Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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ITALIE

10 janvier 2016
Auteur(e) : 

ITALIE


- L’Afeva a rendu hommage à Romana Blasotti Pavesi
- Schmidheiny-la-Censure
- Indemnisations : le FIVA italien s’ouvre aux victimes environnementales, mais le niveau de l’indemnisation reste dramatiquement insuffisant
- L’amiante à Casale : risque accru de cancer, même à faibles doses.


Italie : l’Afeva a rendu hommage à Romana Blasotti Pavesi

Le 16 novembre dernier, lors d’une émouvante
assemblée générale, Romana Blasotti
Pavesi, 86 ans, a quitté la présidence de
l’AFeVA, l’association italienne qui défend
les victimes de l’amiante et leurs familles.
Aimée et admirée de tous, Romana a été depuis
30 ans la figure de proue de la lutte des
ouvriers d’Eternit et de la population de Casale
Monferrato. Beppe Manfredi et Giovanni
Capa, tous deux atteints d’un mésothéliome,
reprennent le flambeau pour la présidence et
la vice-présidence de l’association.

« Les magistrats ne nous ont pas rendu justice, mais le monde entier sait que nous avions raison. »

Mario Pavesi, le mari de
Romana, avait travaillé
17 ans chez Eternit. Quand
il rentrait à la maison, avec
les cheveux et les bleus
couverts de poussière
d’amiante, Il embrassait sa
femme et sa fille. A Casale,
tout le monde respirait cette
poussière mortelle que le
vent répandait sur la ville.

Ignorants du danger, des
habitants faisaient leurs
achats le samedi au magasin
d’Eternit. Pour une poignée
de lires, on remplissait
sa brouette de rebuts
d’amiante-ciment pour paver
des terrains de boules
ou des allées de jardins.

Mario est mort d’un mésothéliome.
Après lui, Romana
a perdu sa soeur Libera,
sa cousine Anna et sa fille
Maria Rosa. Des tragédies
qui ont bouleversé sa vie.
Dès 1983, avec une poignée
de syndicalistes, elle
a dénoncé le danger de
l’amiante. Ils ont créé l’Afeva
et engagé une longue
bataille judiciaire.

Ils ont réussi à faire condamner
Stephan Schmidheiny,
dernier propriétaire d’Eternit,
à 16 ans de prison par
le tribunal puis à 18 ans de
prison par la Cour d’appel
de Turin. Mais, à Rome, la
Cour de cassation a annulé
la condamnation, considérant
que le délit de catastrophe
environnementale
était prescrit.

La lutte de David
contre Goliath

« Après les condamnations
en première instance puis
en appel, nous étions persuadés
d’avoir gagné. Le
verdict de la Cour de cassation
nous a laissé un goût
amer... »

Malgré ce terrible échec, la
bataille judiciaire continue.
Le Parquet de Turin a bouclé
l’instruction d’un second
procès contre le même
accusé, poursuivi cette
fois-ci pour « homicide ».

La légitimité de cette procédure
a été contestée par les
avocats de la défense au
nom du principe qui dit que
personne ne peut être jugé
deux fois pour les mêmes
délits. La juge a saisi la
Cour constitutionnelle.

« Notre lutte c’est celle de
David contre Goliath
, a dit
Romana. Si j’ai tenu bon
les habitants de Casale
étaient à mes côtés : c’est
en eux que j’ai puisé ma
force. »

Romana n’a jamais cédé au
découragement.
« Je quitte cette responsabilité
parce que j’ai 86 ans
et que je suis fatiguée. Mais
je ne crois pas avoir perdu
la bataille,
a-t-elle dit à l’assemblée.

La fierté d’un immense travail accompli

La lutte des Casalais a suscité
un formidable élan de
solidarité internationale et
resserré les liens entre les
victimes de l’amiante du
monde entier. Romana peut
se retirer la tête haute, avec
la fierté d’un immense travail
accompli.

