Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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International

1er juin 2017

Dossier Belgique
- Un grand moment de solidarité internationale des victimes
- Communiqué des associations présentes à Bruxelles le 28 mars 2017
- Fonds ’indemnisation : L’Abeva se mobilise contre un financement au rabais

Convention de Rotterdam
- Le véto des empoisonneurs paralyse à nouveau la Convention de Rotterdam

Espionnage, infiltrations
- Les méthodes crapuleuse du lobby pro-amiante
- En Italie aussi

- USA / Talc cancérogène : J & J lourdement condamné
- "Le problème de l’amiante dans les écoles se pose dans tous les pays d’Europe (Graham Dring, Grande-Bretagne)


Le véto des empoisonneurs paralyse à nouveau la Convention de Rotterdam

L’inscription de l’amiante chrysotile sur la liste des produits dangereux (liste PIC) a été bloquée pour la sixième fois en douze ans suite à l’opposition d’une poignée de pays exportateurs de ce matériau mortel. Le refus d’inscrire un produit qui cause plus de 100.000 morts par an dans le monde est plus qu’un échec. Cette victoire des marchands de mort est une véritable faillite pour la Convention de Rotterdam dont la mission est de protéger la santé la santé publique et l’environnement.

Au refus d’inscrire l’amiante, s’ajoute cette fois-ci le refus d’inscrire le paraquat, un pesticide redoutable interdit depuis 2007 en Europe !

Créée en 2004, la Convention de Rotterdam qui regroupe 157 pays se réunit tous les deux ans.

Elle a pour mission d’inscrire les produits les plus dangereux - tels que certains pesticides - sur une liste internationale.

Il ne s’agit pas d’une interdiction, mais simplement d’une procédure de « consentement préalable en connaissance de cause » (PIC) qui fait obligation au pays exportateur d’informer les acheteurs éventuels de la dangerosité de ces produits.

Elle a donc un but limité mais utile.

Une Convention réduite à l’impuissance

Le fonctionnement de la Convention repose malheureusement sur le consensus : il suffit qu’un seul pays oppose son véto, pour que l’inscription soit rejetée !

Ainsi l’inscription de l’amiante chrysotile, cancérogène avéré responsable de plus de 100 000 morts par an dans le monde, a été bloquée six fois en douze ans par une poignée de pays, emmenés d’abord par le Canada, puis par la Russie et l’Inde avec l’appui d’un intense lobbying des industriels.

Une prise d’otages qui indigne la société civile

Cette fois-ci ce sont la Russie, l’Inde, le Zimbabwe et le Kazakhstan qui sont montés au créneau pour revendiquer cyniquement le droit d’exporter la mort sans informer du danger les pays importateurs.

Des associations de victimes de l’amiante, des syndicats ouvriers internationaux et des organisations de la société civile du monde entier ont dénoncé un mode de fonctionnement qui réduit la Convention à l’impuissance en permettant que 150 pays soient pris en otage par une poignée d’états empoisonneurs.

Sortir de la paralysie

Afin de sortir de cette paralysie qui discrédite cette conférence, une douzaine de pays africains ont proposé un amendement modifiant l’article 22 de la Convention de Rotterdam.

Il précise qu’en cas d’impossibilité de parvenir à un consensus, l’ajout d’un produit peut être décidé par une majorité de 75% des pays.

Cette proposition raisonnable aurait pu garantir la pérennité et l’efficacité de cette Conférence.

Un sixième refus d’inscrire l’amiante chrysotile sur la liste PIC résonne comme un nouvel aveu d’impuissance de la communauté internationale à protéger la santé des peuples et leur environnement.


