Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

Vous êtes ici : Accueil » L’ANDEVA » Le Bulletin de l’Andeva » Numéro 35 (avril 2011)

Canada

13 avril 2011

- Les nuages s’accumulent
- Les syndicats au Québec
- Une lettre du Dr Morris Greenberg
- Philippes,Chine


- 

CANADA :

LES NUAGES S’ACCUMULENT

sur les têtes de l’industrie minière de l’amiante

Le gouvernement québécois tergiverse encore et hésite depuis plus d’un an à accorder une garantie de prêt de 58 millions de dollars aux repreneurs éventuels de la Mine Jeffrey près de la ville d’Asbestos. Le projet insensé de relancer pour une vingtaine d’années la dernière mine d’amiante en activité au Canada reste donc en suspens.

Les principaux clients du Québec, l’Inde, l’Indonésie, la Thaïlande commencent à se préoccuper des ravages causés par l’amiante chrysotile.
L’amiante au Québec a perdu le soutien du principal parti canadien d’opposition dirigé par Ignatieff, mais il garde le soutien apparemment indéfectible d’Harper, actuel premier ministre canadien et de Charest, premier ministre québécois.

Manœuvres et louvoiements du Québec.

Le gouvernement du Québec s’est d’abord défaussé sur les élus locaux de la région d’Asbestos, qui (surprise ?) ont approuvé la relance de la mine d’amiante en incluant des « clauses-parapluie » comme l’obligation pour le Canada de s’assurer que l’amiante exporté sera utilisé de manière « sécuritaire » ou « selon les normes du Québec ».
Le ministre du Développement économique Clément Gignac propose hypocritement de faire inspecter les usines indiennes par des spécialistes québécois.

Dernière manoeuvre : les autorités québécoises ont confié à Normand Paulin, de la Commission de santé et sécurité du travail (CSST), une mission visant à cautionner les exportations d’amiante.
Parallèlement, le gouvernement fédéral a discrètement supprimé la subvention annuelle de 250 000 dollars à l’Institut du chrysotile, à l’occasion d’un vaste programme de restrictions budgétaires.

« Monsieur Amiante » défend « sa » mine.

Le président de la Mine Jeffrey, Bernard Coulombe lance des annonces contradictoires.
En juin 2010, pour faire pression sur les politiques du Québec, il réclame un prêt de 58 millions de dollars « pour sauver les emplois ».

En mars 2007, il dit ne plus avoir besoin du prêt (Il serait allé en Chine relancer un groupe chinois qui voulait investir 40 millions dans la mine souterraine d’amiante en 2009, et s’était finalement désisté).
Bernard Coulombe s’est aussi payé une page de publicité mensongère dans la presse (« le chrysotile démystifié »). Elle commence par ces mots : « Chaque être humain respire environ 10 000 fibres de chrysotile par jour sans effet mesurable sur sa santé ». Affirmation mensongère basée sur un chiffre scientifiquement grotesque.

En fait les investisseurs potentiels (chinois ou autres) regardent avec inquiétude les gouvernements des pays d’Asie clients s’éveiller aux problèmes de santé publique liées à l’utilisation de l’amiante.
Le commerce de l’amiante était plus facile et florissant quand les populations de ces pays étaient maintenues dans l’ignorance totale des dangers.
C’est encore largement le cas, mais cela commence à changer.

Des médecins veulent fermer la mine Jeffrey .

Les associations de médecins et de santé publique, la société canadienne du Cancer ont demandé aux autorités de tirer la conclusion des données scientifiques irréfutables : le Canada doit cesser de produire et exporter son amiante.
Ce consensus remarquable a été amplifié par la communauté scientifique internationale. Une pétition de médecins et scientifiques du monde entier est parvenue aux autorités canadiennes. Les revues britanniques Nature et le Lancet ont publié des textes critiquant la position canadienne et ses conséquences dramatiques sur la mortalité dans les pays en développement.
Les autorités sanitaires canadiennes accordent davantage d’importance aux législations de prévention contre les risques dus à l’amiante en place. Ainsi l’organisme de sécurité au travail de la province de Colombie Britannique vient de fermer 30 chantiers pour violation de la réglementation concernant l’enlèvement de l’amiante lors d’une rénovation ou de la démolition d’un bâtiment.


