Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

Vous êtes ici : Accueil » L’ANDEVA » Le Bulletin de l’Andeva » Numéro 25 (janvier 2008)

Expertise médicale

29 janvier 2008

- L’expertise médicale en question : extraits d’une brochure du Caper Clermont
- Ile-de-France : d’autres victimes témoignent


L’EXPERTISE MÉDICALE EN QUESTION


Dans beaucoup d’associations on retrouve les mêmes plaintes, les mêmes témoignages de celles et ceux qui reviennent « cassés » d’une expertise médicale.

Propos faussement rassurants vécus comme une négation des souffrances dues à la maladie. Examen sommaire ou absence d’examen du patient. Dossier médical à peine ouvert…

Couplets sur le tabac, l’asthme, l’obésité, pour mieux nier la réalité de l’amiante.

Taux d’incapacité au rabais délivré plusieurs mois après une consultation express...

Les victimes ont le sentiment d’être regardées comme des fraudeurs. On cherche à les culpabiliser, à les humilier.

Il est grand temps de moraliser la profession d’expert. Ces pratiques doivent être dénoncées. Les victimes ont droit au respect.

Extraits des témoignages réunis par le
CAPER Clermont-Ferrand.


Marie-Antoinette
(ancienne d’Amisol)


Avec leurs discours tranquillisants, ils ont tous ou presque en commun, de ne quasiment pas regarder les examens qu’on leur amène, faire repasser ces examens (c’est toujours ça pour le tiroir caisse), et dire toujours « ça va ! Pas d’inquiétude, tout va bien », au lieu de vous expliquer les choses : ce qui se passe, ce qui nous attend. Pas du tout. L’impression que j’ai, c’est que notre parole, notre vécu, nos souffrances, c’est rien ou si peu.

On est là, devant eux, presque à comparaître, on est dépendant de
ce qu’ils pensent de nous et cela, sans nous entendre

Jocelyne
(Caper Issoire)

Des expertises ont été rendues 5 mois et demi après la consultation. Choquant ! Un médecin rédige-t-il une ordonnance 5 mois après une visite médicale ? Quel crédit accorder à l’expertise, comment le médecin peut-il se souvenir de l’examen, des propos tenus par le patient. C’est un manque de respect total de la victime.

Georges
(Péchiney-Rhénalu)

Mes propos ont été complètement déformés, et ce toubib écrit carrément l’inverse de ce que je lui ai dit.

Par exemple, je lui ai dit « je suis essoufflé, je ne peux presque plus jardiner, j’ai réduit considérablement mon jardin, je ne fais presque plus rien »

L’expert conclut : « fait beaucoup de jardinage »

Autre exemple, il me demande si je voyage. Je lui explique que mon épouse a voulu que je l’accompagne au Mont St Michel récemment, mais je ne suis allé à aucune balade, je restais dans le car.

L’expert conclut :
« fait beaucoup de voyages » ….. et tout à l’avenant...

Je me suis senti trahi, piégé je n’ai toujours pas avalé tout ce qui m’est arrivé.

Maria
(ancienne d’Amisol)

Chaque fois qu’on se trouve face à un expert, on est en situation d’accusé. Tout est fait pour qu’on se sente « profiteur ». On doit alors essayer de se justifier, on sent ce regard, ce jugement qui pèse et qui nous met mal à l’aise. On voudrait dire, décrire, expliquer ce qu’on ressent, ce qui se passe dans notre tête, tout ce qu’on ne peut plus faire comme avant, nos douleurs, nos angoisses. Mais l’ambiance est tellement lourde devant ces experts que l’on ne parvient pas à parler de ce que l’on vit. Ils ont si vite fait de dire : « vous êtes en pleine forme » qu’on finirait par croire qu’on affabule. Mes douleurs ne les empêchent pas de dormir eux. Amisol n’est pas dans leur tête mais dans la mienne.

Déjà 3 victimes dans la famille sur 3 ayant travaillé à Amisol, et pas longtemps.