Espionnage, infiltrations : Les méthodes crapuleuse du lobby pro-amiante

L’homme se présentait comme un sympathique documentariste. C’était en fait un espion grassement payé par la société K2 Intelligence LTD pour infiltrer le mouvement mondial pour l’interdiction de l’amiante. Durant quatre années, de 2012 à 2016 il a voyagé sur tous les continents, rencontré de nombreux militants associatifs, syndicalistes, scientifiques et avocats et rassemblé des dizaines de milliers de pages de documents. Selon La Gazette de Montréal, le commanditaire de cette opération pourrait être un consultant d’une mine d’amiante au Khazakstan et l’un des dix directeurs de l’Association internationale du chrysotile à Montréal.

Des poursuites judiciaires sont engagées contre cet espion et l’agence de renseignements qui l’a employé.

Les détails de cette opération sont donnés dans plusieurs articles publiés en Grande-Bretagne par the Guardian, au Canada par la Gazette de Montréal, et en Australie par New Mathilda.com qui ont recueilli les propos des leaders du mouvement international pour l’interdiction de l’amiante.

LAURIE KAZAN-ALLEN (Grande-Bretagne)

The Guardian indique que Laurie Kazan-Allen, coordinatrice du secrétariat international pour l’interdiction de l’amiante (IBAS), a été approchée en 2012 par un homme, se présentant comme un journaliste préparant un documentaire sur l’amiante.

Par son intermédiaire, il a pris des contacts, s’est rendu en Thaïlande pour une conférence internationale, au moment où un projet d’interdiction de l’amiante était en débat dans ce pays.

Il a continué ce travail de sous-marin durant 4 ans avant d’être démasqué. Avec un avocat et trois autres militants anti-amiante, Laurie a engagé une action judiciaire contre lui et contre son agence de renseignements.

L’individu a remis aux avocats des requérants 35 000 documents recueillis au cours de ces quatre années, dont de nombreux documents confidentiels, ainsi qu’une vingtaine de rapports détaillés transmis au commanditaire.

Dans les pièces du dossier, les plaignants ont découvert un « document stratégique » qui présente un plan d’infiltration du réseau dont le nom de code est « Project Spring ».

Bien qu’étant salarié par son agence de renseignements, l’espion a réussi à trouver des « ressources annexes » en convaincant Laurie de lui remettre des milliers de livres sterling en prétendant qu’il n’avait pas d’autres sources de revenu !

Quant elle a découvert la tromperie, Laurie a été bouleversée par un violent choc émotionnel.

KATHLEEN RUFF (Canada)

La Gazette de Montréal raconte comment Kathleen, pionnière du combat contre l’amiante au Canada, coordinatrice de la Rotterdam Convention Alliance (ROCA), a été contactée par cet homme en Thaïlande en 2012 : « Il s’est présenté comme un documentariste. Je n’avais aucune raison de ne pas le croire. »

Le faux journaliste a gagné peu à peu sa confiance et s’est intègré dans les activités du mouvement.

Kathleen l’a mis en contact avec des scientifiques, des militants et des journalistes canadiens ainsi qu’avec le député Amir Khadir, figure de proue du combat contre l’amiante.

Elle l’a même aidé à obtenir l’accréditation pour assister à la conférence de la Convention de Rotterdam en 2015 en tant que représentant de ROCA dont elle est une fondatrice.

Quand la vérité a éclaté, Kathleen a d’abord refusé d’y croire, puis a réalisé que l’homme à qui elle avait accordé sa confiance était un espion à la solde du lobby de l’amiante. « Une révélation aussi douloureuse qu’un coup de pied dans le ventre », a-t-elle expliqué.

Elle a alors décidé de rendre l’affaire publique en convoquant une conférence de presse.

LINDA REINSTEIN (USA)

« Il a assisté à deux de nos conférences, en 2013 et 2015. Il a pu rencontrer des experts de premier plan sur l’amiante dans le monde », a expliqué Linda Reinstein, cofondatrice de l’ADAO, interviewée par la Gazette de Montréal. L’association lui avait versé plusieurs milliers de dollars pour son voyage et ses frais. « Il y a pire que le coût financier : c’est le sentiment de trahison. N’avons-nous pas assez souffert ? », demande Linda, qui a perdu son mari en 2006 d’un mésothéliome.

