Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Ecouter et défendre les victimes

3 novembre 2008

Monique Nowak et l’association ont su nouer des contacts chaleureux avec des personnes dont les dossiers se heurtent à des difficultés considérables.

C’est en 2003 que Monique Nowak a commencé les permanences en Corse. « Je rencontre des personnes que j’apprécie et réciproquement. Elles me témoignent tant de gentillesse que j’éprouve de la tristesse quand je dois retourner sur le continent. Elles sont conscientes du travail que l’association a fait pour elles ».

Des rapports de confiance

« Au cours de mes voyages, je suis venue avec des personnes, ayant des compétences différentes : André de l’Adeva 76 avec son parcours de victime et de syndicaliste, Carine de l’Andeva avec ses compétences juridiques et médicales, Zahra, juriste du cabinet de Michel Ledoux, Christiane avec son expérience de notre vie associative. Des rapports de confiance se sont établis, avec la complicité de tous ces intervenants.
Avec les victimes, nous parlons de nos expériences et je leur parle de mon parcours qui m’a conduite jusqu’à l’association.
 »

Monique n’habite pas sur l’île, elle y passe une semaine trois ou quatre fois par an pour l’association.

« Au début j’ai tout de suite ressenti que c’était différent du continent. J’ai vu arriver des personnes fermées, curieuses et qui m’ont jaugée.
Il a fallu que je leur montre que j’étais là simplement pour les aider.
En ma qualité de victime je me suis mise à leur disposition, avec humilité. Nous étions sur le même terrain, ils pouvaient se confier...
 »

En Corse, les victimes se heurtent à d’invraisemblables difficultés.

«  J’ai trouvé des dossiers compliqués, incomplets, des victimes décédées sans éléments médicaux, sans reconnaissance de maladie professionnelle. J’en ai eu des maux de tête. J’ai dû récupérer les informations au compte goutte pour comprendre l’histoire de chacun. J’ai envoyé des dizaines de lettres aux administrations sociales, aux hôpitaux, aux ministères, aux députés... pour retrouver les éléments nécessaires à la reconnaissance de maladie professionnelle et de la cause du décès ».

110 dossiers en cours

Cinq ans plus tard, les choses ont commencé à changer.

« Les contacts avec les administrations de l’île se sont améliorés. Cela facilite la communication des pièces nécessaires, mais toutes les difficultés n’ont pas disparu pour autant. Je reçois de dix à douze personnes par jour de permanence. Elles sont très souvent accompagnées par deux ou trois personnes. J’ai 110 dossiers en cours, 50 sont archivés dont une trentaine qui n’ont pas abouti faute d’éléments, ou parce que le décès n’était pas dû à l’amiante. »

La chaleur humaine des rencontres

Après une semaine en Corse aux côtés de Monique, Christiane a été sensible à la chaleur humaine de toutes ces rencontres : « Nous avons été accueillies à bras ouvert à la maison des associations. » Elle a été aussi frappée par la qualité des rapports que Monique a su tisser avec les victimes : « J’ai senti au départ une grande réserve chez des personnes renfermées attendant d’être aidées. Il est difficile d’ouvrir ces portes verrouillées, depuis si longtemps sur d’aussi profondes souffrances. Certains ont fait preuve d’une immense pudeur à se confier. Elles ont trouvé en Monique une oreille attentive. Elle leur a permis d’être reconnues comme victimes. Elle leur a redonné courage et force, quand certaines étaient prêtes à baisser les bras. Les « Merci Madame Nowak » partaient du cœur ».

« J’ai été choquée par le labyrinthe administratif. Ici, des familles entières ont été décimées par l’amiante. Une épouse nous a dit sa colère de voir rejeté le dossier de son mari, qui a travaillé 13 ans dans cette « mine de malheur », où il a perdu deux de ses frères ». 

Christiane est revenue sur le continent. Elle se souviendra longtemps des parois amiantées de la montagne de Canari qui donnent directement sur la route et la mer, menaçant à tout moment de tomber.
Elle garde dans les yeux l’image lugubre des bâtiments vides de la mine de Canari et celle de la plage d’Albo avec ses galets d’amiante.
A son retour elle racontera son voyage aux membres de l’Ardeva Midi Pyrénées : « je leur dirai qu’en Corse j’ai rencontré des personnes qui souffrent autant qu’elles, mais qui en plus, ont subi l’oubli pendant 40 ans avant que l’on reconnaisse leur statut de victimes. Alors courage et patience à vous tous, victimes d’ici et d’ailleurs qui attendez d’être enfin reconnues. »


Article paru dans le Bulletin de l’Andeva n°27 (octobre 2008)