Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Italie

23 mai 2012
Auteur(e) : 

- Procès de Turin : 16 ans de prison pour les deux hauts dirigeants de la multinationale Eternit
- Schmidheiny est un criminel : Signez la pétition
- Interview du procureur Guariniello : il tire les leçons du procès de Turin
- Appel pour l’interdiction mondiale de l’exploitation et l’usage de l’amiante
- Les porte-parole de la lutte de Casale chaleureusement accueillis en France et aux Etats-Unis
- "Comme une lampe allumée dans les ténèbres"


PROCÈS DE TURIN

16 ANS DE PRISON

POUR LES DEUX HAUTS DIRIGEANTS DE LA MULTINATIONALE ÉTERNIT

Le jugement du tribunal de Turin a fait l’effet d’un coup de tonnerre non seulement en Italie, mais aussi dans tous les pays où l’amiante a semé la maladie et la mort. Il résonne comme un avertissement à tous ceux qui sacrifient des vies humaines à la recherche du profit. Bruno Pesce, président de l’association des familles de victimes de Casale Monferrato, en analyse ici les aspects les plus marquants.

Bruno PESCE, coordonnateur de l’Afeva

« Un formidable encouragement pour les victimes de l’amiante du monde entier »

« Ce verdict c’est le résultat de trente années de lutte. Il y a eu deux extraordinaires moments d’émotion dans ce procès. Le premier, le 20 juillet, quand le juge, après 18 audiences préliminaires, a confirmé la recevabilité des poursuites contre Schmidheiny. Les arguments de la défense sur l’inconstitutionnalité des poursuites et leur tentative d’obtenir que les prévenus soient jugés ailleurs qu’à Turin avaient été balayés. Après tant d’années nous avions enfin la certitude que les deux accusés seraient jugés.

Le deuxième moment fort, le 13 février 2012, lorsque le juge Giuseppe Casalbore prononça le mot : « Coupables ! ».

Ce fut un moment d’immense satisfaction, mais aussi de grande douleur, en pensant à toutes les vies brisées par cette catastrophe.  Dans les salles d’audience il y avait des malades et des familles, des syndicalistes, des lycéens de Casale, des élus locaux, des délégations venues de France, de Belgique, de Suisse, du Brésil… »

Une instruction exemplaire

Il faut rendre hommage au formidable travail du procureur Guariniello. Il a mené avec ténacité et professionnalisme une instruction exemplaire à la fois par les méthodes d’ investigation, par la recherche des responsabilités et par les chefs d’accusation retenus.

Leurs méthodes d’investigation, inhabituelles en Italie pour ce type d’affaire, ont montré leur efficacité : les perquisitions ont notamment mis à jour une masse de preuves de la responsabilité des deux accusés. Elles ont révélé le système d’espionnage d’Éternit, qui surveillait les activités de l’association et des syndicats. Ils ne pouvaient pas ignorer le danger de l’amiante.

L’instruction a fait remonter les responsabilités au plus haut niveau. Les accusés ne sont pas des lampistes, ce sont les dirigeants de la multinationale.

Enfin, le chef d’accusation n’est pas l’homicide involontaire ou l’atteinte involontaire à l’intégrité physique, mais une catastrophe sanitaire et environnementale permanente, causée par tromperie délibérée. Il s’agit d’un désastre collectif commis par des responsables qui ont mis sciemment en danger la santé et la vie des ouvriers et des habitants sans les informer. Ce désastre est permanent, car le risque persiste et nul ne peut dire quand il disparaîtra.

Un jugement qui fera date

Le jugement du 13 février restera dans l’histoire. Il a été ressenti comme un acte libérateur : pour la première fois au monde, la justice qualifie l’activité des hauts dirigeants d’Éternit de criminelle.

