Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Intervention de Pierre Pluta, président de l’Andeva, à la manifestation du 15 octobre à Saint-Quentin

15 octobre 2011

Michel vous a expliqué les deux raisons du choix de cette manifestation à Saint Quentin. Je vais vous dire quelques mots sur d’autres points qui nous préoccupent et pour lesquels nous devrons également continuer à lutter.

1) La santé

Suivi médical post-professionnel :

Chaque salarié ayant été exposé à l’amiante doit pouvoir bénéficier d’un suivi médical post professionnel gratuit.

C’est un droit élémentaire à connaître son état de santé, le scanner étant l’examen de référence.

Nous demandons la mise en œuvre sans délai des recommandations de la Haute Autorité de Santé.

Recherche médicale :

Il faut que la recherche médicale dispose de moyens suffisants pour œuvrer sur les possibilités de guérison de nos maladies ou tout au moins pour en stopper l’évolution, ce qui n’est pas le cas en France.

Nous ne pouvons pas accepter d’avoir pour seule alternative d’attendre dans l’angoisse et l’anxiété les résultats des suivis médicaux et une éventuelle annonce de l’évolution de la maladie, sans aucune lueur d’espoir. (exemple cancer)

2) Le FIVA

L’amiante a brisé la vie et la santé de plusieurs milliers de personnes.

L’indemnisation n’est pas une affaire d’argent mais de droit et de justice.

Comment peuvent-ils seulement imaginer qu’il nous est possible de vivre normalement lorsque l’on a dans les poumons la preuve de la présence de ce poison, qui y a déjà provoqué des lésions irréversibles, évolutives, sans remède et reconnues en M.P. Ce poison qui ronge nos poumons et qui continuera son œuvre destructrice jusqu’à fin le fin de nos jours.

Nous n’accepterons jamais la scandaleuse manœuvre du ministre, dont nous a parlé Michel, visant à spolier les victimes alors que des valises remplies de billets circulent entre les mains des plus nantis.

3) La prévention

C’est le maître mot pour l’avenir. Nous rappelons au ministre du travail et de la santé que nous sommes dans un état de droit ou la vie humaine a un prix, il faut que ceux qui la mettent en péril en bafouant la loi soient sanctionnés et rendent des comptes à la justice, et que ce n’est pas en donnant une dérogation sans date de fin aux délinquants pour engager les travaux de désamiantage qu’il évitera que de nouvelles vies soient brisées avec des drames qui pourraient être évités.

Nous voulons éviter à nos enfants de devoir à leur tour manifester dans les rues après avoir été empoisonnés.

4) Le pénal

Les dangers de l’exposition à l’amiante sont connus depuis plus d’un siècle, le mensonge était parfaitement organisé, cette catastrophe sanitaire était évitable, des négligences ont été commises, et c’est nous qui payons les conséquences de ces fautes graves au prix le plus fort, au prix de ce qu’il y a de plus précieux, c’est-à-dire au prix de la santé qui se dégrade, au prix de vies brisées, au prix de familles anéanties.

Il faut que soient clairement établies les responsabilités et jugés comme il se doit tous ceux qui avaient en charge le système de veille sanitaire, ceci à tous les niveaux, autrement dit, tous ceux qui ont trahi notre confiance et qui ont conduit à cette catastrophe par ce qu’ils n’ont pas su ou pas voulu prendre leurs responsabilités, par ce qu’ils ont délibérément choisi de privilégier l’intérêt économique d’une poignée d’individus sans scrupules au mépris de la santé de toute la population.

Il ne s’agit pas de crier vengeance ni de demander la tête de qui que ce soit, ça n’aurait pas de sens, l’objectif est de comprendre pourquoi on est arrivé à cette situation, qui a laissé faire et pour quelles raisons. Bon nombre de réponses peuvent être trouvées rapidement, il suffirait de vouloir se pencher sur l’existante et le fonctionnement du CPA qui a permis aux industriels de l’amiante de gagner 15 années : 1982 -1995, imaginez les milliers de morts que cela représente. C’est à la justice qu’il revient d’entendre ces personnes, de décider de leur sort et des sanctions à infliger.

Encore faut-il une volonté politique à voir aboutir ce procès :

Nos interlocuteurs au ministère de la justice ont dit qu’ils ne comprenaient pas l’acharnement des victimes à vouloir un procès pénal, alors qu’elles avaient déjà été indemnisées. Qu’est ce que vous voulez de plus nous ont-ils dit ??

Le ministère de la justice estime donc que nos souffrances et ces milliers de morts c’est de la faute à personne, c’est le fait du hasard, c’est dû à la fatalité, qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter.

Nous aurions donc volontairement, et en toute connaissance de cause sniffer de l’amiante ?

L’indifférence, le mépris et la façon avec lesquelles le président de la République persiste à ignorer les veuves et les victimes de la catastrophe sanitaire de l’amiante peut laisser penser que « Plus la catastrophe est importante moins il faut la montrer et plus la faute est lourde moins elle est réprimée. » Je rappelle qu’il n’a pas daigné répondre à une seule des 17 lettres que les veuves lui ont adressé.

Encore faut-il que la justice dispose de moyens lui permettant de fonctionner correctement :

Au cours d’un récent entretien, un magistrat nous confiait que les assistants de justice étaient changés tous les deux mois car au delà il faudrait les rémunérer, il est vrai qu’ils coûteraient entre 400 et 500 € par mois, une fortune n’est ce pas !! Quelle honte !!

Il est indigne d’une société évoluée que la justice pénale ne demande aucun compte à tous ceux qui ont commis ces fautes et sont responsables de milliers de morts.