- 

LES SYNDICATS AU QUÉBEC

Premiers revirements, première prise de conscience

La Confédération des syndicats nationaux (CSN), deuxième
centrale syndicale du Québec, a pris position en faveur de
l’interdiction de l’amiante.

Evoquant les exportations d’amiante en Inde, sa présidente précise « Le gouvernement québécois parle de superviser l’inspection dans ce pays des usines qui utilisent la fibre du Québec. Est-ce crédible alors même qu’on peine à avoir des inspecteurs sur nos propres chantiers ? ».

C’est un changement majeur ayant une portée pratique et symbolique capitale. La collusion entre une grande partie du mouvement syndical québécois et l’industrie de l’amiante a toujours été un aspect essentiel du problème de l’amiante au Canada. Ainsi le directeur de l’Institut du Chrysotile, Clément Godbout, a été, de 1981 à 1998, vice-président puis président de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ).

La position de la CSN a provoqué des déclarations étonnantes des dirigeants de la FTQ qui l’accusent de « trahison » (sic) pour cesser de défendre le chrysotile. Ces « syndicalistes » semblent avoir perdu les notions élémentaires : un syndicat est censé défendre les travailleurs, pas le produit et les bénéfices des patrons de l’entreprise, et surtout pas au détriment de la santé publique.


- 

Une lettre du Dr Morris Greenberg

La Revue canadienne de Santé Publique a publié une lettre du Dr Morris Greenberg, qui félicite la revue, la Société Canadienne du Cancer et l’Association Médicale du Canada pour s’être alignées sur les Agences des Nations Unies et de la Communauté Européenne en demandant l’élimination de l’utilisation et de l’exportation de l’amiante ainsi que des mesures adaptées concernant l’amiante en place. En voici des extraits.

« Le Canada a dépensé des millions de dollars pour financer des institutions qui répètent : Tout va très bien, madame la Marquise »

« Il reste encore à faire que le Canada cesse de contribuer à une épidémie dont il assure la promotion depuis plus d’un siècle. Plusieurs millions de dollars ont été dépensés pour des institutions canadiennes qui rapportent régulièrement que : “…à part ça, madame la Marquise, Tout va très bien, tout va très bien”.. » Le déni a été la position du Canada dès 1912 et continue d’être le fond de commerce des lobbyistes. Les enquêtes sur les effets néfastes du chrysotile par la Province du Québec en 1976 et la Commission Royale de l’Ontario en 1984 ont été des exercices efficaces de relations publiques. Ils n’ont ni provoqué de scandale ni ralenti les exportations. Des déclarations affirmant qu’il existe un doute intellectuel honnête sur la nécessité d’une interdiction mondiale ont été encore faites par L’Association Médicale Canadienne en 2001. On pourrait exiger du Canada qu’il fasse amende honorable en établissant une Commission de Vérité constituée d’un prestigieux « panel d’experts ». Son but serait de recenser les facteurs qui ont permis de continuer la production d’amiante pendant plus de cent ans, malgré les preuves qui s’accumulaient. Une telle instance pourrait déterminer quelles leçons tirer de l’épidémie due à l’amiante et fournir un guide pour que l’histoire ne se répète pas. »


- 

PHILIPPINES

L’Amiante interdit dans 3 ans ?

Un projet de loi interdisant l’amiante dans un délai de trois ans avec arrêt progressif a été déposé.
Il inclut la création d’un suivi médical pour les travailleurs exposés.
Ce projet a été approuvé par le comité environnement de la chambre des députés, mais le chemin législatif est encore long et plein d’embûches.

CHINE

Premières restrictions à l’utilisation d’amiante

Premier consommateur, deuxième producteur d’amiante du monde, la Chine a pris quelques mesures restreignant son utilisation : la fabrication de freins et embrayages en amiante est interdite depuis 2003.
Il sera interdit, à partir de juin 2011 d’utiliser l’amiante dans les panneaux et murs de nouvelles constructions.
On est encore très loin de l’interdiction de l’amiante mais ces mesures devraient au moins diminuer la consommation d’amiante.
Dans les constructions de prestige pour les jeux olympiques (Pékin 2008) ou les jeux asiatiques (Canton 2010), l’utilisation d’amiante a été proscrite par les autorités chinoises.


Article paru dans le bulletin de l’Andeva n°35 (avril 2011)