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Convention de Rotterdam, Genève 2013 : sept gouvernements contre les victimes de l’amiante du monde entier – une confrontation inéquitable.

10 mai 2013
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Genève, 7 mai 2013, Pendant que les associations de victimes du monde entier manifestent pacifiquement pour que les dangers de l’amiante soient reconnus, les représentants officiels de la Russie et de l’Inde ce mettent d’accord pour que le premier puisse continuer à empoisonner le second sans être dérangés.

Genève 10 mai 2013. Grâce aux gouvernements corrompus de sept pays (Russie, Kazakhstan, Kyrgyztan, Ukraine, Inde, Vietnam et Zimbabwe), la Convention de Rotterdam devient la Convention de protection des profits des industriels de l’amiante, en lieu et place de son but originel : la protection de la santé et de l’environnement.


La Convention de Rotterdam a été créée dans le but de promouvoir la protection de la vie humaine et de l’environnement ; le mécanisme choisi est celui de la procédure dite du « consentement préalable éclairé » (Prior Informed Consentment, PIC en anglais) : l’exportateur a l’obligation d’informer le pays importateur des dangers du produit et de recueillir son accord. Il s’agit donc d’un modeste frein au commerce des produits toxiques et mortels.

Les objectifs de la Convention de Rotterdam sont donc modestes mais utiles et estimables.

Mais comment prendre au sérieux une telle institution qui depuis dix ans échoue à inscrire sur la liste des produits dangereux l’amiante — le plus grand tueur planétaire dans le monde du travail ? Est-il vraiment sérieux de penser que pour inscrire un avertissement sur les paquets de cigarette, il faut recueillir l’accord de chaque marchand de tabac ? C’est pourtant exactement la règle qui régit jusqu’à présent la Convention de Rotterdam : il suffit d’un seul pays dont les représentants ont été convaincus ou achetés par l’industrie de l’amiante pour que l’amiante ne soit pas inscrit sur la liste des produits dangereux !

Les mensonges d’une poignée de représentants gouvernementaux ont donc ridiculisé une fois de plus les Nations-Unis et la Convention de Rotterdam. Dans le passé le leader des menteurs a été le Canada, aujourd’hui le relai a été pris par la Russie ; l’Inde s’est joint à la sordide manoeuvre.

1. Commerce et realpolitik contre tragédie des victimes de l’amiante

2. Sept gouvernements appuient leurs marchands d’amiante

3. Les lobbyistes des marchands d’amiante

4. Le déroulement de la Conférence des parties

5. Conclusion

Documents reliés :

- Récit et photos de la manifestation à Genève :

La manifestation organisée par l’ANDEVA et AFEVA, genève

- La Rotterdam Convention Alliance (ROCA) a émis un communiqué reproduit ci-dessous en français, anglais et portugais :

« La Convention de Rotterdam est en crise, déclarent des associations de la société civile : une poignée de pays prennent en otage un accord international, dont le but est la protection de la santé et de l’environnement de l’être humain »

Communiqué de Presse de ROCA, 10 mai 2013

ROCA Press Release(In English), 10 mai 2013

Nota d’imprensa de ROCA (em portugues), 10 Maio 2013

- Lire également :

Convention de Rotterdam 2013 : les victimes de l’amiante et la société civile du monde entier se mobilisent.

Amiante et Russie : lettre de l’ANDEVA à l’ambassadeur

Russie et Convention de Rotterdam 2013 : un sabotage annoncé


1. Commerce et realpolitik contre tragédie des victimes de l’amiante


AMIANTE et COMMERCE MONDIAL, Genève, 7 mai 2013. Les gouvernements de la Russie – premier producteur et exportateur mondial d’amiante – et de l’Inde – premier importateur mondial d’amiante – se sont mis d’accord pour déclarer que l’amiante n’est pas dangereux et que le reste du monde, l’Organisation mondiale de la Santé, l’Union Internationale contre le Cancer et les sociétés savantes de cancérologie et d’épidémiologie se trompent.

Cette description peut sembler grotesque mais n’est hélas pas une fiction, c’est la réalité du déroulement des journées consacrées à l’amiante chrysolite dans la réunion des Parties de la Convention de Rotterdam, placée sous l’égide des Nations-Unies, se déroulant à Genève au centre de conférences CICG.

