Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Convention de Rotterdam 2013 : Avec un mépris cynique de la vie humaine, la Russie et l’Inde ont bloqué l’inscription de l’amiante chrysotile comme produit dangereux !

13 mai 2013

COMMUNIQUE DE PRESSE

Paris, le 12 mai 2012

Placée sous l’égide des Nations Unies, la Convention de Rotterdam, qui regroupe 152 pays, fait obligation à l’exportateur d’un produit à haut risque d’informer le pays importateur du danger et de recueillir son accord préalable. Toutes les variétés d’amiante sont inscrites sur la liste des produits dangereux, sauf l’amiante chrysotile qui représente 95% de l’amiante produit depuis un siècle et 100% de l’amiante commercialisé aujourd’hui.

A trois reprises, le Canada a réussi à bloquer son inscription.
À Genève en mai 2013, c’est la Russie, principal pays exportateur au monde (750 000 tonnes par an), qui a pris le relais. L’Inde, principal consommateur (300 000 tonnes par an), a soutenu cette manœuvre sordide, avec l’appui du Kazakhstan, du Kirghizistan, de l’Ukraine, du Zimbabwe et du Vietnam. Leurs mensonges éhontés sur l’innocuité de ce matériau cancérogène – contredits par l’Organisation mondiale de la Santé, l’Union Internationale contre le Cancer, les sociétés savantes et même le comité scientifique de la Convention - ont une fois de plus ridiculisé les Nations Unies et la Convention de Rotterdam.

La règle d’unanimité a permis à une poignée d’États (7 sur 152) d’empêcher l’inscription du plus grand tueur industriel de la planète. Indifférents aux tragédies humaines qu’ils préparent, les dirigeants de ces pays ont délibérément fait passer le profit de leurs marchands d’amiante avant la santé des peuples et la préservation de l’environnement.

Cacher les dangers d’un matériau mortel pour mieux le vendre est une politique cynique et criminelle, aux antipodes des principes de la Convention de Rotterdam. Aujourd’hui, devant la Cour d’appel de Turin, c’est pour avoir sciemment dissimulé les dangers de l’amiante-ciment que deux hauts dirigeants d’Eternit, condamnés à 16 ans de prison en première instance, seront rejugés en appel.

Des victimes de l’amiante du monde entier ont exprimé leur indignation et leurs demandes : Le 7 mai, un rassemblement international s’est tenu sur la Place des Nations à Genève, à l’appel de l’Andeva (association nationale de défense des victimes de l’amiante en France), l’Afeva (association des familles de victimes italiennes) et ROCA (Rotterdam Convention Alliance) : une grosse centaine de manifestants venus de France et d’Italie, ainsi que des représentants d’associations d’autres pays (Suisse, Angleterre, Allemagne, Brésil, Canada, Japon…). Une émouvante lettre a été envoyée à la présidente de la Convention par Romana Blasotti Pavesi, la présidente de l’AFeVA, qui a perdu 5 membres de sa famille tués par l’amiante. Une trentaine d’associations de victimes et de la société civile de tous les continents s’étaient associés à cette démarche. Des photos de victimes indiennes mortes de l’amiante avaient été transmises par les associations de ce pays. Plusieurs associations de victimes canadiennes avaient envoyé des messages.

Tous portaient la même demande : les participants à la Convention de Rotterdam doivent en respecter l’esprit et la lettre. Ils doivent inscrire l’amiante chrysotile.

La Convention de Rotterdam ne l’a pas fait. Elle connaît aujourd’hui une crise grave et malheureusement prévisible. Il faut en tirer les leçons.
La Russie et le Zimbabwe n’ont ratifié cette convention que tout récemment. Il est aujourd’hui clair qu’ils ne l’ont fait que dans le but de la saboter. Le gouvernement de l’Inde qui avait accepté en 2011 l’inscription de l’amiante sur la liste des produits dangereux la combat aujourd’hui d’une façon irresponsable et irrationnelle.

La règle d’unanimité engendre la paralysie et le discrédit de la Convention. Il faut passer outre. S’il avait fallu l’accord de chaque marchand de tabac, aucun paquet de cigarettes ne comporterait d’avertissement sur les dangers de fumer.

Les gouvernements soucieux de Santé publique, qui participent à la Convention de Rotterdam n’ont pas d’autre choix : ignorer les conclusions officielles de la Conférence des parties et mettre en place la prévention face au danger de l’amiante.

En particulier il faudra mettre en place un contrôle douanier extrêmement strict pour tous les produits en provenance des pays qui veulent cacher les dangers de l’amiante, pour s’assurer de la non-présence d’amiante.
Et enfin interdire partout ce produit mortel qu’est l’amiante chrysotile, en excluant provisoirement les pays qui ne veulent pas utiliser d’autres moyens et protéger leur population.