Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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INTERNATIONAL

15 mai 2008

Une délégation du Caper Bourgogne en visite chez Eternit à Casale Monferrato


Trois membres du Caper Bourgogne (Attilio Mannerin, Guy Tales et Henri Degrange) et Jacqueline Roz-Maurette, journaliste de Viva, se sont rendus à Casale Monferrato près de Turin.
Sensible à l’accueil chaleureux des ouvriers italiens d’Eternit, ému par la similitude des conditions de travail, stressé par le spectacle incroyable de cette usine vide et de ces maisons désertes, vestiges d’une catastrophe évitable qui a semé la mort dans la région, Henri raconte ce qu’il a ressenti. On ne revient pas indemne d’un tel voyage.


« Nous avons été reçus par les amis italiens au local syndical, raconte Henri. J’ai été frappé de voir que l’usine de Casale Monferrato était située en pleine ville.
Quand nous sommes arrivés sur place, j’ai trouvé l’atmosphère sinistre. L’usine était fermée, les maisons contaminées avaient été désertées par leurs habitants. Pas une voiture en stationnement. Un désert.
J’ai discuté avec une ouvrière qui était invalide à 40%. Elle nous a parlé de ses conditions de travail. A cette époque, près de 400 femmes travaillaient au moulage. Elles n’avaient ni masques ni aspiration (à l’usine Eternit de Vitry-le-Charolais, nous n’en avions pas non plus). Cette ouvrière italienne a expliqué qu’après le démoulage, elle ébavurait les pièces avec une rape. Les poussières d’amiante volaient. En fin de journée, elle avait les cheveux tout blanc d’amiante.
En voyant cette usine, en écoutant ces témoignages, j’ai été envahi par l’émotion. Cela m’a rappelé tant de souvenirs. J’ai travaillé 38 ans chez Eternit à Vitry. Aujourd’hui, j’ai des plaques pleurales et une asbestose avec une incapacité de 22%. Pendant 17 ans, ma femme a lavé les bleus pleins de poussières que je ramenais à la maison (à cette époque la direction ne les faisait pas laver). Elle est décédée d’un mésothéliome.
En écoutant les ouvriers italiens, si proches de nous, en regardant cette région désolée, j’ai repensé à tous cela : à mes collègues disparus, aux ouvriers italiens décédés par centaines, à tous ces habitants qui ont été contaminés sans avoir jamais travaillé dans l’usine de Casale Monferrato (l’amiante arrivait en pleine ville par camions ou par trains entiers).
A Turin, un grand procès pénal devrait commencer en octobre. Les propriétaires-actionnaires sont inculpés. Ils ont choisi de grands avocats. A Vitry-en-Charolais aussi, nous avons engagé une action judiciaire au pénal. La gendarmerie va auditionner 200 personnes. Elle a déjà commencé.
 »


Article paru dans le Bulletin de l’Andeva n°26 (mai 2008)