Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Italie

17 janvier 2013

- Un plan national amiante
- Procès pénal en appel contre Eternit


ITALIE

LE MINISTRE DE LA SANTÉ ANNONCE UN « PLAN NATIONAL AMIANTE »

Une conférence nationale sur l’amiante s’est tenue du 22 au 24 novembre à Venise sous l’égide des ministères italiens de la Santé, du Travail et de l’Environnement.

Des spécialistes de la santé, de la prévention et du droit, des représentants des institutions et des victimes y ont participé.

A l’ordre du jour : recherche clinique et fondamentale, épidémiologie et Santé publique, dépollution et méthodes d’inertage des déchets.

Renato Balduzzi, ministre de la Santé, a annoncé un « Plan amiante » début 2013. Bruno Pesce, nous donne le point de vue de l’Afeva sur cette importante échéance.

« Notre association fait des propositions sur la recherche médicale, l’épidémiologie et l’éradication de l’amiante. »

Que penses-tu du « Plan national d’action Amiante » annoncé par le ministre de la Santé ?

Ce plan devrait être discuté avec les associations et les syndicats et adopté avant les prochaines élections. La démarche est intéressante. Il faudra voir point par point quelles seront les avancées.

Quelles sont les appréciations et les propositions de l’Afeva ?

Le ministre a défendu l’idée d’une coordination des recherches au niveau européen sur les maladies dues à l’amiante. Il a aussi souhaité une mise en réseau des régions les plus touchées par l’amiante et les centres médicaux experts sur l’amiante comme l’hôpital de Casale, afin d’impulser des synergies.

Cela devrait donner un nouvel élan à la recherche clinique et à la recherche fondamentale.

Quels objectifs pour les études épidémiologiques ?

L’Afeva estime qu’elles devraient porter sur l’ensemble des maladies et des décès dus à l’amiante : non seulement le mésothéliome, le cancer poumon et l’asbestose, mais aussi le cancer des ovaires et celui du larynx dont le lien avec l’amiante est maintenant validé.

Comment avancer vers une éradication totale de l’amiante ?

La mesure la plus importante serait une défiscalisation totale ou partielle pour les particuliers qui enlèvent des matériaux tels que des toitures en amiante-ciment, au niveau national, régional et local.

Le gouvernement n’a pas encore donné de réponse claire à cette demande.

Nous savons que la situation économique n’est pas favorable, mais c’est pour nous très important.

Nous demandons aussi un recensement général des bâtiments contenant de l’amiante.


« En Italie, la gestion des déchets est souvent aux mains des spéculateurs et de la mafia »

« Il y a des millions de tonnes de matériaux contenant de l’amiante, explique Bruno Pesce.

Il faut poursuivre les recherches sur la transformation des déchets d’amiante en matériau inertes, en pesant les avantages et les inconvénients de chaque technique, avec le double souci d’abaisser les coûts et de préserver l’environnement.

Aujourd’hui l’Italie est dans une situation absolument aberrante : 70 % de ses déchets sont envoyés en Allemagne.

C’est une honte.

Dans notre pays, la gestion des déchets est souvent aux mains des spéculateurs et de la mafia.

Des décharges privées ont déjà été mises sous séquestre par des magistrats.

Il ne faut pas laisser ce secteur au privé. Il faut ouvrir des décharges publiques, comme cela a été fait à Casale dont la décharge couvre 48 communes. Cela doit faire partie d’un plan national amiante. Le rôle des pouvoirs publics est fondamental. Mais il faut aussi articuler des mesures nationales et des mesures régionales et locales. »


PROCES DE TURIN

Deux dirigeants d’Eternit bientôt rejugés en appel

Au mépris des premières décisions de justice, Schmidheiny et De Cartier refusent toujours de payer les indemnités dues à 800 victimes.
Les audiences devant la cour d’appel commenceront le 14 février prochain. Le président souhaite finir avant fin mai.

Les deux dirigeants de la multinationale de l’amiante pourront-ils longtemps encore bafouer la Justice ?

Le 13 février 2012, le tribunal de Turin les avait condamnés à 16 ans de prison et au versement immédiat de provisions de 30 000 à 35 000 euros à 800 victimes, dans l’attente des indemnisations définitives que fixera une juridiction civile.

Ils devaient également verser des provisions à l’INAIL, la Sécurité sociale italienne, qui avait indemnisé les maladies, aux institutions locales pris en charge la dépollution et à l’AFEVA qui défend les victimes.

Non seulement les deux PDG ont fait appel, continuant à nier toute responsabilité dans l’hécatombe industrielle qu’ils ont provoquée, mais encore ils refusent de payer les provisions que le tribunal les a condamnés à verser aux victimes ! Une belle marque de mépris pour leurs souffrances et pour la justice italienne.

Faire exécuter une décision de justice hors des frontières du pays où a été rendu un jugement est juridiquement possible, mettre les biens des condamnés récalcitrants sous séquestre aussi, mais une telle procédure est bien au-dessus des moyens des victimes et des familles. C’est pourquoi l’Afeva a demandé que le gouvernement italien prenne en charge les frais de procédure aux côtés de l’INAIL, à qui Schmidheiny et de Cartier doivent une provision de 15 millions d’euros.

Le procès en appel débutera le 14 février 2013. Le président veut terminer fin mai, quitte à tenir deux voire trois audiences par semaine. Sans préjuger du résultat du procès en appel, il est permis de penser que c’est une indication positive.

En première instance, le premier procès de Turin avait été marqué par une formidable mobilisation des victimes italiennes et par un remarquable mouvement de solidarité internationale.

Les victimes de l’amiante des autres pays auront à cœur de ne pas manquer ce rendez-vous.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva N°41 (janvier 2013)