Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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CANCERS DE L’AMIANTE : ECRIRE L’AVENIR (DOSSIER) - O๠en est-on ?

21 mai 2016

CANCERS DE L’AMIANTE : ÉCRIRE L’AVENIR

Médecins et malades débattent et proposent

OU EN EST-ON ?


- Pr Christophe PARIS : Maladies de l’amiante : le pic est-il atteint ?
- Annabelle GILG SOIT ILG : Mésothéliome : les données du PNSM
- Pr Arnaud SCHERPEREEL : Cancer bronchique, mésothéliome : Quoi de neuf dans les traitements ?
- Pr Bernard MILLERON, Pr Alain CHAMOUX, Alain BOBBIO : Personnes exposées et victimes : Quel suivi médical ?


Maladies de l’amiante : le pic est-il atteint ?

Pendant des décennies les maladies liées à l’amiante ont connu une progression continue, qui suivait - à 30 ans de distance - la courbe du tonnage des importations d’amiante en France.

Une décrue s’est-elle amorcée ? Quelles prévisions peut-on faire ?

Le Pr Christophe Paris, directeur de recherches à l’Inserm, note que le nombre total de maladies professionnelles reconnues est en baisse, mais précise que la tendance n’est pas la même pour toutes les maladies.

Pour l’asbestose pulmonaire liée à de forts niveaux d’expositions, la baisse est nette.

Mais pour les cancers du poumon et de la plèvre, le pic d’incidence ne sera sans doute atteint que vers 2020.

Pour les plaques et les épaississements pleuraux, le nombre de maladies indemnisées est en baisse.

Est-ce vraiment le nombre réel des fibroses pleurales qui diminue ou leur visibilité sociale qui recule avec la régression du suivi médical post-professionnel ? La question mérite d’être posée.

Les statistiques officielles sous-estiment le nombre réel de maladies liées à l’amiante, qui sont à la fois sous-diagnostiquées et sous-déclarées.
Quelles projections peut-on faire pour l’avenir ?

Si l’on prend en compte le nombre total réel de maladies liées à l’amiante, nous sommes encore vraisemblablement sur une phase de « plateau » et pas encore dans une phase de décrue.

Quand une décrue interviendra, il est probable que le nombre total de maladies ne décroîtra pas aussi vite que le nombre de tonnes d’amiante importées 30 ans plus tôt.


Annabelle GILG SOIT ILG :
Mésothéliome : les données du PNSM

Le PNSM (Programme national de surveillance du mésothéliome) a été créé en 1998. Il couvre aujourd’hui 21 départements.

Annabelle GILG SOIT ILG, épidémiologiste à l’Institut de veille sanitaire (InVs), présente ses objectifs et son fonctionnement.

Les diagnostics sont validés par les experts anatomopathologistes de Mesopath. Les expositions sont évaluées par une interview basée sur un questionnaire analysé par des hygiénistes industriels. Des échanges ont lieu avec les CPAM et avec le Fiva.

L’âge moyen au diagnostic est de 72 ans. 13% des patients ont moins de 60 ans. L’incidence nationale a augmenté de 15% entre 1998-2000 et 2009-2011.

L’exposition professionnelle à l’amiante est considérée comme probable dans 91% des cas pour les hommes, et
46 % pour les femmes. Les expositions non professionnelles sont retrouvées dans 3% des cas chez les hommes et 33% chez les femmes. Dans 28% des cas, aucune exposition n’est retrouvée.

Parmi les métiers les plus exposés, on retrouve ceux de tuyauteur, chaudronnier, tôlier, plombier, chauffagiste, soudeur sur métaux.

Parmi les cas, relevant du régime général de Sécurité sociale, 62% ont déclaré une maladie professionnelle, 58% ont engagé un recours auprès du Fiva. 26% n’ont fait aucune démarche pour faire valoir leurs droits.

Il y a donc encore beaucoup à faire pour faire reculer la sous-déclaration de cette maladie.