Ricardo
(ancien d’Amisol)


Il n’a pas pris la peine de m’ausculter, de m’écouter, de me laisser dire, décrire ce que je ressentais, savait-il même que j’avais travaillé à Amisol, savait-il seulement ce que
c’était Amisol.

J’ai vu que sa conclusion était toute prête, il ne s’est pas privé de me répéter : vous c’est pas l’Amiante, c’est la myopathie. Avec cet expert, l’Amiante avait disparu, c’est de la magie. Je suis sorti de cette expertise plus mal que j’étais rentré. Suis-je le seul ?

Jeanne
(ancienne d’Amisol)

Il m’a fait entrer dans son cabinet. Je lui ai dit que j’avais une lettre de mon généraliste et du pneumologue qui me suit. Je lui ai donné mes radios, mes scanners. Ce docteur m’a à peine examinée et, constatant que je prenais du Bricanyl, il m’a tout de suite dit que j’avais de l’asthme.
Je n’ai pas d’asthme du tout et si je prends ce médicament c’est pour m’aider à respirer, à ouvrir mes poumons. Il n’a rien voulu entendre, rien voulu savoir. Il m’a dit et redit que j’avais de l’asthme.

Jeannine
(mari décédé d’un mésothéliome)


L’examen médical a été très succint. Mon mari ne s’est pas déshabillé. Le médecin-conseil n’avait pas de stéthoscope, pas de tensiomètre….
Ce médecin a passé plus de temps à discourir de choses et d’autres, sans aucun rapport avec l’objet de cette convocation.

Suite à cet « examen » il a envoyé à la CPAM du Puy-de-Dôme une décision fixant le taux d’IPP à 85%. (le taux légal pour un mésothéliome est de 100%).

Georges
(ancien d’Amisol)

Je ressens vraiment une certaine amertume devant tout cela, et je ne suis pas le seul, quand on se retrouve, je me rends compte que d’autres vivent les mêmes choses. C’est grave !


Ile-de-France
D’AUTRES VICTIMES TÉMOIGNENT


Henri
(Alstom, Addeva 93)

Je me suis présenté au contrôle médical muni de l’ensemble des documents médicaux, dont mes derniers scanners et comptes rendus EFR, tels que précisés dans ma convocation.

La consultation n’a pas duré plus de cinq minutes.

Le médecin n’a pas demandé à voir le moindre cliché de scanner ou un quelconque résultat d’exploration fonctionnelle respiratoire. Aucune question ne m’a été posée quant à mon état de santé, aux traitements en cours, aux ordonnances médicales, aux préjudices tels que douleurs ressenties, toux, expectorations, essoufflements, souffrances physiques, etc.

Dans ces conditions, comment a pu être déterminé un taux d’IPP de 6% pour mon asbestose ?

Le docteur a demandé si je fumais, depuis quand j’avais arrêté, combien de cigarettes par jour, pendant combien d’années.

Fousseynou
(SEPATIM Dunkerque)

Je me suis présenté au contrôle médical, muni de ma convocation et tous mes documents médicaux (radios, scanners, EFR, compte rendu des médecins, certificats médicaux, etc.)

J’ai attendu 45 minutes. Le docteur m’a dit bonjour et m’a invité à m’asseoir dans son bureau.

Il m’a demandé si tout allait mieux. Je lui ai répondu « ça va mieux à part des douleurs thoraciques. Mais je suis essoufflé dès que je fais un effort, depuis ma lobectomie ».

- Ah bon ! répond-il sans me regarder.
- Oui, j’ai subi une lobectomie (lobe inférieur du poumon droit) . C’est dans mon dossier.
- C’est bon, Vous pouvez partir.

Je me suis levé. Il m’a serré la main en guise d’au revoir. Je suis sorti de son bureau. La consultation avait duré dix minutes. Il n’a pas regardé mon dossier médical et ne m’a même pas ausculté.

Quatre mois plus tard, la décision est arrivée : pas d’aggravation. Mon taux d’IPP restait inchangé.


Article extrait du Bulletin de l’Andeva N° 25 (janvier 2008)