Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Convention de Rotterdam 2013 : récit d’un désastre

1er juin 2013

Genève, mai 2013, les gouvernements du premier exportateur mondial d’amiante — la Russie — et du premier importateur mondial d’amiante se sont mis d’accord pour refuser que les utilisateurs d’amiante soient avertis des risques.

Cynisme russe et corruption indienne ont ridiculisé la Convention de Rotterdam et les Nations-Unis. Le gouvernement du Canada, qui a délibérément saboté les précédentes réunions de la Convention de Rotterdam (2004, 2006, 2008, 2011) s’est cette fois abstenu — pour une raison tout aussi cynique : le Canada a cessé en 2012 de produire et exporter de l’amiante.

La prochaine Convention de Rotterdam se réunira en mai 2015. Les représentants du gouvernement russe ont déjà annoncé qu’il s’opposerait de nouveau à l’inscription de l’amiante chrysotile sur la liste des produits dangereux.

Concernant la convention de Rotterdam 2013, voir également :

Convention de Rotterdam, Genève 2013 : sept gouvernements contre les victimes de l’amiante du monde entier – une confrontation inéquitable.

Russie et Convention de Rotterdam 2013 : un sabotage annoncé

La lettre adressée le 22 avril à l’ambassadeur de Russie à Paris

Amiante et Russie : lettre de l’Andeva à l’ambassadeur

La Convention de Rotterdam a été créée dans le but de promouvoir la protection de la vie humaine et de l’environnement ; le mécanisme choisi est celui de la procédure dite du « consentement préalable éclairé » (Prior Informed Consentment, PIC en anglais) : l’exportateur a l’obligation d’informer le pays importateur des dangers du produit et de recueillir son accord. Il s’agit donc d’un modeste frein au commerce des produits toxiques et mortels. Les objectifs de la Convention de Rotterdam sont donc modestes mais utiles et estimables.

Depuis plus de dix ans le Canada a fait dérailler cette institution sous l’égide des Nations-Unis. Comment prendre au sérieux une telle institution qui depuis dix ans échoue à inscrire sur la liste des produits dangereux l’amiante — le plus grand tueur planétaire dans le monde du travail ? Est-il vraiment sérieux de penser que pour inscrire un avertissement sur les paquets de cigarette, il faut recueillir l’accord de chaque marchand de tabac ? C’est pourtant exactement la règle qui régit jusqu’à présent la Convention de Rotterdam : il suffit d’un seul pays dont les représentants ont été convaincus ou achetés par l’industrie de l’amiante pour que l’amiante ne soit pas inscrit sur la liste des produits dangereux !

Les mensonges d’une poignée de représentants gouvernementaux ont donc ridiculisé une fois de plus les Nations-Unis et la Convention de Rotterdam. Dans le passé le leader des menteurs a été le Canada, aujourd’hui le relai a été pris par la Russie ; l’Inde s’est joint à la sordide manoeuvre. Les gouvernements de la Russie – premier producteur et exportateur mondial d’amiante – et de l’Inde – premier importateur mondial d’amiante – se sont mis d’accord pour déclarer que l’amiante n’est pas dangereux et que le reste du monde, l’Organisation mondiale de la Santé, l’Union Internationale contre le Cancer et les sociétés savantes de cancérologie et d’épidémiologie se trompent. Cette description peut sembler grotesque mais n’est hélas pas une fiction, c’est la réalité du déroulement des journées consacrées à l’amiante chrysolite dans la réunion des Parties de la Convention de Rotterdam, placée sous l’égide des Nations-Unies, se déroulant à Genève au centre de conférences CICG.


Manifestation à Genève.


Le même jour l’Association Nationale de Défense des Victimes (ANDEVA, France) organisait, avec L’Associazione Familiari Vittime Amianto (AFEVA, Italie) et la Rotterdam Convention Alliance (ROCA) une manifestation à Genève, Place des Nations, à deux pas du centre de conférences CICG. Une grosse centaine de manifestants français et italiens, auquel s’ étaient joints les représentants internationaux de la société civile (ROCA) et l’association suisse Comité d’aide et d’orientation des victimes de l’amiante (CAOVA). Une trentaine d’associations du monde entier est représentée par des slogans et images envoyés par courrier. On ignore si les représentants du gouvernement indien on pu observer les photos de victimes indiennes mortes de l’amiante transmises par les associations indiennes. Plusieurs associations de victimes canadiennes ont symboliquement envoyé leurs messages.

Le message est clair. Il demande à tous les pays participant à la Convention de Rotterdam de respecter l’esprit et la lettre de celle-ci en inscrivant sur la liste des produits dangereux le plus grand tueur dans le monde du travail : l’amiante et en particulier la variété chrysotile qui représente 100% de l’amiante actuellement commercialisé et plus de 95% dans l’histoire de ce commerce ayant déjà provoqué plus d’un million de morts.


Sept gouvernements appuient leurs marchands d’amiante


Sept pays se sont finalement opposés à ce que les travailleurs de tous les pays soient, un peu, avertis des dangers de l’amiante chrysotile : Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Ukraine, Vietnam, Inde et Zimbabwe.

Le premier producteur, premier exportateur mondial d’amiante – la Russie – ne veut pas « d’obstacle bureaucratique » au commerce de l’amiante. Le gouvernement russe veut que ses industriels puissent déverser ses 750 000 tonnes annuelles (chiffre de 2011) sur ses pays satellites et les grands pays d’Asie. La Russie elle-même continue à utiliser massivement son amiante même si elle a « réduit » sa consommation à 250 000 tonnes par an. Quelques pays de l’ex-URSS : le Kazakhstan, lui-même producteur d’amiante (200 000 tonnes par an), le Kirghizistan et l’Ukraine ont été convaincus par le puissant voisin d’appuyer la démarche douteuse.

