudice moral et psychologique ainsi que celle des syndicats CGIL, CISL, UIL et ALCA.

Il maintient dans la procédure les sociétés belges et suisses du groupe.
« C’est une première victoire ! », déclare Bruno Pesce, responsable de l’association des victimes.

Les avocats des industriels tentent alors une ultime manœuvre en demandant que le procès soit plaidé à Gênes (où se trouve le quartier général d’Eternit) et non à Turin. Le juge refuse.

Avril 2010

Après sept audiences et quatre mois de procédure, le débat commence enfin.

Elena Fizzotti, expert indépendant, présente les plans du site de Casale. L’amiante arrivait par camions et par trains. On comprend pourquoi l’épidémie a gagné toute la ville.

Nicola Pondrano, ancien d’Eternit, militant de la CGIL et cofondateur de l’association des victimes, évoque la situation à Casale dans les années 70 : Les salariés n’avaient pas conscience du danger. L’employeur ne leur disait rien. La poussière était partout, mais personne ne se doutait qu’elle pouvait causer des cancers. Il n’y avait pas de service de nettoyage : Les ouvriers ramenaient leurs bleus à la maison. Nicola raconte avec émotion comment il laissait sa fille de trois ans lui secouer les cheveux pour en faire tomber la poussière, quand il rentrait du travail.

Il salue l’action d’un prêtre ouvrier, le père Bernardino Zanella, à l’origine de la première enquête épidémiologique en 1976.

« A partir de 1979, nous avons fait les premières grèves. La poussière était le problème principal. “Je tousse tout le temps, je ne peux plus respirer”, nous disaient les ouvriers ».

Répondant au procureur Gariniello, il confirme les liens du directeur du site avec le quartier général d’Eternit en Suisse.

Bruno Pesce, second grand témoin, brosse le tableau de la tragédie sociale causée par Eternit. Il décrit ses efforts de syndicaliste pour stopper cette production et obtenir la décontamination du site et l’action de l’association.

Dans les années 80 la direction engagea un consultant pour espionner l’association et le syndicat. Elle était au courant de tout. Elle savait que des citoyens de Casale mourraient de mésothéliomes, mais continuait à minimiser les risques. En 1979, un cadre d’Eternit affirma au Rotary Club de Casale que l’amiante bleu n’était pas cancérigène !

Ezio Buffa, atteint d’une asbestose, a 75% d’incapacité. Sa voix ressemble à un sifflement. Entré chez Eternit à 19 ans il en sort, malade, en 1978. Le procureur lui demande s’il était au courant des risques. « Bien sur que non ! Je n’avais jamais entendu dire que l’amiante causait le mésothéliome. Sinon, je leur aurais dit au revoir et je serais allé travailler en campagne ! ».

Mai 2010

Giorgio Demezzi, maire de Casale rappelle que dans sa ville de 35000 habitants 50 personnes par an meurent d’un mésothéliome.

Après la fermeture « des tas de sacs d’amiante et des tonnes de matériel contaminé étaient à l’air libre. Une zone à la fois dangereuse et facile d’accès. » La municipalité a dû acquérir le site, pour le débarrasser de ses déchets. Une décontamination d’une telle ampleur était une première mondiale. Elle coûta le double du budget prévu, dix millions d’euros.
Ni Schmidheiny ni de Cartier n’y participèrent.

Franco Sampo, maire de Cavagnolo, a vu mourir son père en 1998 avec les poumons remplis d’amiante. Sa mère, femme au foyer, est morte d’un mésothéliome. Son seul crime fut de laver les bleus de son mari.

Il évoque la poussière omniprésente dans ce village de 2500 habitants. Il dit sa difficulté à gérer la peur de la maladie qui hante ses administrés. Pendant 70 ans, Eternit a distribué ses déchets d’amiante aux habitants pour leur usage domestique. Ils en ont fait des enclos, des toitures, des abris de jardins...

François Iselin, de l’association suisse Caova, dévoile la stratégie préméditée par Eternit pour cacher et minimiser les risques : « Il était de notoriété publique depuis 1962 que l’amiante causait le cancer. Son abandon était donc préconisé, sauf pour Eternit qui a continué à l’utiliser deux fois plus qu’auparavant, jusqu’en 1990. » Une lettre prouve les liens entre Eternit Schweiz et Eternit Italian SA.

Pour Sergio Bonetto, c’est un « fait essentiel pour établir la vérité ».
Juin 2010

Mauro Patrucco, dit comment il a été licencié par représailles pour avoir fait arrêter le travail à des ouvriers qui suffoquaient.

Romana Blasotti Pavesi, présidente de l’association, a vu son mari, sa sœur, son cousin et sa fille mourir de l’amiante : « je n’ai ni rancœur ni désir de vengeance. Je voudrais simplement que les prévenus aient l’occasion d’accompagner un seul malade de mésothéliome du début à la fin ».

Les audiences continuent. Le rendu du verdict est annoncé pour mai 2011.


Les témoins

Le nombre total des témoins de toutes les parties s’élève à 9841. Impossible de tous les entendre dans des délais acceptables. Le juge a limité à deux le nombre d’experts et de témoins pour chaque aspect particulier du débat.


