Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Brésil

13 septembre 2012

- L’Amiante en débat au Tribunal Suprême
- Recife : les victimes de Brasilit s’organisent


BRÉSIL

L’amiante en débat au Tribunal Suprême fédéral

Août 2012. le Tribunal Suprême de Brasilia va se pencher sur la question de l’amiante.

Deux audiences publiques (24 et 31 août) verront les dépositions d’un côté des invités de l’Instituto Brasileiro do Crisotila et du syndicat de l’amiante-ciment et de l’autre les invités l’association des victimes et exposés à l’amiante (ABREA).

Les enjeux en termes de santé et vie humaine sont considérables, même si les défenseurs de l’amiante souhaitent placer le débat sur le plan économique.

Le cadre juridique

La loi fédérale du 1er juin 1995) reconnait la nocivité de toutes les variétés d’amiante mais n’interdit que les amphiboles.

Elle renvoie à des accords syndicats-entreprises les mesures de sécurité (en pratique la loi n’impose aucune précaution concernant l’amiante).

Plusieurs états du Brésil ont jugé que cette loi ne permettait pas d’assurer la sécurité des travailleurs et mettait en péril la santé publique.

L’état de São Paulo a été le premier à interdire l’amiante par une loi du 26 juillet 2007, suivi par les états de Rio de Janeiro, Rio Grande do Sul, Pernambuco et Mato Grosso.

Ainsi l’amiante chrysotile est interdit dans les états les plus importants économiquement du Brésil et représentant plus de 40 % de la population.
Cette situation déplait à Eternit et à la société minière SAMA, épaulées par l’Institut brésilien du chrysotile. D’où une bataille juridique dont l’enjeu (santé publique contre intérêts économiques particuliers) n’est pas toujours clair pour l’opinion publique.

Deux procédures sont en cours devant le Suprême Tribunal Fédéral (STF).

- Une procédure engagée par l’Institut du Chrysotile vise à annuler la loi d’interdiction de l’amiante dans l’état de São Paulo (et par ricochet dans les autres états) au motif qu’elle contredirait la loi fédérale
réputée supérieure.

- Une autre procédure entamée par les procureurs du ministère du travail
Deborah Duprat et Roberto Gurgel plaide l’inconstitutionnalité de la loi de 1995 en ce qu’elle ne respecte pas le droit à la santé des travailleurs et de la population, droit garanti par la constitution brésilienne.

Une décision intermédiaire du STF en 2008 est encourageante : elle dit que les lois des états ne contredisent pas la loi fédérale mais imposent des précautions supplémentaires.

Les témoins

Les audiences publiques, exceptionnelles au Brésil, sont destinées à éclairer les juges sur les aspects scientifiques et économiques. Elles ont été demandées par l’Institut du chrysotile. Elles durent deux jours. 36 personnes témoignent devant le tribunal. Citons notamment :

Du côté de l’Institut du chrysotile brésilien et des industriels de l’amiante :

- les représentants des industriels et du syndicat de l’amiante-ciment ;

- quelques médecins solidement rémunérés Mario Terra Filho, Ericson Bagatin, Milton do Nascimento ;

- quelques escrocs de l’Institut du chrysotile canadien : David Bernstein grand manipulateur de souris et de données biologiques, Jacques Dunnigan, biologiste 13 ans directeur de la division Santé et Environnement (sic) de l’Institut du chrysotile canadien ;

- Evgeny Kovalesky, médecin indiquant appartenir à l’Académie russe des sciences médicales qui, comme jadis en France le docteur Etienne Fournier, est toujours prêt à proclamer l’innocuité de l’amiante chrysotile dans les freins, l’amiante-ciment, etc.

Du côté de l’association des victimes et exposés à l’amiante (ABREA) et du ministère du travail :

- des médecins (non rémunérés) René Mendes, Hermano Castro, Ubiratan de Paula Santos, Eduardo Algranti, Marcos Sabino ;

- Fernanda Giannasi, inspectrice du travail, fondatrice du mouvement en faveur des victimes de l’amiante au Brésil ;

- un des principaux syndicats brésiliens, la CUT ;

- des représentants de l’Union (des états du Brésil) et de l’état de São Paulo et de l’organisation internationale du travail (OIT) ;

- une victime, Doracy Maggion (ancien employé d’Eternit) ;

- des experts étrangers Arthur Franck, médecin américain spécialiste de santé publique, Benedetto Terracini épidémiologiste italien, Barry Castleman, consultant en environnement et politique de santé publique.


