Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Déclarer l’amiante hors-la-loi sur la planète Terre

13 septembre 2012

Savez-vous qui a dit que «  L’amiante chrysotile est non seulement inoffensif et bénéfique pour l’environnement, mais aussi très utile pour donner un toit à des millions de pauvres indiens » ?

Savez-vous qui a dit : « Il n’est pas prouvé que l’amiante cause la mort. Interdire l’amiante, ce serait exécuter un innocent » ?

Les auteurs de ces propos négationnistes ne sont ni des fous ni des inconnus. Le premier s’appelle Nicodemus. C’est un dirigeant de l’association des marchands d’amiante en Inde. Le second est Uran Kniewsakul. Il est directeur de la société d’Uran Marketing, producteur d’amiante-ciment thaïlandais et principal investisseur privé pour le projet insensé de relance de la Mine d’amiante Jeffrey au Québec.

Un projet auquel le gouvernement canadien vient d’accorder un prêt à fonds perdus de 58 millions de dollars.

« Nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour que le chrysotile soit utilisé de façon sécuritaire par tous nos clients » a osé déclarer Bernard Coulombe, président de la Mine Jeffrey, et médaille d’or du cynisme en catégorie poids lourds.

Non, les multinationales de l’amiante-ciment ne sont pas des amis du genre humain. Ce qu’elles apportent « aux millions de pauvres » indiens ou thaïlandais, ce n’est pas la prospérité, c’est le cancer et la mort. Comme l’a fait Eternit en France, en Italie, en Suisse ou en Belgique, avant que ce poison n’y soit interdit.

A l’échelle de la planète, c’est une course de vitesse est engagée entre les défenseurs de la santé et de l’éthique et ceux pour qui la vie d’un ouvrier indien ou thaïlandais vaut moins que le sac d’amiante qu’il vide sans masque, à mains nues.

Il y a 15 ans, une vingtaine de pays avaient interdit l’amiante. Ils sont plus de 50 aujourd’hui. Depuis 15 ans, l’Union européenne, la Turquie, l’Australie, l’Afrique du Sud, le Japon, la Corée du Sud, l’Égypte, l’Algérie, l’Arabie saoudite, Israël, le Chili, l’Argentine, l’Uruguay ont proscrit la « Fibre tueuse ».

Mais, dans le même temps, les trafiquants d’amiante ont réorienté leur commerce de mort vers l’Asie, où la consommation d’amiante a connu un véritable boom, particulièrement en Chine et en Inde, deux géants économiques où vivent deux milliards et demi d’habitants. La Russie et l’Asie représentent maintenant plus de 85% de la consommation mondiale.

Si la tendance n’est pas inversée, c’est une gigantesque catastrophe sanitaire et environnementale qui aura lieu là-bas dans une trentaine d’années. Une catastrophe dont l’ampleur sera décuplée par la précarité des conditions de vie et de travail, l’absence de réglementation contraignante et les carences de la Santé publique.

En Chine, à Xinkang, la plus grande mine d’amiante du pays est exploitée par des prisonniers qui travaillent sans 15 heures par jour. En Inde, dans la baie d’Alang, des « désamianteurs aux pieds nus  » désossent des navires truffés d’amiante. Partout les déchets industriels ou domestiques d’amiante-ciment sont rejetés dans la nature, mettant en péril la population.

Mais la rébellion contre l’amiante s’organise : au nord de l’Inde des manifestations ont empêché l’installation d’une usine d’amiante-ciment ; à Hyderabad une grosse entreprise de fibrociment a décidé de travailler sans amiante.
C’est la vie et la santé de centaines de milliers d’êtres humains qui se joue dans les combats qui se mènent aujourd’hui en Asie mais aussi au Canada contre la relance de la mine Jeffrey ou au Brésil pour l’interdiction dans tous les états du pays.
Et, là où l’amiante est interdit, les états, confrontés à une pandémie de cancers et à la présence de millions de tonnes d’amiante en place, devront longtemps encore affronter de redoutables défis pour la santé publique et la prévention .
Ces questions seront au centre des « Journées internationales pour un monde sans amiante » qui se dérouleront les 12 et 13 octobre prochain à Paris sous l’égide de l’Andeva.

Alain BOBBIO

Marc HINDRY


Article paru dans le Bulletin de l’Andeva n°40 (septembre 2012)