Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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COLLEGIUM RAMAZZINI

10 janvier 2016
Auteur(e) : 

180 médecins de 35 pays prennent position :

Le Collegium Ramazzini réaffirme la nécessité d’une interdiction mondiale de l’amiante chrysotile

Dans une déclaration récente, le Collegium
évoque la dimension mondiale de l’épidémie
sanitaire et prévoit qu’il faudra attendre une
décennie pour atteindre le pic des maladies
liées à l’amiante dans les pays industrialisés
et sans doute plusieurs dans les autres pays.
Nous publions des extraits de ce document
qu’on peut télécharger sur le Net.

« L’épidémie de pathologies provoquées par l’amiante atteint aujourd’hui une dimension mondiale »

Toutes les variétés d’amiante sont cancérogènes

Le Collegium rappelle que
« Chaque fibre d’amiante
extraite est indestructible et
peut donc exposer de façon
répétée un grand nombre
de personnes au cours d’un
cycle d’utilisation qui va de
l’extraction à la production,
au transport, à l’utilisation,
à la réparation et à la destruction.
 »

« L’Organisation mondiale
de la Santé (OMS) a souligné
que toutes les formes
d’amiante, y compris le
chrysotile, sont à l’origine
d’un risque accru de cancer
du poumon, du larynx et de
l’ovaire, de mésothéliome
et d’asbestose ».
Elle a
appelé à l’élimination des
matériaux contenant de
l’amiante.

Ce point de vue a été confirmé
par le Centre international
de Recherche sur le
Cancer (CIRC) et l’Organisation
internationale du
Travail (OIT).

Deux millions de tonnes par an encore utilisées

Or, malgré des données
scientifiques de sa cancérogénicité,
« deux millions
de tonnes d’amiante chrysotile
continuent d’être utilisées
chaque année dans le
monde ».

Une poignée de pays se
sont opposés avec succès
à l’inscription de l’amiante
chrysotile sur la liste PIC
des substances dangereuses
de la Convention de
Rotterdam qui impose aux
pays exportateurs d’obtenir
un consentement éclairé
préalable des pays importateurs
après les avoir informés
des dangers.

107 000 décès chaque année

Le Collegium Ramazzini
estime que « l’exposition
professionnelle à l’amiante
provoque environ 107.000
décès chaque année dans
le monde ».
Les estimations
peuvent varier mais le
fardeau sanitaire des maladies
liées à l’amiante est
« plus susceptible d’être
sous-estimé que surestimé,
parce que ces maladies
sont sous-diagnostiquées
 ».

Le rythme des interdictions se ralentit

« Depuis l’Islande, premier
pays a avoir introduit
une interdiction de tous les
types d’amiante en 1983,
plus de 50 pays ont pris
des mesures d’interdiction
 », poursuit le Collegium.
Mais le rythme des interdictions
s’est ralenti avec des
retours en arrière durant la
dernière décennie, dus à
l’influence corruptrice des
lobbyistes de l’industrie.

« Dans 9 des 10 pays les
plus peuplés au monde,
qui utilisent ou ont utilisé
des quantités importantes
d’amiante, des mesures
d’interdiction restent encore
à adopter. La part de
la population mondiale protégée
par ces mesures d’interdiction
reste donc faible.
Elle concerne surtout des
pays industrialisés. »

L’effrayant fardeau sanitaire de l’épidémie

La progression des mésothéliomes
ne se ralentit que
dans les pays qui ont réduit
l’utilisation de l’amiante il
y a plusieurs décennies.

« Dans les pays qui continuent
à utiliser l’amiante
l’épidémie se prolongera
inévitablement. Vu la synergie
entre amiante et
tabac, de nombreux pays
en voie de développement,
où coexistent un tabagisme
élevé et une utilisation de
matériaux amiantés devront
assumer un lourd fardeau
de cancers du poumon. »

« Le pic de maladies liées à
l’amiante ne sera probablement
pas atteint avant au
moins une décennie dans
les pays les plus industrialisés
et plusieurs décennies
dans les autres pays.
Il s’agit donc bien d’un problème
mondial de santé
publique. »

Un lourd héritage du passé

« La première priorité est la
prévention primaire : interdire
l’amiante dans tous les
pays où il est encore utilisé.
 »

Dans les pays industrialisés,
où de grandes quantités
d’amiante sont dans
des milliers d’écoles, de
maisons et de bâtiments
commerciaux : « il faut
documenter et signaler la
présence d’amiante dans
les bâtiments et les équipements
industriels pour
éviter l’exposition lors de
travaux d’entretien, de réparation
et de démolition. »

Il faut aussi légiférer pour
protèger les travailleurs du
désamiantage ou des déchèteries,
leur assurer une
formation spécialisée et un
suivi médical.