Le conseil national de l’AFe-
VA et l’assemblée générale
des adhérents unanimes
ont désigné Giuseppe Manfredi
président et Giovanni
Cappa vice-président de
l’association.

Giuseppe et Giovanni continuent son combat

Tous deux sont atteints d’un
mésothéliome. Ils étaient
en juin dernier au congrès
de l’Andeva, où ils ont impressionné
tous les délégués
par leur courage et
leur détermination.

« Depuis plus de deux ans,
nous combattons cette
maladie. Nous sommes
accompagnés d’une façon
exemplaire par nos médecins
et par le personnel
paramédical,
a expliqué
Giuseppe Manfredi.
« Le fait que nous soyons
personnellement touchés
par cette pathologie fonde
la permanence de notre
engagement et pourra être
une référence pour tous
ceux qui se trouvent ou se
trouveront un jour dans la
même situation que nous ».

Il a réaffirmé la volonté de
l’association de continuer,
quelles que soient les difficultés,
son combat pour la
justice, le désamiantage,
la santé et la recherche, en
lien avec toutes les associations
internationales qui
agissent en symbiose avec
l’AFeVA.


Schmidheiny-la-Censure

L’ancien PDG d’Eternit bloque la sortie d’un
e-book qui dénonce ses responsabilités dans
les milliers de morts de Casale Monferrato.

La magistrate du Parquet
de Turin Sara Panelli, et
la psychologue Rosalba
Altopiedi avaient publié
un livre accablant sur les
responsabilités du millardaire
suisse dans la
catastrophe humaine et
environnementale provoquée
par Eternit (Le
Grand Procès).

Une édition numérique
en anglais a été faite.
Et vingt-quatre heures
après sa sortie, les avocats
de Schmidheiny ont
sommé l’éditeur de le
retirer de la vente.

Il s’est
exécuté en expliquant :
« Nous ne pouvions pas
assumer le coût d’une
bataille judiciaire. »

L’empoisonneur, regonflé
par le non lieu de la Cour
de cassation, est devenu
censeur. Joli Monsieur !


INDEMNISATIONS :
Le FIVA italien s’ouvre aux victimes environnementales, mais le niveau de l’indemnisation reste dramatiquement insuffisant.

Un arrêté du 4 septembre 2015 annonce à titre
expérimental jusqu’en 2017 une indemnisation
des personnes souffrant d’un mésothéliome dû à
une exposition à l’amiante dans un cadre familial
ou environnemental.

C’est une avancée, puisque le Fonds d’indemnisation
des victimes de l’amiante italien n’indemnisait
jusqu’ici que les victimes professionnelles.

Mais cette avancée est plus que modeste. Le
mésothéliome est en effet la seule maladie indemnisée
et l’indemnisation se limite à un capital
de 5600 euros versé une seule fois.

Cette décision a été prise par le ministre du Travail
sans concertation avec l’AFeVA ni avec les
organisations syndicales. Toutes demandent
une égalité de traitement entre victimes professionnelles
et victimes environnementales.


L’amiante à Casale :
risque accru de cancer, même à faibles doses.

Une récente étude sur 200 cas de mésothéliomes
à Casale Monferrato a fait le lien entre
la dose cumulée d’exposition à l’amiante (dans
l’usine, au voisinage ou dans la famille d’un ouvrier)
et la survenue de la maladie.

L’étude confirme que le risque de mésothéliome
augmente avec la dose cumulée, que les expositions
soient d’origine professionnelles ou non.

Elle démontre aussi - ce qui est nouveau - l’existence
d’un sur-risque important pour des expositions
très faibles qu’elles soient professionnelles
ou environnementales. Pour les proches d’un
ouvrier d’Eternit ayant vécu sous le même toit
que lui, le risque est doublé.

L’étude met également en évidence l’existence
d’un risque résiduel pour des sites industriels
non dépollués ayant cessé leur activité.


Bulletin de l’Andeva N°50 (janvier 2016)