Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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INTERNATIONAL

21 mai 2016
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- Québec : l’hécatombe était prévisible
- Kazakhstan : "Je l’aime, elle me tue..."
- Croatie : un cheval de Troie dans l’U.E.
- Océanie : les cyclones augmentent le danger
- Milan-Séville : danger amiante à l’Opéra
- Indemnisations en Belgique
- Italie :
— Procès Eternit-bis : la date fatidique approche
— Casale Monferrato : un colloque sur la résilience


Québec : l’hécatombe était prévisible

Les statistiques officielles le confirment. Elles sont pourtant encore très au-dessous de la vérité.

KATHLEEN RUFF
« Ces chiffres ne sont que la pointe de l’iceberg »

Le Canada a été longtemps le fer de lance de la production et de l’exportation de l’amiante dans le monde. Grand exportateur aussi de mensonges rassurants sur l’innocuité de l’amiante.

Les mines d’amiante canadienne ont fermé, mais la société canadienne commence à prendre la mesure de l’effroyable coût humain de cette production.

Le nombre de mésothéliomes a doublé en 20 ans

Statistique Canada a recensé 560 nouveaux cas de mésothéliome en 2012 (276 de plus qu’en 1992). Entre 2000 et 2012, les décès dus à ce cancer ont bondi de 60%.

Au Québec – où étaient les plus importantes mines d’amiante – on a compté 180 nouveaux cas de mésothéliome. Il y en avait 90 vingt ans plus tôt. L’Ontario a enregistré 175 nouveaux cas en 2012, contre 85 en 1992, la Colombie-Britannique 85 cas contre 40 il y a deux décennies.

Une évaluation sous-estimée

« Ces chiffres montrent qu’au cours des 20 dernières années, le nombre de cas a doublé et que ce nombre continue à monter, » a commenté Kathleen Ruff, militante anti-amiante de l’Institut Rideau. Et cela ne donne qu’une image très partielle de la réalité. Les scientifiques et les experts de la santé estiment qu’il y a au moins deux fois plus de cas de cancers du poumon provoqués par l’exposition à l’amiante. Ces chiffres ne permettent donc de voir qu’une partie du préjudice et de la souffrance et des décès. Ils ne sont en fait que la pointe de l’iceberg. »

L’urgence d’interdire l’amiante au Canada

Malgré la fermeture des mines, l’amiante reste autorisé au Canada.
Paul Demers, directeur du Centre de recherche sur les cancers professionnels en Ontario, a rappelé que des produits contenant de l’amiante, tels que des garnitures de freins, des tuyaux ou des panneaux en amiante-ciment sont toujours importés. Il a évoqué les dangers des travaux de rénovation ou de démolition de bâtiments anciens contenant de l’amiante.
Le 9 novembre dernier, des scientifiques et des associations de nombreux pays avaient écrit au premier ministre Justin Trudeau pour réclamer que le Canada interdise ces importations et appuie l’inscription de l’amiante chrysotile sur la liste des produits dangereux de la Convention de Rotterdam.

Jim Brophy, qui a dirigé une clinique de santé au travail à Sarnia, dans l’Ontario, a dénombré 1487 hommes atteints d’un mésothéliome en Ontario de 1993 à 2008. « A Sarnia, a-t-il expliqué, il n’y a pas une famille d’ouvriers, qui n’ait perdu l’un de ses membres ou l’une de ses connaissances »

Le congrès du travail demande une loi

Hassan Yussuff, président du Congrès du travail du Canada, a annoncé que le syndicat national a demandé au gouvernement d’adopter une loi interdisant toute importation et utilisation de produits contenant de l’amiante. Il a pressé le gouvernement de le faire sans tarder, avant que le Parlement n’arrête ses travaux pour le congé d’été.


Kazakhstan : "Je l’aime, elle me tue..."

L’avenir des mines et de l’industrie de l’amiante au Khazakhstan est incertain. Deux sociétés Sverdlovsk semblent être au bord de la faillite.

La télévision a diffusé un reportage édifiant sur une mini-mobilisation locale en défense de cette industrie meurtrière, qui dans la région fabrique des ardoises de couverture, des tuyaux d’égoût, ainsi que des briques spéciales résistant au feu.

Des masques tout neufs

La propagande télévisée montre des images d’Epinal : des ouvriers, souriants à la caméra qui défendent le matériau cancérogène qui les fait vivre... et les fera mourir.

On les a équipés pour l’occasion de masques « en nez de cochon » flambant neufs, protections dérisoires et parfaitement inefficaces.

Une forêt de petits drapeaux

Des familles agitent les petits drapeaux à la gloire de l’amiante que les organisateurs leur ont distribués.

Des lycéens arborent des tee shirts et des casquettes portant un logo et un slogan « pro-chrysotile »...

Puis vient l’invraisemblable discours de Vladimir Vlasov, premier vice-président du gouvernement de la région de Sverdlovsk, qui défend bec et ongles les vertus du «  magic mineral » :
- Un matériau qui « protège de la chaleur ».
- Un matériau « facile à monter » (la télé montre les images de collégiens réalisant un chrono pour le montage d’une maquette de maison « tout amiante »).
- Un matériau injustement décrié par les scientifiques européens et américains qui demandent l’arrêt de sa production et veulent l’inscrire sur la liste des produits dangereux, alors que les scientifiques russes ont montré que ses effets cancérogènes ne sont pas démontrés...