L’information

Les premières dépositions avaient été retransmises en direct sur Internet. L’avocat du baron de Cartier a obtenu l’arrêt des retransmissions, au motif qu’un témoin ne doit pas connaître les propos de celui qui l’a précédé...


Contre l’amiante buvez du lait !

L’ingénieur Benetti, témoigne : Eternit conseillait aux ouvriers de boire un litre de lait par jour pour se purifier de la pollution par l’amiante.
« J’ai toujours considéré cela comme une blague, même à l’époque... » , commente-t-il.


20 tonnes de déchets déversés chaque semaine dans le fleuve

Mai 2010 : Laura Turconi, expert géologue, explique à l’aide de vues aériennes les changements du Pô entre 1966 et 1986.

Le lit du fleuve a reçu 20 tonnes de débris d’amiante et de déchets divers par semaine.

Les crassiers accumulés sur la berge ont dessiné une nouvelle carte du fleuve, avec une série de célèbres mini- plages (« spiaggette »).

Un endroit dont tous les citoyens de Casale ont fait un lieu de loisir, de pique nique, de pêche et de détente. Tous les enfants venaient nager ici car c’était le seul endroit où il y avait des berges planes et accessibles.

En un demi-siècle près de 30.000 tonnes de déchets ont été jetés dans le fleuve. Il n’a été nettoyé qu’à la fin des années 90.


Paris-Casale Monferrato : solidarité internationale des victimes de l’amiante

6 avril 2009
Des délégations venues d’Italie, de France, de Belgique, de Suisse, se rassemblent devant le Palais de Justice de Turin.

Le 20 juin 2009
Des victimes italiennes de Casale Monferrato et belges de l’Abeva manifestent avec l’Andeva à Dunkerque.

1er décembre 2009
Une délégation de l’Andeva assiste à l’assemblée des associations italiennes à Casale Monferrato, puis à la retraite aux flambeaux des veuves de Casale qui déposent des roses blanches devant l’usine Eternit.

10 décembre 2009
Le jour de l’ouverture officielle du procès une délégation de l’Andeva et de ses associations locales (300 personnes) se rend à Turin.

7 et 8 janvier 2010
Une formation sur le Fiva est organisée à Paris par l’Andeva pour nos amis Italiens (les victimes environnementales ne sont pas indemnisées en Italie).

Le 28 avril 2010
Une délégation de l’Andeva participe aux initiatives organisées pour la journée mondiale des victimes de l’amiante à Turin et à Casale Monferrato.


Images de la journée mondiale de l’amiante

TURIN : réunion dans la salle rouge du Conseil communal. Romana Blasotti Pavesi et Bruno Pesce, Alain Guérif, Alain Bobbio et Georges Arnaudeau du bureau de l’Andeva.

CASALE : rassemblement des victimes et des familles devant l’usine Eternit. Accrochés aux grilles de l’usine, des bouquets de fleurs, hommage aux disparus, et un drapeau italien avec ces simples mots : Eternit : Justice ! Alain Guérif, président de l’Andeva, apporte la solidarité des victimes françaises. Une délégation du Caper Nord-Isère est également présente.

CASALE (Bourse du travail) : Nicola Pondrano
répond aux questions d’une journaliste

L’appel à la journée mondiale des victimes de l’amiante signé par l’association des familles des victimes de l’amiante de Casale , trois organisations syndicales (CGIL, CISL et UIL) et l’Andeva.

CASALE : réunion publique au théâtre. 


La colline des femmes

Devant les grilles d’Eternit, Romana Blasotti Pavesi lit un poème poignant, écrit pour le 8 mars par Daniela Di Giovanni, cancérologue, qui a suivi des centaines de victimes à Casale. Elle rêve à la colline du souvenir, qui naîtra un jour sur les vestiges de l’usine maudite.

La colline des femmes

Ici surgira près du fleuve
Une colline toute neuve
Où les enfants viendront jouer
Et les anciens se souvenir.

Ici surgira une nouvelle colline
Et sur cette colline une pierre
Froide, comme toutes les pierres.
On y lira des mots de souvenir et de douleur
Pas de noms.
Il y en a trop…
une colline entière ne suffirait pas.

Elle surgira sur les vestiges de l’Enfer,
Là où, en toute impunité, des hommes criminels
Jetèrent au feu les espoirs, les cœurs, les vies
D’autres hommes, innocents de tout crime.

L’Enfer, où la vie de Mario,
Giovanni, Michel, Lucia
Valait moins que les sacs d’amiante
Qu’ils vidaient, jour après jour,
Moins que la muraille de poussière
A travers laquelle leurs yeux
peinaient à se reconnaître.

Ici surgira une colline toute neuve.
Il faudra lui donner un nom
Parce que les noms demeurent,
Vivants échos des idées
et des émotions vécues.

LA COLLINE DES FEMMES

C’est ainsi que je l’appellerai :
La colline des ouvrières qui ne sont plus,
Celle des femmes qui n’oublient pas,
Des mères, des épouses,
des filles et des sœurs,
De toutes les compagnes de vie,
Qui, le cœur déchiré, le poing serré,
Jamais ne cessèrent de percer le silence
De ce cri de douleur qui n’a pas de fin.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva N°33 (août 2010)