AMIANTE et TRAGÉDIE HUMAINE. Le même jour l’Association Nationale de Défense des Victimes (ANDEVA, France) organisait, avec L’Associazione Familiari Vittime Amianto (AFEVA, Italie) et la Rotterdam Convention Alliance (ROCA) une manifestation à Genève, Place des Nations, à deux pas du centre de conférences CICG. Une grosse centaine de manifestants français et italiens, auquel s’ étaient joints les représentants internationaux de la société civile (ROCA) et l’association suisse Comité d’aide et d’orientation des victimes de l’amiante (CAOVA).

Une trentaine d’associations du monde entier est représentée par des slogans et images envoyés par courrier. On ignore si les représentants du gouvernement indien on pu observer les photos de victimes indiennes mortes de l’amiante transmises par les associations indiennes. Plusieurs associations de victimes canadiennes ont symboliquement envoyé leurs messages.

Le message est clair. Il demande à tous les pays participant à la Convention de Rotterdam de respecter l’esprit et la lettre de celle-ci en inscrivant sur la liste des produits dangereux le plus grand tueur dans le monde du travail : l’amiante et en particulier la variété chrysotile qui représente 100% de l’amiante actuellement commercialisé et plus de 95% dans l’histoire de ce commerce ayant déjà provoqué plus d’un million de morts.

La Convention de Rotterdam a en effet comme modeste objectif de « protéger la santé des personnes, notamment celle des consommateurs et des travailleurs, ainsi que l’environnement contre les incidences néfastes que peuvent avoir certains produits chimiques et pesticides dangereux faisant l’objet du commerce international ». Le mécanisme prévu est l’inscription sur une liste de produits dangereux pour lesquels une procédure d’information et consentement éclairé sera requise comme préalable à l’importation. Il s’agit « d’encourager le partage des responsabilités, afin de protéger la santé des personnes et l’environnement contre les dommages éventuels ».

Voir : La manifestation organisée par l’ANDEVA et AFEVA, genève


2. Sept gouvernements appuient leurs marchands d’amiante


Le premier producteur, premier exportateur mondial d’amiante – la Russie – ne veut pas « d’obstacle bureaucratique » au commerce de l’amiante. Le gouvernement russe veut que ses industriels puissent déverser ses 750 000 tonnes annuelles (chiffre de 2011) sur ses pays satellites et les grands pays d’Asie. La Russie elle-même continue à utiliser massivement son amiante même si elle a « réduit » sa consommation à 250 000 tonnes par an.

Quelques pays de l’ex-URSS : le Kazakhstan, lui-même producteur d’amiante (200 000 tonnes par an), le Kirghizistan et l’Ukraine ont été convaincus par le puissant voisin d’appuyer la démarche douteuse.

L’Inde est le plus grand importateur mondial d’amiante (300 000 tonnes par an) ; seule la Chine consomme encore plus d’amiante. Le gouvernement indien prend ainsi une décision extrêmement grave : refuser d’informer sa propre population des dangers de l’amiante importée. La situation en Inde est paradoxale : la Cour Suprême y a rendu un arrêt en 1995 enjoignant l’industrie de l’amiante de respecter la Convention de l’Organisation Internationale du Travail et un nouvel arrêt en 2011 où la Cour demande au gouvernement d’intervenir en matière de prévention et d’envisager l’interdiction de l’amiante. Le gouvernement indien préfère écouter ses industriels de l’amiante-ciment.

Le Vietnam importe environ 60 000 tonnes d’amiante par an, principalement en provenance de la Russie ; la législation de protection y est inexistante.

La position du Zimbabwe est sordide. Le Zimbabwe était un gros producteur d’amiante, produisant jusqu’au début du siècle 200 000 tonnes d’amiante. La production s’est effondrée sous l’effet conjugué de l’interdiction de l’amiante chez le voisin l’Afrique du Sud et de la corruption des entreprises et du gouvernement. Les mines de Shabanie-Mashava sont à l’abandon depuis quelques années et les travailleurs laissés à mourir de faim ou d’amiante. Quelques entrepreneurs sans crupules et proche du pouvoir envisagent de relancer ces mines et donc, « au cas où » de bloquer la Convention de Rotterdam. Il ne s’agit pas de redonner du travail à la population misérable et malade de l’amiante, mais de piller si possible une richesse potentielle.