L’OMS et les steacks

Vlasov ironise sur l’Organisation mondiale de la Santé (l’OMS) qui « a dit que même un steak bien cuit était cancérogène »...

Il dénonce une mesure d’interdiction qui mettrait « des milliers de travailleurs au chômage » et salue «  la juste lutte des travailleurs russes d’Uralabest qui, la semaine précédente, ont lancé un appel au président Poutine » et se mobilisent, eux aussi, pour la défense de l’amiante chrysotile.


Croatie : un cheval de Troie dans l’U.E.

L’amiante est interdit dans l’Union européenne depuis depuis 2005. Pour y adhérer, la Croatie s’était engagée à interdire l’amiante.

La Croatie a officiellement interdit l’amiante par une loi du 1er janvier 2006, mais elle fait preuve d’un inquiétant laxisme d’État fermant les yeux sur les camions chargés de matériaux en amiante-ciment qui passent la frontière en toute illégalité. Dans un reportage diffusé fin mars sur Arte on voit à Zagreb des plaques de toiture en amiante-ciment qui sont flambant neuves et des plaquettes de freins en vente libre.


Océanie : les cyclones augmentent le danger

Le Programme régional océanien de l’environnement alerte sur l’amiante dans les matériaux de construction importés d’Asie dans le Pacifique. La plupart du temps, les pays en question ignorent qu’ils contiennent de l’amiante. Le problème touche surtout quatre états : le Vanuatu, les Kiribati, Nauru et Niue. Mais toutes les îles de la région sont concernées.

Les passages de cyclones augmentent le risque de mise en suspension des fibres d’amiante dans l’air.


MILAN - SÉVILLE :
danger amiante à l’Opéra

Deux actions judiciaires ont été engagées concernant la Scala de Milan (Italie) et le Théâtre Maestranza de Séville (Espagne).

A Milan, le 21 avril, sur demande du procureur une procédure a été engagée contre 4 anciens maires de la ville pour homicide involontaire suite au décès de huit personnes dont une chanteuse, une clarinettiste, des techniciens et un pompier, tous décédés d’un cancer de l’amiante entre 1986 et 2002. Le directeur de la Scala serait également impliqué.

A Séville, le 30 mars, suite à une plainte du C.E. de l’Orchestre symphonique, l’inspection du travail a rédigé un rapport où elle relève 3 carences : absence d’information du personnel sur la présence d’amiante, absence d’évaluation des risques lors des travaux de retrait, absence de mise aux normes « amiante ».Le Théâtre a lancé une enquête pour identifier les travailleurs exposés.


Indemnisations en Belgique

Le Fonds amiante (AFA) a indemnisé 292 victimes de mésothéliome en 2015 contre 181 en 2014 (+ 60%).


ITALIE :

Procès Eternit-bis : la date fatidique approche

C’est le 31 mai que la Cour constitutionnelle dira si la tenue du procès « Eternit-bis » contre Stephan Schmidheiny est ou non conforme à la constitution italienne.

Les avocats du milliardaire suisse l’ont saisie, en invoquant un principe de droit selon lequel un accusé ne peut être jugé deux fois pour les mêmes délits.

Les avocats des victimes ont fait valoir que le premier procès avait été engagé pour une catastrophe environnementale et le second pour homicide, deux incriminations sensiblement différentes.

Casale retient son souffle. L’enjeu est de taille pour les victimes de la ville et celles de toute l’Italie.

La justice italienne sera-telle ou non capable de juger le principal responsable d’une catastrophe qui continue - aujourd’hui encore - à causer chaque semaine un nouveau décès par mésothéliome dans cette petite ville piémontaise.

Une cinquantaine de procédures pénales « amiante » ont été engagées à ce jour par des victimes et des familles contre d’autres entreprises du pays.


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Casale Monferrato : un colloque sur la résilience

L’Andeva était invitée le 28 avril par un groupe de jeunes psychologues piémontais à une émouvante journée sur le thème de la mémoire et de la résilience à Casale

Une étude de la psychologue Antonella Granieri avait montré que dans cette ville-martyre où l’on compte un mort de l’amiante par semaine et ou 70 % des malades sont des victimes environnementales, on peut identifier des symptômes de stress post-traumatique chez les malades, les familles, mais aussi dans toute la population.

Les participants à cette journée voulaient dépasser ce constat et engager une réflexion commune sur les processus par lesquels un individu mais aussi une ville toute entière peuvent à la fois conserver la mémoire et les cicatrices d’une tragédie et agir pour surmonter le traumatisme qu’elle a provoqué : retrouver le goût de vivre, se transformer pour bâtir un avenir meilleur.

Des psychologues, psycho-sociologues et historiens ont montré que la résilience individuelle devait être pensée non en vase clos, mais comme un processus de resocialisation en rapport avec un milieu social.

Bruno Pesce pour l’Afeva et Alain Bobbio pour l’Andeva ont montré le rôle d’une association de victimes et d’une communauté de lutte dans la résilience.

Les Casalais ne veulent pas que Casale soit « la ville des morts », mais une ville « résistante et résiliente », une ville verte débarrassée de l’amiante, construisant un nouvel avenir pour les jeunes de la cité.

Le désamiantage des bâtiments publics et privés est très avancé. L’usine Eternit a disparu. A sa place s’ouvrira bientôt un parc du souvenir.

La veille de la conférence un créateur de roses a présenté une fleur inédite en hommage aux victimes. La rose s’appelle EOS, un mot grec qui signifie l’aurore...


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva No 51 (mai 2016)