Les épouvantables dommages subis par les ouvriers de ces usines et la population voisine n’ont pas un caractère accidentel ou involontaire ; ils sont le résultat prévisible d’une stratégie planétaire, systématiquement planifiée au plus haut niveau par les dirigeants de cette multinationale, au cours de réunions où se retrouvaient des responsables de Belgique, de Suisse, de France et d’autres pays.

Ce jugement démontre que ces gens-là ont agi en parfaite connaissance de cause et que cette tragédie était évitable.

Mobilisation des Casalais et solidarité internationale

Un des aspects les plus frappants dans ce procès, c’est la participation massive des victimes et des familles aux audiences. Il y a près de 100 kilomètres de Casale Monferrato à Turin (une heure et demie de route). A chacune des 83 audiences, deux ou trois cars ont fait le voyage. Il y avait toujours au moins une centaine de personnes dans la salle... Les organisations syndicales (Cgil, Cisl, Uil) sont partie prenante de la lutte.

Le second aspect marquant a été la dimension internationale de ce procès. Durant toutes ces années nous avons été soutenus par des associations de France, de Belgique, de Suisse, du Brésil, des États-Unis… Des experts internationaux ont apporté des données historiques et scientifiques. Des avocats italiens, français, belges, suisses, hollandais ont travaillé sur ce dossier. Face à la multinationale des empoisonneurs nous avons opposé la multinationale des victimes.

Un aboutissement et un point de départ

Ce jugement est pour nous à la fois l’aboutissement de trente années de lutte et un point de départ : les accusés ont fait appel. Il y aura aussi un procès « Eternit-bis » pour de nouvelles victimes tombées malades après le début du procès. A Casale, la lutte pour la dépollution de la ville et pour la recherche sur le mésothéliome continue. »

JUGEMENT HISTORIQUE À TURIN

Le 13 février 2012, le tribunal de Turin a condamné le Suisse Stephan Schmidheiny et le Belge De Cartier de Marchienne à 16 années de prisons et à verser de très importantes indemnités aux victimes et aux familles de victimes décédées, mais aussi à leur association, aux organisations syndicales et aux institutions locales qui ont assumé le coût des travaux de dépollution. Ce jugement a été accueilli avec émotion et enthousiasme par les délégations de victimes venues de nombreux pays, et notamment par les 200 français qui ont pu suivre en direct l’énoncé du jugement dans une salle du Palais de Justice sur un circuit de télévision interne avec traduction simultanée. Ils n’oublieront jamais la lecture de la condamnation ni celle des noms des victimes qui dura près de trois heures.


Schmidheiny est un criminel condamné pour avoir causé une catastrophe environnementale par l’amiante

APPEL SOLENNEL AU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES, BAN KI-MOON

Nous, signataires du présent appel, prions instamment les Nations Unies, les autorités internationales, les chefs d´états et de gouvernement et la Présidente du Brésil, Dilma Roussef, de déclarer M. Stephan Schmidheiny “persona non grata”, lors de la Conférence des Nations Unies sur le Développement durable, la RIO+20, qui aura lieu du 20 au 22 Juin, à Rio de Janeiro, Brésil. Comme criminel condamné pour avoir causé un désastre environnemental, M. Schmidheiny doit être interdit de participer à cette importante réunion qui va traiter de la planification et de la protection du futur de notre planète Terre.

Mr. Schmidheiny est, en même temps le Fondateur et Président Honoraire du Conseil Patronal pour le Développement durable (World Business Council for Sustainable Development – WBCSD) et l´ex-propriétaire de la multinationale Éternit, producteur d’amiante-ciment, et aussi le fondateur “philanthrope” de la Fondation AVINA, qui soutient des actions sociales et environnementales en Amérique Latine.

Le 13 Février 2012 à Turin, en Italie, Mr. Schmidheiny a été condamné à 16 années de prison pour avoir causé “un désastre environnemental intentionnel permanent” et pour avoir omis intentionnellement de prendre des mesures de de prévention pour protéger la sécurité et la santé de ses salariés et de la population des risques mortels de l’exposition à l´amiante reconnus de longue date. L’ amiante est un minéral cancérigène, qui cause la mort de plus de 107.000 personnes par an, selon l´organisation mondiale de la santé (OMS).

