Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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« Â Comment accepter que le Fiva, créé pour  aider les victimes, leur envoie les huissiers ?  »

13 septembre 2012

PREMIÈRES LEÇONS D’UNE LONGUE ET DIFFICILE BATAILLE POUR LA DIGNITÉ

Suite à un imbroglio juridique, la Cour d’appel de Douai avait réclamé à des victimes de l’amiante d’importantes indemnisations qu’elle leur avait elle-même accordées trois ans plus tôt, et qu’elles pouvaient de bonne foi considérer comme acquises. Cette situation humainement et financièrement insupportable était le résultat d’une manœuvre déloyale de la direction du Fiva, qui a engagé une véritable croisade contre les victimes. Leur mobilisation avec la Fnath et l’Andeva a permis de mettre cette injustice en échec En tant que président de l’Ardeva Nord-Pas-de Calais et de l’Andeva, Pierre Pluta a été aux avant-postes. Il tire les leçons de ce combat qui s’est terminé par une victoire.


Que veux-tu retenir de ces longs mois de lutte ?

J’ai participé à bien de combats de l’Andeva. Jamais je n’oublierai celui-là.
La première chose qui m’a marqué - et je ne suis pas le seul - ce sont les propos blessants tenus au tribunal par l’avocat du Fiva, avec un mépris insupportable pour les victimes. Nous avons plusieurs fois quitté la salle. Nous n’acceptions pas qu’on nous présente comme des comédiens, des délinquants, des tricheurs des profiteurs... C’était la négation de nos souffrances, de toutes ces vies brisées, toutes ces familles anéanties.
Comment accepter qu’un Fonds créé pour assurer une indemnisation rapide et intégrale aux victimes, se retourne contre elles et leur envoie des huissiers ?
La deuxième chose qui m’a marqué c’est l’extraordinaire mobilisation et le formidable mouvement de solidarité qui nous a soutenus : des associations de l’Andeva de toutes les régions sont venues. Certaines ont traversé la France pour venir à Dunkerque ou à Douai.
Durant cette période, j’ai apprécié le travail collectif du conseil d’administration de l’Ardeva, celui du bureau et du C.A. de l’Andeva. Pour analyser la situation, écrire des communiqués, décider et préparer des initiatives, les qualités complémentaires des uns et des autres ont été mises à contribution... C’est l’Andeva comme je l’aime.

Dans ce combat nous n’étions heureusement pas seuls.

Nous avons eu des alliés actifs et fidèles.
Je veux d’abord saluer nos amis de la Fnath qui ont toujours été à nos côtés : l’union des victimes de l’amiante et des victimes du travail a été un formidable levier.
Je veux aussi rendre hommage à tous les élus qui nous ont soutenus. Dans notre région, il y a eu d’innombrables messages, coups de téléphone, motions votées par des conseils municipaux… Des élus étaient à nos rassemblements et même à une audience du tribunal avec leurs écharpes tricolores…
Nous nous sommes sentis portés, soutenus par la population qui n’a pas admis la façon dont les victimes ont été traitées.
L’affaire a pris une dimension nationale avec les prises de position de plusieurs candidats à l’élection présidentielle et la motion signée par plus de 400 parlementaires (députés et sénateurs de l’opposition et de la majorité) qui demandaient au Fiva d’accorder une remise gracieuse aux personnes déjà jugées et de renoncer à ce harcèlement judiciaire.

C’était du jamais vu…

Oui, et cette motion a pesé lourd par la suite.
Ce soutien vient de loin. J’ai encore en mémoire la rencontre de 200 veuves et victimes de l’amiante avec des parlementaires le 19 octobre 2010 à l’Assemblée nationale. Patrick Roy, qui présidait alors le groupe amiante de l’assemblée m’avait dit combien leurs témoignages avaient bouleversé les députés et les sénateurs présents.

La solidarité a été grande dans le pays, mais au conseil d’administration du Fiva, les représentants de l’Andeva et de la Fnath se sont retrouvés bien seuls.

Oui, malheureusement. Nous aurions aimé mener ce combat au coude à coude avec les représentants des confédérations syndicales et prendre une position commune, comme nous l’avions déjà souvent fait depuis dix ans. Cela n’a pas été le cas et je le regrette, car l’enjeu de cette bataille était important.
Les actions judiciaires nous avaient souvent permis d’obtenir des majorations importantes des offres du Fiva. En menant ce combat douteux contre les victimes, la direction du Fiva voulait leur adresser un message très clair : arrêtez d’aller en Justice ! Contentez-vous de ce le Fiva vous offre, même si vous pensez que c’est insuffisant !
Ceux qui sont restés en dehors de ce combat ont pris leurs responsabilités. En le menant avec nos amis de la Fnath, nous avons pris les nôtres. Nous pensons que les organisations syndicales ont mieux à faire que de signer des déclarations communes avec le Medef pour critiquer les associations. J’espère que tout cela ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir, et que nous pourrons nous retrouver sur le seul terrain qui devrait nous rassembler : celui de la défense des victimes.

Comment-vois tu la suite ?

Nous avons remporté une importante victoire. C’est un acquis de la bataille que l’Andeva et la Fnath ont mené ensemble. Personne ne l’oubliera. Mais la lutte n’est pas terminée. Il reste à régler quelques cas particuliers douloureux, pour lesquels le conseil d’administration du Fiva devrait rechercher des solutions humaines.
Concernant le Fiva, la priorité est maintenant de remettre cet organisme sur de bons rails. Il doit retrouver un fonctionnement cohérent, respectueux des victimes et les indemniser en respectant les délais légaux.
Nous allons aussi relancer le combat pour un grand procès pénal de l’amiante.



Article paru dans le Bulletin de l’Andeva n°40 (septembre 2012)