« Ce n’est pas la première fois que je suis confrontée à des voyous, des menteurs et des espions et ce ne sera pas la dernière », a déclaré Linda. « Je continuerai à lutter pour en finir avec la catastrophe provoquée par l’amiante ».

AMIR KHADIR (Canada)

Le député Amir Khadir a dénoncé des « méthodes odieuses ».

Elles sont à l’image des industriels de l’amiante qui continuent sans état d’âme à faire le business lucratif d’un matériau qui tue 100 000 personnes par an dans le monde.

Que peut-on attendre d’autre de ces gens sans foi ni loi qui sabotent la Convention de Rotterdam en refusant aux pays importateurs le droit d’être informés sur les dangers des fibres tueuses qu’on veut leur fourguer ?

En Italie aussi

En Italie, les perquisitions du parquet de Turin ont levé le voile sur les méthodes de Schmidheiny, PDG et propriétaire suisse des usines Eternit italiennes.

Il a payé un million d’euros une agence milanaise pour espionner le procureur Guariniello, de 2001 à 2005.

Il a payé une journaliste, Maria Cristina Bruno, pour infiltrer l’association des victimes de Casale Monferrato. Elle participait aux réunions et aux actions, prenait des notes et... lui adressait un rapport mensuel.

L’ordre professionnel des journalistes a radié Maria Cristina Bravo en 2013.


USA / Talc cancérogène : J & J lourdement condamné

Le laboratoire américain Johnson et Jonhson devra verser 110 millions de dollars à une femme de l’état de Virginie atteinte d’un cancer de l’ovaire après avoir utilisé ses produits au talc.

C’est la quatrième fois que cette société se fait condamner pour ses produits au talc, utilisés dans le cadre de l’hygiène intime, notamment sur les bébés. En 2016, la compagnie a dû indemniser deux plaignantes atteintes d’un cancer de l’ovaire et la famille d’une troisième, atteinte de la même maladie (à hauteur de 65, 45 et 63 millions d’euros respectivement).

Selon l’agence de presse Bloomberg, plus de 3000 poursuites visant ces produits sont engagées à travers le monde, dont 1200 aux États-Unis. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a classé le talc contenant de l’amiante parmi les substances cancérigènes. Johnson & Johnson nie le lien entre ses produits et ce cancer.


"Le problème de l’amiante dans les écoles se pose dans tous les pays d’Europe (Graham Dring, Grande-Bretagne)

Graham Dring est membre de l’AVSGE de Manchester et d’une association qui défend les victimes de l’Angleterre, de l’Ecosse et du Pays de Galles. Interviewé par Patrice Raveneau sur le blog de l’Andeva, il explique : 

« Le problème de l’amiante dans les écoles est très important au Royaume Uni, comme dans les autres pays européens d’ailleurs.

Près de 90% des écoles qui ont été construites avant les années 2000 contiennent de l’amiante.

C’est un gros problème pour les employés, les professeurs et évidemment les enfants. Particulièrement chez les enfants du fait de leur jeunesse. Leurs poumons sont en phase de développement et le risque pour eux de développer plus tard des maladies dues à l’amiante est beaucoup plus important.

C’est un problème qui n’est pas suffisamment pris en compte par le gouvernement. Nous devons convaincre les décideurs politiques et économiques de retirer l’amiante des écoles.

Nous sommes très intéressés par une collaboration sur le sujet avec nos collègues européens. Cette campagne nous concerne tous. Cela pourrait être l’amorce d’un grand mouvement pour l’élimination de l’amiante dans tous les bâtiments publics


On peut voir l’intégralité de cette interview réalisée à l’occasion du procès de Bruxelles sur le Blog de l’Andeva (vidéo en anglais sous-titré) :

http://andeva.over-blog.com


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva N° 54 (mai 2017)