Compte tenu du jugement qui le condamne pour ce crime en Italie, et des dommages pour l´environnement, dont Mr. Schmidheiny a été directement responsable,

Nous, par la voie de cet appel public, príons instamment les Nations Unies et la Présidente du Brésil, Dilma Roussef, de déclarer Mr. Stephan Schmidheiny “persona non grata” et de lui interdire de participer à la Conférence Rio+20.

www.asbestosdiseaseawareness.org

Pour plus d´informations et pour obtenir cette pétition traduite en d´autres langues veuillez, vous connecter à l´adresse suivante :

http://bit.ly/IDB2Lb


Le procureur Guariniello tire les leçons du procès de Turin

Raffaele Guariniello, procureur au parquet de Turin, s’est spécialisé dans les affaire de santé et de sécurité au travail et d’environnement. Sans la détermination inébranlable de ce magistrat hors normes, fin connaisseur du Code pénal et de la jurisprudence, le procès Éternit n’aurait peut-être jamais abouti à la condamnation de deux hauts dirigeants d’Éternit.

Il avait déjà conduit plusieurs enquêtes sur des dossiers brûlants, tels que le dopage dans le foot ou l’accident mortel dans lequel sept ouvriers de l’aciérie Thyssen Krupp à Turin périrent brûlés vifs. Il a accepté de tirer les leçons du procès de Turin en répondant aux questions d’Alain Bobbio pour le Bulletin de l’Andeva. Nous l’en remercions

« Les véritables détenteurs du pouvoir de décision étaient les administrateurs du groupe Éternit  : un Belge et un Suisse »

A.B. : Le verdict du procès de Turin a été vécu dans tous les pays comme un événement historique. Quels éléments vous ont conduit à rechercher les responsabilités de ce drame au plus haut niveau de la multinationale Éternit ?

Raffaele Guariniello : Nous avions déjà engagé des procédures contre les responsables locaux d’usines Éternit en Italie. Quand nous avons découvert des cas de cancers chez des ouvriers d’Éternit italiens qui avaient travaillé en Suisse, nous nous sommes intéressés aux responsables de la société suisse.

Puis, au cours de l’instruction, nous avons vu s’accumuler des documents et des témoignages qui, à notre avis, prouvaient que les véritables détenteurs du pouvoir de décision n’étaient ni les dirigeants des usines italiennes ni ceux des usines suisses, mais ceux du groupe Éternit : le Belge de Cartier de Marchienne et le Suisse Stephan Schmidheiny. Le tribunal a confirmé cette appréciation des responsabilités.

Ces deux dirigeants ont été jugés responsables d’une catastrophe sanitaire et environnementale permanente par tromperie (« disastro doloso ambientale permanente »). Cette qualification diffère de celle « d’atteinte involontaire à l’intégrité physique » ou « d’homicide involontaire » habituellement évoquées en France dans les poursuites pénales. Est-ce une nouveauté ?

Il s’agit effectivement d’une nouveauté. Cela dit, elle ne réside pas dans l’introduction de nouveaux articles dans le Code pénal, mais plutôt dans une application de dispositions déjà existantes dont certaines remontent à 1930. En fait ce qui est nouveau c’est de les appliquer aux cancers professionnels et à la sécurité du travail.

En France aussi on trouve dans le Code pénal des notions telles que la « mise en danger d’autrui », qui ne sont pas nouvelles, mais qui ont pu être appliquées d’une façon inédite.

Que recouvre exactement la notion de « désastre environnemental » dans le droit pénal italien ?

Une catastrophe (« disastro ») est un événement qui porte atteinte à l’intégrité physique ou à la vie d’un nombre indéterminé de personnes. L’exposition de milliers de gens aux poussières d’amiante correspond bien à l’incrimination qui figure dans l’article 434 du code pénal. La notion de catastrophe environnementale (« ambientale ») s’applique à la fois aux salariés qui travaillent dans une entreprise et aux personnes qui vivent à proximité.