L’INSTITUT DU CHRYSOTILE

L’institut brésilien est créé sur le modèle de l’Institut canadien de l’amiante mais n’a pas évidemment le même « savoir-faire ».
Il prétend, comme l’Institut canadien avant sa disparition, que « mon amiante n’est pas dangereux ».

Il adopte des tactiques similaires : on se souvient que l’institut canadien avait poursuivi en justice pour diffamation deux militants de l’Andeva ; l’Institut du chrysotile brésilien a récemment poursuivi en justice un pneumologue réputé, le docteur Hermano Castro, qui a eu le « tort » de publier des données recensant des décès par mésothéliome et de les attribuer à l’amiante produit au Brésil !

Il est vrai que ces données contredisent le discours mensonger dudit institut.

L’Institut du chrysotile est financé par les sociétés Eternit et SAMA qui se présentent au Brésil comme des sociétés modèles.


LE COMMERCE DE L’AMIANTE

le Brésil est le troisième producteur mondial et le deuxième exportateur d’amiante .

La production au Brésil est concentrée sur une seule mine d’amiante exploitée par la société SAMA (S.A. Minerações Associadas), située près de Minaçu dans l’état de Goias.

Le Brésil engloutit plus de la moitié de sa production d’amiante dans l’amiante-ciment : citernes d’eau, plaques, toitures, etc. Historiquement les deux grandes compagnies ayant exploité l’amiante-ciment au Brésil sont Eternit et Saint-Gobain (Brasilit).

Depuis dix ans Brasilit a abandonné l’amiante et produit du fibro-ciment sans amiante ; les matériaux de substitution sont la fibre de verre, le propylène et des matériaux végétaux ou carton.

La SAMA se présente comme un champion du développement durable, il est vrai que ses sacs d’amiante sont très propres et les notices de danger très discrètes ...


L’ÉPIDÉMIOLOGIE DES CANCERS

L’ampleur des dégâts causés par l’amiante n’est pas répertoriée en raison des carences du système de santé et de l’escamotage des victimes des statistiques par Eternit, Brasilit & co (maladies professionnelles non déclarées, pression sur les médecins pour modifier leurs diagnostics...)

Un travail scientifique récent fait voler en éclat le mythe de l’amiante chrysotile brésilien inoffensif. Publié dans le bulletin épidémiologique d’août 2012, l’article étudie la mortalité et la morbidité liées à l’amiante au Brésil de 2000 à 2011 (« Morbi-mortalidade de agravos à saúde relacionados ao amiante no Brasil, 2000 a 2011 » ).

Il recense plus de 2000 certificats de décès par cancer de la plèvre (mésothéliome et cancer primitif de la plèvre) et souligne que cela ne couvre qu’une partie des cancers dus à l’amiante car la mortalité par mésothéliome est fortement sous-estimée et les cancers du poumon ne sont pas pris en compte.


RECIFE

Les victimes de Brasilit (Saint-Gobain) s’organisent

Saint-Gobain est présent au Brésil depuis la fin des années 30.
La première usine s’appelait Pont-à-Mousson. La filiale brésilienne a ensuite pris le nom de Brasilit. L’une des plus grosses usines est située dans le quartier de la Varzea, à Recife (capitale du Nordeste brésilien).

Des victimes et un désastre

L’usine n’utilise plus l’amiante depuis dix ans mais laisse derrière elle beaucoup de victimes et un désastre environnemental : les alentours et le quartier ouvrier voisin sont pavés de détritus d’amiante abandonnés ou offerts aux ouvriers pour combler les remblais.
Marc Hindry, de l’Andeva, a été invité le 15 août 2012 à une réunion de l’Association des exposés à l’amiante du Pernambuco (APEA) qui regroupe et s’efforce d’aider les victimes. Il a évoqué les travailleurs d’Everite et le traitement des victimes en France.

Les manœuvres de Brasilit

Brasilit manœuvre pour masquer et indemniser le moins possible les victimes : « plan de santé », accord extra-judiciaire d’indemnisation, intimidation, subordination des médecins.
Le système de sécurité sociale ne garantit pas à un travailleur modeste l’accès à des soins lourds, l’offre d’un « plan de santé » est donc en soi plutôt une bonne chose si elle ne venait pas se substituer aux autres responsabilités du pollueur ; un accord à l’amiable n’est pas non plus une mauvaise chose en soi, s’il est équitable et ne sert pas à masquer la maladie dans les statistiques ; les pratiques de corruption du corps médical sont par contre inacceptables.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva N°40 (septembre 2012)