Rappelons nous ces quelques chiffres effrayants : 10 morts/jours en France tués par l’amiante - 3 à 5000/an en France tués par l’amiante - 100 000 morts sont programmés dans les deux prochaines décennies.

Je voudrais à ce propos lire un extrait de l’intervention faite par Marc Trevidic, juge anti terroriste, président de l’Association française des magistrats instructeurs lors de la manifestation nationale du 10 octobre 2009 à Paris. « Pour ma part, je suis juge anti terroriste et je n’ai jamais vu un seul terroriste tuer autant de personnes que des logiques économiques sordides ont pu le faire dans l’affaire de l’amiante. L’attentat du World Trade Center, c’est à peu près 3000 morts. L’amiante c’est 3000 morts par an. Vous êtes victimes d’un World Trade Center chaque année, et cela ne suffit pas pour que l’on mette tout en œuvre pour vous rendre justice. Que faut-il donc pour que l’on s’intéresse à vous ? »

Face aux demandes des 200 veuves et victimes reçues à l’assemblée nationale le 19 octobre 2010, les parlementaires de toutes tendances confondues, souvent émus par les témoignages des veuves, se sont engagés à créer un groupe de travail mixte, députés – sénateurs, en vue de déposer une proposition de loi destinée à améliorer la justice pénale pour l’ensemble des délits non intentionnels. Nous le leur rappellerons très prochainement.

Pour nous, ce qui est important c’est d’avoir une justice indépendante, forte et respectée, c’est-à-dire une justice qui dispose de moyens nécessaires à son exercice, qui dispose de moyens pour mener à bien une instruction de qualité dans un délai raisonnable. La mort n’attend pas, les victimes veulent connaître la vérité.

A l’ANDEVA nous sommes particulièrement bien placés pour savoir que dans un état de droit, la question des moyens et de l’indépendance de la justice est essentielle. Force est de constater que ce n’est pas le cas actuellement et que le système judiciaire ne dispose ni du soutien politique ni des moyens lui permettant de remplir pleinement son rôle.

5) La cessation anticipée des travailleurs de l’amiante (Acaata)

Nous demandons une extension de la cessation anticipée d’activité à d’autres secteurs d’activité, à d’autres corporations et métiers qui ont été massivement exposé à l’amiante : sidérurgie – Chimie-pétrochimie –bâtiment - garages –

Nous demandons une revalorisation de l’allocation de cessation anticipée d’activité et la fixation d’un plancher égal au smic.

6) L’international

Nous remercions pour leur présence et rendons hommage à nos amis Italiens pour le combat mené depuis de nombreuses années pour le procès d’Eternit et attendons avec grand intérêt le prochain rendu du tribunal. Nous serons bien entendu à vos cotés. Nous seront à Bruxelles les 23 et 24 octobre prochain à Bruxelles, au coté de la famille de Eric Jonckeere président de l’association Belge des victimes de l’amiante, dont le père, la mère et deux frères sont décédés des suites d’un mésothéliome. La maman qui avait souhaité ce procès a refusé la transaction financière que lui proposait Eternit en échange de l’abandon des poursuites judiciaires.

Nous réfléchissons sur les possibilités d’organiser en 2012 à Paris un rassemblement international pour « un monde sans amiante » comme l’on fait nos amis Italiens à Casale Monferrato en avril dernier.

L’internationale des victimes de l’amiante se met en place.

L’Andeva

En conclusion de cette intervention je voudrai vous dire ceci :

C’est la capacité de mobilisation de son réseau qui a fait de l’ANDEVA un interlocuteur incontournable auprès des plus hautes autorités de notre pays, ce sont les nombreuses actions dans les régions, comme les 23 marches des veuves et victimes de l’amiante, et comme celle d’aujourd’hui, qui ont fait et feront bouger favorablement les choses dans les différents domaines qui ont été évoqués.

Depuis 15 ans, l’ANDEVA a obtenu de nombreux acquis, mais nous savons qu’il faut être très vigilant car le FIVA comme l’ACAATA et le procès pénal peuvent être remis en cause.

Soyons unis, vigilants et solidaires dans l’action, comme nous le sommes aujourd’hui, c’est la seule façon de faire bouger favorablement les choses. Nous sommes tous concernés, les portraits des maris décédés portés à bout bras par les veuves lors des manifestations sont là pour nous rappeler que ça n’arrive pas qu’aux autres.

7) Hommage et minute de silence devant la Stèle et le cercueil

Depuis la première marche des veuves et victimes de l’amiante du 15 décembre 2004 à ce jour 15 octobre 2011, la France compte 25360 morts de plus empoisonnés par l’amiante. 10 d’entre nous mourront aujourd’hui, tués par l’amiante. Ce sont des personnes auxquelles a été volé le droit de vivre, le droit de profiter avec leur famille d’une retraite bien méritée, je rappelle qu’il ne s’agit pas de mort naturelle mais de décès provoqués par empoisonnement, donc d’assassinats, pour lesquels les responsables n’ont pas encore eu de compte à rendre à la justice.
En leur mémoire et en mémoire de ceux qui nous ont quitté trop tôt, tués par l’amiante, en ayant également une pensée pour ceux que la maladie à gravement atteint et qui luttent pour survivre, je vous invite à observer quelques instants de silence.

Nous allons disperser 25360 effigies devant la stèle, symbole représentant les 25360 morts de l’amiante en France depuis la première marche des veuves et des victimes « Pour la justice – contre l’oubli » du 15 décembre 2004.