Cette catastrophe est permanente parce qu’elle n’est pas terminée. On trouve encore aujourd’hui de l’amiante dans les sous-toitures ou bien des rebuts d’amiante-ciment (« polverini ») qui ont été soit vendus soit distribués gratuitement par Éternit aux habitants. La dépollution n’a pas encore été menée à son terme. L’amiante en place continue à mettre en péril la vie et la santé de la population.

Enfin cette catastrophe est le résultat d’un dol, c’est-à-dire d’une tromperie (« disastro doloso »). En distribuant des rebuts d’amiante aux habitants les dirigeants d’Éternit avaient bien conscience de les exposer à un risque de cancer.

La tromperie a été de plus en plus flagrante durant la période 1967-1986, à mesure que la connaissance des dangers de ce matériau cancérogène s’est approfondie.

Le droit pénal italien distingue plusieurs niveaux de gravité dans un dol. Dans le cas présent, il a été qualifié de « dol éventuel ». Nous avons sollicité cette caractérisation. Elle indique que le but premier des dirigeants n’était pas de causer un désastre, mais qu’ils savaient qu’en agissant d’une certaine façon, ils faisaient courir à de nombreuses personnes un risque grave pour leur santé et leur vie et qu’ils acceptaient ce risque.

Avant le procès Éternit avait eu lieu le procès Thyssen-Krupp contre les responsables de la mort de sept ouvriers brûlés vifs dans un terrible accident du travail. Un seul avait été condamné par le tribunal de Turin à seize ans de prison . Quels sont les points communs entre les deux procès ?

Dans les deux cas les responsabilités ont été situées au plus haut niveau de l’entreprise.

Dans le cas d’Éternit, les prévenus ont été reconnus coupables d’avoir causé un « désastre par tromperie » (article 434) et d’avoir omis de prendre les mesures de prévention qui auraient permis d’éviter les accidents (article 437).

Les procureurs de Turin ont utilisé des méthodes d’investigation particulièrement efficaces.

Chez Thyssen-Krupp comme chez Éternit, les perquisitions ont été déterminantes. Elles ont permis de mettre à jour des documents essentiels.

Si l’on veut savoir comment et par qui ont été prises les décisions au plus haut niveau d’une entreprise, il ne suffit pas de demander leur communication.

L’entreprise ne les donnera que si elle le veut bien… Il faut indubitablement aller plus loin. Il faut être prêt à utiliser toutes les méthodes prévues par le Code de procédure pénale.

Dans le domaine des accidents du travail et des maladies professionnelles, cette pratique est loin d’être habituelle. Notre méthodologie d’enquête est le résultat de l’expérience accumulée par les procureurs de Turin depuis des décennies. Nous l’avons affinée au fil des années.

Les victimes et les familles étaient très nombreuses à toutes les audiences.

La présence et la participation assidue des victimes ont été un aspect très important de ce procès. L’appui que nous ont apporté les associations de victimes et la population a été décisif.

Aucun des deux accusés n’a jamais daigné assister à une seule audience…

C’est leur choix. Le Code de procédure pénale ne leur impose pas d’être présents. Ils sont libres de se défendre comme ils l’entendent.

Vous avez souligné l’importance du rôle des associations.

Elles ont joué un rôle très utile pour aider à réunir de précieux documents qui ont été produits au cours des débats et d’importants témoignages qui ont contribué a démontrer que les employeurs avaient conscience du danger.

Ce procès a eu une dimension internationale. Un collectif d’avocats européens s’est créé. Des associations de victimes de l’amiante de nombreux pays sont venues à Turin soutenir les victimes italiennes.

La participation d’avocats européens a été très importante. Elle nous incite à réfléchir sur la dimension européenne de certains procès, qui ne se situent plus seulement dans un cadre national.