Des défis coûteux pour les soins et l’indemnisation

Le développement de l’épidémie
impose de relever
des défis coûteux pour
développer des « biomarqueurs
permettant une détection
précoce du mésothéliome
et la mise au point
de traitements efficaces »,

mais aussi pour l’indemnisation
des victimes de
l’amiante et de leurs familles.

L’importance d’une coopération internationale

Les Etats doivent élaborer
« des stratégies pour identifier
les travailleurs qui ont
été ou sont encore exposés
à l’amiante, quantifier leur
exposition, et les enregistrer
pour pouvoir suivre leur
état de santé et celui de
leur famille. »

Les pays industrialisés
doivent partager le capital
d’expériences, le savoir-
faire technologique
et l’expertise scientifique
qu’ils ont accumulés avec
les pays en transition vers
l’interdiction de l’amiante.

Cette collaboration internationale
devait être impulsée
« par les organisations
internationales et la communauté
scientifique »
et
« impliquer les praticiens,
les chercheurs, les administrateurs
et la société
civile ».

Une approche de santé globale

« Tous les pays ayant utilisé
l’amiante connaissent
une épidémie de maladies,
dont le développement est
fonction soit des quantités
utilisées autrefois et
de la date d’interdiction (si
l’amiante y a été interdit)
soit du niveau d’utilisation
actuel (si l’amiante n’a pas
été interdit).

Etendre les interdictions
nationales dans les pays
en voie de développement
et réduire le fardeau des
maladies liées à l’amiante
dans les pays industrialisés
doivent être aujourd’hui les
objectifs à court terme.
Ces maladies étant à 100%
évitables, atteindre zéro
nouveau cas devrait être
l’objectif ultime tant pour
les pays industrialisés que
pour les autres.

La pandémie de maladies
liées à l’amiante doit être
une priorité internationale
urgente pour la santé des
travailleurs et la santé publique.
 »

http://www.collegiumramazzini.org/


Le Collegium Ramazzini

C’est une société scientifique internationale
spécialiste des questions liées
à la médecine du travail et de l’environnement
dans une optique de prévention
et de promotion de la santé.

Bernardino Ramazzini, le père de la
médecine du travail, était un professeur
de médecine des universités de
Modène et de Padoue à la fin des années
1600 et début des années 1700.

Le Collegium est composé de 180 médecins
et de scientifiques de 35 pays,
qui se prononcent en toute indépendance
par rapport aux intérêts commerciaux.

Depuis 1993, le Collegium a appelé
à maintes reprises à une interdiction
mondiale de l’extraction, la fabrication
et l’utilisation de toutes les variétés
d’amiante.

Cette position a été prise sur la base
de données scientifiques prouvant que
toutes les variétés d’amiante - chrysotile
inclus - sont cancérogènes et qu’il
n’existe pas de seuil en-dessous duquel
il n’y aurait pas risque de cancer.

Il a dénoncé le caractère fallacieux des
campagnes de promotion de l’usage
« contrôlé » de ce matériau par les
industriels de l’amiante.


Des alternatives existent

« Dans les pays où l’amiante a été
interdit, des matériaux de substitution
sûrs et rentables ont été trouvés.
Des fibres d’alcool polyvinylique et des
fibres de cellulose peuvent remplacer
l’amiante dans des plaques en fibresciment
(plates et ondulées) utilisées
dans les toitures, les murs intérieurs et
les plafonds.

Pratiquement toutes les fibres de cellulose
et polymères utilisées pour ces
plaques ont un diamètre supérieur à 10
microns et ne peuvent être inhalées. »

« Des tuiles en béton léger peuvent
être fabriquées en utilisant du ciment,
du sable et du gravier ; en y adjoignant
éventuellement des fibres végétales
disponibles localement telles que le
jute, le chanvre, le sisal, les noix de
palme, la fibre de coco, le kenaf, et la
pâte de bois. Les tuiles d’acier galvanisé
ou d’argile peuvent être aussi des
matériaux alternatifs.

« On peut remplacer les tuyaux en
amiante-ciment par des tuyaux de
fonte ou de polyéthylène haute densité.
Ces matériaux sont plus sûrs que
l’amiante. Mais les personnes qui les
manipulent doivent se conformer à de
bonnes pratiques en les utilisant. »


Bulletin de l’Andeva N°50 (janvier 2016)