Le Zimbabwe est le seul pays africain qui continue à soutenir l’industrie (potentielle) de l’amiante, allant jusqu’à créer un « Zimbabwe National Chrysotile Taskforce » (groupe de travail national pour l’amiante chrysolite), tout un programme.

Le Brésil, troisième producteur mondial d’amiante, et le Canada, ex-numéro un de l’amiante et de la propagande mensongère sur l’amiante, se sont tous deux abstenus.

Au Brésil une procédure auprès du Suprême Tribunal Fédéral est toujours en cours devant décider de la constitutionnalité de l’utilisation de l’amiante ; quatre ministères se sont positionnés pour l’interdiction de l’amiante (santé, travail, environnement et sécurité sociale), deux ministères (commerce et industrie) sont contre.

La Position du Canada est particulièrement cynique : c’est le Canada qui est responsable depuis dix ans de la non-inscription de l’amiante chrysotile mais, comme l’a déclaré ouvertement le ministre canadien de l’industrie Christian Paradis, les mines québécoises étant fermées, il n’y a plus d’intérêt commercial à défendre.

Ces pays n’en sont pas à leur premier essai, même si la Russie et le Zimbabwe siégeaient pour la première fois à la Convention de Rotterdam.

Le Zimbabwe et le Brésil s’étaient alliés au Canada en 2000, lorsque ce dernier avait entamé une procédure auprès de l’Organisation Internationale du Commerce (OMC) contre la France et la Communauté Européenne, pour tenter (vainement) de faire annuler l’interdiction de l’amiante en France.

La Russie a adressé en 2002, un document pseudo-scientifique intitulé « Jugement sur le problème de l’interdiction de l’amiante par un groupe d’experts gouvernementaux russes » à la Commission de la Communauté Européenne qui venait de décider de l’interdiction de l’amiante dans tous les pays de la Communauté, dans le vain espoir de les faire changer d’avis.


3. Les lobbyistes des marchands d’amiante


Observons d’abord que la position malhonnête des sept pays s’opposant à la prévention des cancers, est directement corrélée au nombre de représentants du lobby de l’amiante chrysotile dans leurs délégations à la conférence de Rotterdam (Genève, mai 2013). On peut ainsi recenser sans exhaustivité :

Russie et satellites (8) :

Dr. Garislav Shkolenok (Chambre du Commerce et de l’Industrie, Russie), Mr. Konstantin Saranchuk et Vladimir Galitsyn, (Association pour le Chrysotile , Moscou, Russie), Mrs. Andrey Kholzakov, et Dmitrii Selianin (Alliance Internationale des syndicats du “Chrysotile”, Russie), Mr. Oleksandr Sierkin et Ruslan Koval (Association Chrysotile Corporation, Ukraine), Mr. Nurlan Omarov, (Conféderation des Employeurs, Kazakhstan) ;

Zimbabwe (5) :

MM. Shame Chibvongodze, John Jere, Prince James Mutizwa, Chirandu Dhlembeu, Darlington Musarurwa (National Chrysotile Taskforce, Zimbabwe)

Inde (4) :

MM. Abhaya Shankar, et Vivek Chandra Rao Sripalle, (Association des industriels de produits en amiante-ciment, Inde), Shunmugam Ganesan et Marcondes Braga De Moraes (Indian Chemical Council, ICC, Inde)

Vietnam (2) :

Mmes Bui Thi Thu Hang et Pham Thu Thuy (Association nationale des toitures ondulées, Vietnam)

L’association internationale du chrysotile, étaient représentée par MM. Emiliano Alonso (lobbyiste espagnol basé à Bruxelles) et Jean-Marc LeBlond (canadien sans domicile fixe depuis la fermeture de l’institut du chrysotile et des puits des mines canadiens).