On pourrait considérer cela comme une utopie, mais la création d’un ministère public européen est prévue dans un article du traité de l’Union européenne. Les États membres ne l’ont pas appliqué, mais il existe. La création d’une telle institution me semble indispensable. Le procès de Turin l’a montré : les personnes qui veulent qu’on leur rende Justice sont nombreuses, en Italie et dans bien d’autres pays.

« La présence et la participation assidue des victimes ont été un aspect très important du procès »

CRÉÉ IL Y A 15 ANS PAR LE PARQUET DE TURIN

« L’Observatoire des tumeurs perdues »

Le procureur Guariniello est intervenu lors d’une conférence organisée le 25 février 2012 à Paris par le syndicat de la Magistrature, Interforum, et les Giuristi democratici. Il a fait sensation quand il a expliqué le travail exemplaire de l’Observatoire des tumeurs perdues. Cet organisme ne dépend pas du ministère de la Santé mais du Parquet qui l’a créé. Son action permet à des cancers d’échapper à l’invisibilité sociale. Elle encourage les victimes à faire valoir leurs droits et incite les employeurs à la prévention.

« Les cancers professionnels ne doivent pas finir oubliés dans les archives des municipalités ou des hôpitaux »

« En Italie, comme dans d’autres pays, l’étiologie professionnelle des cancers est restée longtemps méconnue, explique Raffaele Guariniello. Nous avons fondé, il y a quinze ans un observatoire pour étudier les cancers professionnels auprès du Parquet de Turin.

Des médecins qui travaillent pour l’autorité judiciaire

Sa mission est d’aller « à la recherche des tumeurs perdues », c’est-à-dire des cancers professionnels, qui - sans cela - finiraient oubliés dans les archives des communes ou des hôpitaux, sans que ni l’autorité judiciaire ni les organismes assureurs ni les autorités de veille sanitaire n’en soient informés. Nous avons examiné les cancers dont l’origine professionnelle est très probable : mésothéliomes pleuraux, cancers de la vessie, cancers du nez, angiosarcomes du foie. Les médecins qui travaillent pour l’autorité judiciaire rédigent un dossier médical pour chaque patient. Puis l’observatoire vérifie si la personne qui a un cancer a été exposée à des agents cancérogènes.

Un outil pour l’indemnisation et la prévention

Cet observatoire est un outil absolument indispensable. Il faut souligner à ce propos que l’observatoire, contrairement aux registres du cancer, ne vise pas à mener des études théoriques, bien qu’elles soient dignes d’intérêt, mais surtout à fournir des preuves pour engager de nouvelles procédures judiciaires et identifier d’éventuelles responsabilités. Il aide les victimes et leurs proches à être indemnisés. Il joue aussi un rôle très important en matière de prévention, car il permet de découvrir une exposition à des agents cancérogènes dans des endroits insoupçonnés et insoupçonnables.

Aider les actions récursoires contre les employeurs

L’observatoire a aussi des retombées positives sur le droit qu’a l’organisme public d’assurance d’engager des actions récursoires contre l’employeur.

Ces actions ont un intérêt économique évident, car elles permettent à l’organisme assureur de récupérer auprès de l’auteur du dommage les sommes qu’il a versées, quand l’employeur ou l’un de ses représentants a été reconnu pénalement responsable d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle.

Elles sont aussi une incitation à la prévention. En exerçant une action récursoire on encourage les entreprises à investir dans la Sécurité et l’hygiène sur le lieu de travail.

Elles feraient mieux d’investir aujourd’hui dans la prévention plutôt que de dépenser beaucoup d’argent demain pour rembourser les organismes assureurs.

La limite essentielle de cet observatoire est de n’opérer que sur la zone qui relève de notre compétence : celle de Turin. Nous voulons faire avancer l’idée d’une extension à l’ensemble du territoire national. Ce serait un pas en avant décisif. »

26 000 CAS DE CANCERS

Le procureur Guariniello a indiqué qu’à ce jour l’observatoire des tumeurs perdues avait examiné 25 981 cas de cancers. Ils concernant 1 629 entreprises opérant dans 264 domaines différents.