L’Inde est le plus grand importateur mondial d’amiante (300 000 tonnes par an) ; seule la Chine consomme encore plus d’amiante. Le gouvernement indien prend ainsi une décision extrêmement grave : refuser d’informer sa propre population des dangers de l’amiante importée. La situation en Inde est paradoxale : la Cour Suprême y a rendu un arrêt en 1995 enjoignant l’industrie de l’amiante de respecter la Convention de l’Organisation Internationale du Travail et un nouvel arrêt en 2011 où la Cour demande au gouvernement d’intervenir en matière de prévention et d’envisager l’interdiction de l’amiante. Le gouvernement indien préfère écouter ses industriels de l’amiante-ciment.

Le Vietnam importe environ 60 000 tonnes d’amiante par an, principalement en provenance de la Russie ; la législation de protection y est inexistante.

La position du Zimbabwe – seul pays africain qui continue à soutenir l’industrie (potentielle) de l’amiante, allant jusqu’à créer un « Zimbabwe National Chrysotile Taskforce » (groupe de travail national pour l’amiante chrysolite), tout un programme.

Le Brésil, troisième producteur mondial d’amiante, et le Canada, ex-numéro un de l’amiante et de la propagande mensongère sur l’amiante, se sont tous deux abstenus.


Conclusion


La Russie et le Zimbabwe n’ont que tout récemment ratifié la Convention de Rotterdam, il est aujourd’hui clair qu’ils ne l’ont fait que dans le but de la saboter. Le gouvernement de l’Inde, qui avait accepté en 2011, l’inscription de l’amiante sur la liste des produits dangereux est irresponsable et irrationnel. Les mensonges d’une poignée de représentants gouvernementaux ont donc ridiculisé une fois de plus les Nations-Unis et la Convention de Rotterdam. Le déraillement du fonctionnement de la Convention de Rotterdam est de nouveau manifeste. S’il avait fallu l’accord de chaque marchand de tabac, aucun paquet de cigarettes ne comporterait d’avertissement sur les dangers de fumer. Il est clair que la Convention de Rotterdam peut être rangée aux oubliettes des bonnes idées inutiles si elle n’adopte pas un règlement intérieur adéquat. La première mesure est bien sûr de passer outre la règle d’unanimité consensuelle. L’objectif de la Convention de Rotterdam est d’« encourager le partage des responsabilités, afin de protéger la santé des personnes et l’environnement contre les dommages éventuels ». L’attitude des gouvernements indiens et russes est donc irresponsable et témoigne d’un mépris ahurissant pour la science et la santé publique, préférant ainsi des profits immédiats et douteux. Les gouvernements raisonnables participant à la Convention de Rotterdam n’ont pas d’autres choix : ignorer les conclusions officielles de la Conférence des parties et mettre en place la prévention face au danger de l’amiante. En particulier il faudra mettre en place un contrôle douanier extrêmement strict pour tous les produits en provenance des pays qui veulent cacher les dangers de l’amiante, pour s’assurer de la non-présence d’amiante. Et enfin interdire partout ce produit mortel et inutile qu’est l’amiante chrysotile, en excluant provisoirement les pays qui ne veulent pas protéger leur population.

Des associations de victimes des cinq continents se sont associées à la manifestation organisée par l’ANDEVA et l’AFEVA et aux protestations au sein de la conférence, coordonnées par ROCA.

(EUROPE)  FRANCE
- Association Nationale de Défense des Victimes de l’amiante (ANDEVA)

ITALIE
- Associazione Familiari Vittime Amianto (AFEVA)

ESPAGNE
- Fédération des associations de victimes (FEDAVICA)

Royaume-Uni
- Asbestos victims support groups Forum UK   BELGIQUE
- Association Belge des Victimes de l’Amiante (ABEVA)   ALLEMAGNE
- Asbestos victims association, Hamburg  

(ASIE)  
- Asian Network for the Rights of Occupational and Environmental Victims (ANROEV))   INDE  
- Occupational Health & Safety Association, (Ahmedabad, Gujarat)
- Occupational and Environmental Health Network of India (OEHNI)   JAPON  
- Japan Association of Mesothelioma and Asbestos-related Disease Victims & Their Families
- Association for the Rights of Industrial Accident Victims

CORÉE

- Korean Association of Asbestos Mine Victims
- Korean Association of Mesothelioma Victims
- Busan Association of Asbestos Victims in Korea
- National Association of Asbestos Victims in Korea   HONG KONG
- Hong Kong Association for the Rights of Industrial Accident Victims (ARIAV)

(AMÉRIQUES)

CANADA :  
- Area Fund (Asbestos-related Research, Education & Advocacy Fund
- Saskatchewan Asbestos Disease Awareness Organisation (SADAO)
- Canadian Society for Asbestos Victims (CANSAV)
- Victims of Asbestos/Industrial Disease, Canada
- Canadian Voices of Asbestos Victims USA
- Asbestos Disease Awareness Org (ADAO)  
- A Walk to Remember Victims of Asbestos (Canada et USA)

ARGENTINE
- Associacíon argentina de expuestos al Amianto (AS.AR.E.A.)

BRÉSIL
- Associação Brasileira (ABREA)

PÉROU
- Agrupación Peruana de Expuestos y Victimas del Asbesto (APEVA)

  (AFRIQUE)

AFRIQUE DU SUD
- Asbestos Interest Group in Kuruman

(OCÉANIE)

AUSTRALIE
- Asbestos Disease Society of South Australia (ADSSA)
- Gippsland Asbestos Related Diseases Support Inc. (GARDS)