Le lobby de l’amiante en Amérique latine était représenté par MM. Antonio Galván Carriles (Institut Mexicain de la Fibro-industrie A.C., Mexique) et Adilson Conceiçao Santana (Fédération Internationale des travailleurs de l’Amiante Chrysotile, FITAC, Brésil)


4. Le déroulement de la Conférence des parties


Après la présentation par le secrétariat de la Convention, la Présidente Mme Balicka (Pologne) a rappelé les procédures et donné la parole aux Parties.

Pour le continent américain, Argentine, Etats-Unis, Nicaragua, République dominicaine, Uruguay, Venezuela, on soutenu l’inscription de l’amiante chrysotile, tout comme en Asie, Liban, Oman, Israël, Bahrein, Jordanie, Malaisie et Indonésie ;

Le Kenya, au nom du groupe de tous les pays africains, à l’exception du Zimbabwe, a déclaré soutenir l’inscription.

L’Union Européenne, appuyée par la Suisse, Norvège et Moldavie, a souligné que l’admission de l’amiante chrysotile à la procédure de CPCC ne constitue pas une interdiction de son utilisation.

Le représentant de l’Australie a été plus loin en suggérant d’explorer « toutes les autres options » pour atteindre les objectifs de la Convention de Rotterdam, si un accord sur l’inscription n’était pas conclu. la Nouvelle-Zélande est aussi favorable à l’inscription.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a soutenu l’inscription, a rappelé que l’utilisation contrôlée de l’amiante chrysotile n’est pas possible, et que des solutions de remplacement sont disponibles et abordables.

Pour s’opposer à l’inscription, les sept pays voyous se sont livrés à un concours de mensonges et déclarations grotesques :
- le Zimbabwe a déclaré que l’inscription du chrysolite serait « scientifiquement injuste » (sic).
- Les satellites de la Russie ont renchéri en affirmant l’absence de base scientifique convaincante pour soutenir l’inscription.
- L’Inde a insisté sur l’« absence de risque » et les problèmes d’augmentation des coûts commerciaux, si on procédait à l’inscription.
- La Russie a carrément suggéré de supprimer la question d’un nouvel examen par la Convention de Rotterdam : en clair ils n’ont pas envie de devoir à chaque fois bloquer, saboter, ridiculiser la Convention internationale.

En fait, pour rétablir la vérité dans ces affirmations officielles et gouvernementales, il suffit de traduire « risques minimes » et « absence de risques » par « précautions minimes » et « absence de précautions ».


Conclusion


La Russie et le Zimbabwe n’ont que tout récemment ratifié la Convention de Rotterdam, il est aujourd’hui clair qu’ils ne l’ont fait que dans le but de la saboter.

Le gouvernement de l’Inde, qui avait accepté en 2011, l’inscription de l’amiante sur la liste des produits dangereux est irresponsable et irrationnel.

Les mensonges d’une poignée de représentants gouvernementaux ont donc ridiculisé une fois de plus les Nations-Unis et la Convention de Rotterdam.

Le déraillement du fonctionnement de la Convention de Rotterdam est de nouveau manifeste. S’il avait fallu l’accord de chaque marchand de tabac, aucun paquet de cigarettes ne comporterait d’avertissement sur les dangers de fumer.

Il est clair que la Convention de Rotterdam peut être rangée aux oubliettes des bonnes idées inutiles si elle n’adopte pas un règlement intérieur adéquat.

La première mesure est bien sûr de passer outre la règle d’unanimité consensuelle.

L’objectif de la Convention de Rotterdam est d’« encourager le partage des responsabilités, afin de protéger la santé des personnes et l’environnement contre les dommages éventuels ». L’attitude des gouvernements indiens et russes est donc irresponsable et témoigne d’un mépris ahurissant pour la science et la santé publique, préférant ainsi des profits immédiats et douteux.

Les gouvernements raisonnables participant à la Convention de Rotterdam n’ont pas d’autres choix : ignorer les conclusions officielles de la Conférence des parties et mettre en place la prévention face au danger de l’amiante.

En particulier il faudra mettre en place un contrôle douanier extrêmement strict pour tous les produits en provenance des pays qui veulent cacher les dangers de l’amiante, pour s’assurer de la non-présence d’amiante.

Et enfin interdire partout ce produit mortel et inutile qu’est l’amiante chrysotile, en excluant provisoirement les pays qui ne veulent pas protéger leur population.