Sur ces 25 981 cas, l’observatoire a considéré que 15 673 étaient liés à une exposition professionnelle. Parmi eux, il a relevé 1986 mésothéliomes pleuraux et 189 mésothéliomes péritonéaux.

Un exemple : le Parquet de Turin avait été saisi d’un cas de mésothéliome chez un pompier.

L’Observatoire a enquêté. Il a découvert 57 cas de mésothéliomes chez des pompiers. Il a pris l’initiative d’engager des poursuites, sans attendre que des plaintes soient déposées.


APPEL POUR L’INTERDICTION MONDIALE DE L’EXPLOITATION ET DE L’USAGE DE L’AMIANTE

L’amiante est un minéral toxique et cancérigène. Il est donc indispensable et urgent de l’éliminer complètement de l’environnement humain. Hier en Europe, et aujourd’hui dans plus des deux tiers des pays du monde, l’utilisation de l’amiante a causé des centaines de milliers de morts et le pic de mortalité n’a pas encore été atteint.

Le prétendu "usage contrôlé" de l’amiante est une simple propagande commerciale pour tromper des populations non informées et vulnérables. Dans chaque pays, l’usage de l’amiante doit être sanctionné, comme cela a été fait en Italie.

La recherche sur la prévention et le traitement des maladies liées à l’exposition à l’amiante doit être considérée comme une priorité absolue. L’éradication de l’amiante doit être mise en œuvre avec des modes opératoires efficaces et sûrs et des moyens financiers et techniques conséquents.

Toutes les victimes de maladies liées à l’amiante résultant d’une contamination professionnelle, environnementale ou intra-familiale, ont le droit d’être indemnisées.  Arrêtons l’extraction, la commercialisation et l’utilisation de l’amiante dans le monde entier.

« Toute société civile a le devoir d’empêcher que les générations futures ne subissent de telles tragédies »

L’appel ci-dessus sera adressé au secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), à l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et à l’Organisation internationale du Travail (BIT).

L’idée d’un appel internationales a germé au lendemain du verdict de Turin. Cette initiative est portée par l’Afeva, l’association de défense des victimes, et les trois organisations syndicales de Casale Monferrato(CGIL, CISL, UIL).

L’appel sera envoyé accompagné de la lettre suivante :

« Les organisations sous-signées se sont réunies pour tirer les leçons de la condamnation à 16 ans de réclusion prononcée par le Tribunal de Turin (Italie) le 13 février 2012, pour « catastrophe environnementale permanente par tromperie délibérée » contre les deux hauts dirigeants de la multinationale belgo-helvétique de l’amiante-ciment Éternit : Stephan Schmidheiny et Louis De Cartier de Marchienne.

Elles estiment que ce jugement marque un tournant historique pour que Justice soit rendue aux milliers de travailleurs et d’habitants victimes d’une véritable hécatombe, particulièrement à Casale Monferrato et à Cavagnolo, où se trouvaient des établissements Éternit en Italie. La vérité a éclaté : la nocivité et la cancérogénité de l’amiante ont été confirmées, preuves à l’appui, avec une aveuglante clarté au cours de ce gigantesque procès. Cela souligne l’urgente nécessité d’interdire l’amiante dans le monde entier

Continuer à exposer une multitude de travailleurs et d’habitants au risque de perdre la vie, uniquement pour des considérations économiques et pour la recherche du profit, devrait être considéré comme un crime social et humanitaire et sanctionné comme tel, dans tous les pays, à l’exemple de l’Italie. Toute société civile a le devoir d’empêcher que les générations futures ne subissent de telles tragédies..