Pr Arnaud SCHERPEREEL :
Cancer bronchique, mésothéliome :
Quoi de neuf dans les traitements ?

Les cancers thoraciques de l’amiante sont des cancers agressifs, souvent détectés tardivement et de mauvais pronostic. Y a-t-il des avancées dans les traitements de ces pathologies ?

Des informations encourageantes ont été présentées par le Pr Arnaud SCHERPEREEL, responsable de la pneumologie et de l’oncologie thoracique au CHRU de Lille, centre national expert du réseau MESOCLIN.

Des progrès modestes mais réels ont été accomplis : une meilleure connaissance des mécanismes fondamentaux du cancer, une prise en charge mieux codifiée, la mise au point de nouveaux traitements et la création de centres experts coordonnés et multidisciplinaires.

L’association cisplatine-pemetrexed (Alimta) est toujours recommandée. comme traitement de première ligne pour le mésothéliome.

Plusieurs traitements de deuxième et troisième lignes sont en cours d’évaluation par des essais cliniques.

L’essai MAPS associant l’Avastin (Bevacizumab) à une chimio classique a pu améliorer la survie globale.

Un essai MAPS 2 débute le 16 mars 2016 (nivolumab).

Un essai européen (H2020) est prévu fin 2016 à Lille.

On entre dans une nouvelle ère avec la biologie moléculaire et l’immunothérapie.

La chirurgie lourde est très contestée. On retourne à une chirurgie plus légère combinée à une chimio et/ou à des thérapies ciblées.

Une thérapie photodynamique associée à la chirurgie est en cours d’expérimentation à Lille.

Un nouveau groupe d’experts européens va se réunir pour actualiser les recommandations sur la prise en charge du mésothéliome.

Il faut travailler à développer des outils de diagnostic précoce, de nouveaux traitements et de nouvelles stratégie thérapeutiques. Les associations peuvent aider au recrutement de patients volontaires pour des essais cliniques.


Pr Bernard MILLERON, Pr Alain CHAMOUX, Alain BOBBIO :
Personnes exposées et victimes :
Quel suivi médical ?

Le Pr Bernard MILLERON, président honoraire de l’Intergroupe francophone de cancérologie thoracique, dit que pour un dépistage efficace la maladie doit être fréquente, grave, et détectable à un stade où elle est curable par un traitement efficace.

Une étude du NLST sur le suivi de gros fumeurs par scanner faible dose donne une baisse de 20% de la mortalité. La question du dépistage du cancer bronchopulmonaire est posée. Ce suivi doit s’appuyer sur des centres multidisciplinaires capables de veiller à l’information, à la qualité de l’imagerie médicale, au suivi des nodules, au sevrage tabagique...

La Direction générale du travail recommande d’expérimenter le dépistage de ce cancer par scanner faible dose chez les sujets à risques ayant été exposés à des cancérogènes pulmonaires.

Le Pr Alain CHAMOUX, responsable du service de médecine du travail et de la consultation de pathologies professionnelles au CHU de Clermont-Ferrand, tire le bilan de 19 ans de suivi des ex-salarié-es d’Amisol et d’Everitube par un scanner faible dose, un examen clinique et des explorations fonctionnelles respiratoires (EFR) tous les deux ans. 73% des salariés suivis ont des plaques pleurales. Des cancers ont été repérés et traités. Une nouvelle génération de scanners « ultra-low-dose » apparaît.

Alain BOBBIO, secrétaire national de l’Andeva note un écart entre les critères d’un dépistage et ceux d’un suivi médical des personnes exposées à l’amiante. Pour elles, le suivi c’est d’abord le droit de connaître leur état de santé et d’être accompagnées.

Le protocole réglementaire devrait être revu, avec tous les deux ans un examen clinique, un scanner faible dose et des EFR. Les porteurs de plaques pleurales devraient rester dans le cadre collectif du suivi post-professionnel comme en Auvergne. Ce suivi devrait être organisé localement et s’appuyer sur un travail en réseau de tous les acteurs de terrain.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva No 51 (mai 2016)


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