Pour atteindre cet objectif il faudra revoir en conséquence les directives des organismes internationaux ainsi que, les réglementations et les outils juridiques de chaque pays. »

Romana BLASOTTI PAVESI (AFEVA),

Bruno PESCE (Coordinatore Vertenza Amianto),

Nicola PONDRANO (CGIL),

Luciano Bortolotto (CISL),

Luigi Ferrando (UIL)

COMMENT SIGNER L’ APPEL

Il est publié en trois langues sur le site de l’association de défense des victimes de Casale Monferrato qui recueille les signatures.

www.afeva.it

La signature peut être individuelle (victime, famille, personnes solidaires) ou collective (association locale de défense des victimes, autre association, syndicat, comité d’entreprise, municipalité) Tous les membres d’une même famille peuvent le signer (à condition qu’ils soient majeurs).


Les porte-parole de la lutte de Casale chaleureusement accueillis en France et aux États Unis

ROUSSILLON Pour les dix ans du CAPER

« Nous étions allés les soutenir à Turin et à Casale, dit Pierre Rinalduzzi. Cette fois nos amis italiens viennent chez nous pour les 10 ans du Caper. »

Bruno, Nicola et Maria-Teresa ont un programme chargé : assemblée générale, réception par le maire de Roussillon, manifestation européenne contre l’austérité, visite de la région et haltes gastronomiques...

DUNKERQUE

Contre le harcèlement judiciaire du Fiva

Après Roussillon, ils remontent vers le Nord : en voiture jusqu’à Lyon, en TGV jusqu’à Paris puis Dunkerque, où ils sont accueillis par Pierre, Laetitia et Bernadette Pluta.

Après un repas convivial et une nuit de sommeil méritée, ils entament la journée par une conférence de presse à 8 heures du matin.

A 9 heures, l’assemblée générale de l’Ardeva commence. 700 personnes. Une salle disciplinée et attentive. Des témoignages sur le harcèlement judiciaire du Fiva contre les victimes, alors que six directeurs d’Éternit sont blanchis avant d’avoir été jugés. Des élus apportent leur soutien. Christian Hutin présente la motion signée par des parlementaires de l’opposition et de la majorité.

Bruno et Nicola sont scandalisés. Quel contraste entre la France et l’Italie ! Ils portent un message d’espoir que la salle applaudit. Puis ils vont déposer une gerbe à la stèle en mémoire des victimes. Un musicien joue un chant de marin à la cornemuse, hommage aux disparus de l’amiante comme aux marins disparus en mer...

Au restaurant, Pierre leur remet un tableau de cuir, célébrant l’amitié entre l’Ardeva et l’Afeva.

La journée n’est pas finie. Après un débat avec les bénévoles au local de l’Ardeva, il est l’heure de reprendre la route pour Thiant, où plusieurs centaines de personnes les attendent.

THIANT

L’Internationale des victimes d’Éternit

Jean-Michel Després, le président du Caper présente les orateurs. Bruno et Nicola, parlent avec des mots simples qui vont droit au cœur : « S’il n’y a pas justice, il n’y a pas de dignité ». Alain Bobbio traduit. Les questions fusent de la salle.

A Thiant et à Casale, les ouvriers d’Éternit ont inhalé les mêmes poussières mortelles. Les familles ont vécu les mêmes drames. On se comprend. Le courant passe...

Après la réunion, Bruno et Nicola sont reçus par le maire de Thiant. Le soir, malgré la fatigue, la discussion continue à table : « Au Caper, nous avons eu 34 morts l’an dernier dont 7 victimes environnementales, pour une ville de 2700 habitants », explique Martine du Caper. « C’est un chiffre énorme. Il y a ici une tragédie, comme à Casale, s’écrie Bruno. »

A Thiant comme à Casale, Éternit a distribué gratis des rebuts d’amiante à la population. « Ici, des familles habitent encore des maisons truffées d’amiante », poursuit Martine.

Il est clair que l’omniprésence de l’amiante dans l’environnement de l’usine pose de graves problèmes de santé publique.

Le repas s’achève par l’invitation d’une délégation du Caper en Italie fin avril, pour étudier sur place la politique d’assainissement et d’éradication de l’amiante engagée à Casale. 

LOS ANGELES

Conférence des victimes de l’amiante américaines

Nicola Pondrano et Bruno Pesce ont participé à la huitième conférence de l’ADAO, l’association américaine des victimes de l’amiante. Ils ont reçu un prix pour l’infatigable lutte de Casale qui a conduit au procès de Turin. La réunion était présidée par Linda Reinstein, Fernanda Giannasi, la pasionaria brésilienne de l’amiante et par Barbara McQueen, veuve du célèbre acteur Steve Mac Queen, qui est mort d’un mésothéliome en 1980.

Lors de cette conférence a parlé du combat plusieurs thèmes ont été abordés :

- La lutte contre le mésothéliome (avec des médecins et des témoignages de patients ayant une survie de 5 ou 6 ans depuis le diagnostic,

- Les actions en justice (avec des associations de victimes et des avocats).

- La lutte pour l’interdiction de l’amiante dans les pays comme l’Inde, le Brésil, la Chine, le Canada et la Russie.

DE ROUSSILLON À LOS ANGELÈS

Au lendemain du verdict de Turin, Bruno Pesce de l’Afeva et Nicola Pondrano de la CGIL ont animé des assemblées générales en Italie avec les victimes et les familles de Casale Monferrato et d’ailleurs. Puis ils sont allés à la rencontre des victimes de l’amiante françaises et américaines.

En France, ils ont d’abord participé à l’assemblée générale du Caper Nord-Isère à Roussillon, qui fêtait ses dix années d’existence, à celle de l’Ardeva à Dunkerque et à une réunion publique organisée par le Caper à Thiant.

Devant des salles passionnées, ils ont tiré les leçons de trente années de lutte pour la justice.

La presse régionale a salué l’événement, en notant le contraste entre l’efficacité de la justice italienne et le blocage de l’instruction pénale en France.

Quelques semaines plus tard, Bruno et Nicola s’envolaient pour les États Unis pour une conférence de l’ADAO, association américaine de victimes.


« Comme une lampe allumée dans les ténèbres »

A Turin, devant le tribunal, les mineurs de Lorraine ont remis à Romana Blasotti Pavesi, présidente de l’Afeva, une lampe de mineur, gage émouvant de leur admiration et de leur solidarité, et le message suivant :

Madame la Présidente, Mesdames, Messieurs, chers camarades, chers amis de Casale Monferrato,

Nous souhaitons vous remercier pour l’accueil chaleureux que vous nous avez réservé.

Vous remercier pour le déjeuner que vous nous avez offert, et surtout vous remercier pour le magnifique exemple et le magnifique espoir que votre lutte et votre ténacité donnent à toutes les victimes de l’amiante, à toutes les victimes du travail en Europe et dans le monde.

Durant toutes ces années votre combat a brillé comme une lampe allumée dans les ténèbres, comme un phare dans la tempête.

Votre lutte nous montre :

- que les petits, les sans-grades peuvent se lever et combattre l’irrémédiable,

- que le profit n’a pas tous les droits,

- que les êtres humains doivent passer avant le capital,

- que les responsables de tant de drames, de tant de larmes peuvent et doivent être condamnés.

Pour marquer cette reconnaissance, nous vous remettons, très modestement cette lampe d’un mineur de charbon de Lorraine.

Cette lampe est chargée d’histoire, ce n’est pas une lampe qui sort toute neuve d’un quelconque magasin, elle a permis durant de longues années à un ouvrier d’effectuer son travail au fond de la mine.

Elle a été, elle aussi, lueur dans les ténèbres.

Qu’elle puisse être le rappel de l’universalité de votre lutte, de votre, de notre combat pour que les êtres humains retrouvent la place qu’ils n’auraient jamais du quitter dans notre société, la première

Merci à vous

Merci aux familles de Casale.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva n°39 (mai 2012)