Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Brésil

13 janvier 2011


- « Interdire l’amiante dans tous les états du Brésil »
- « Quand mon fils sera grand »
- Ils ont rencontré...


« Interdire l’amiante dans tous les états du Brésil »

Fin août une délégation de victimes de l’amiante italiennes quittait Casale
Monferrato et s’envolait pour le Brésil.
De Brasilia à Maccio, de Bahia à Rio puis à Osasco, elle y apporta son soutien à ceux qui luttent pour l’interdiction totale de l’amiante dans ce pays, gros producteur et consommateur d’amiante..
Bruno Pesce, coordinateur de l’AFEVA, l’association des familles de victimes
d’Eternit nous raconte ce voyage riche en contacts et en émotions...

Quelle était la situation au Brésil quand vous êtes arrivés ?

Le Brésil est un pays à la fois extracteur et utilisateur d’amiante. L’amiante n’y est interdit que dans 4 états brésiliens sur 27.

Les représentants de l’industrie ont saisi la Cour constitutionnelle, espérant obtenir que les lois d’interdiction prises dans ces quatre états soient déclarées contraires à la Constitution brésilienne. La cour les a déboutés quelques mois avant notre arrivée. Cet arrêt est important. Il a donné un nouvel élan à la lutte contre l’amiante.

La solidarité internationale
des victimes

Quel était le but de votre voyage ?

Nous voulions apporter notre solidarité active aux mouvements qui luttent pour que l’amiante soit interdit dans tous les états du Brésil.

Notre association souhaite renforcer ses liens avec les militants anti-amiante de l’Abrea, l’association brésilienne de défense des victimes de l’amiante, comme avec nos amis français de l’Andeva. Nous attachons une grande importance à la solidarité internationale des victimes de l’amiante.

Nous savons que le procès pénal que nous avons engagé contre Eternit à Turin est suivi avec attention dans beaucoup de pays.

Qui avez-vous rencontré ?

A Brasilia, nous avons participé à un séminaire sur « l’amiante et ses dégâts, une approche socio-juridique ». Il était organisé par l’Association nationale des procureurs de la République et l’Association des juges du travail avec le soutien de l’association des victimes de l’amiante (Abrea), le secrétariat international Ban Asbestos (Ibas) et diverses associations d’avocats et de juristes du travail.

Une délégation
reçue au Sénat

Cette réunion a duré deux jours. Une résolution réclamant une loi fédérale interdisant l’amiante dans tous les états du Brésil a été adoptée. Nous avons constitué une délégation, avec des représentants des deux associations de procureurs et de juges et Fernanda Giannasi, de l’Abrea. Fernanda est une véritable passionaria de l’amiante au Brésil. Nous la connaissons et l’apprécions depuis de longues années.

La délégation a été reçue en audience plénière au Sénat. Nicola Pondrano, Jean-Pierre Rossi et moi-même y étions présents.

Un sénateur a lu la résolution demandant l’interdiction de l’amiante dans tout le Brésil. Notre présence a permis un moment important de sensibilisation.

La délégation a aussi été reçue par le vice-président de la cour constitutionnelle, qui a fait valider les lois bannissant l’amiante dans 4 états. Il a semblé sensible à nos arguments.

Dans la haute magistrature brésilienne s’amorce une prise de conscience de la nécessité de mettre fin à une activité responsable de tant de morts.

Quelles ont été les étapes de votre voyage ?

Après Brasilia, nous sommes passés à Maccio, Bahia, Rio de Janeiro, Osasco. Nous avons rencontré des travailleurs de l’amiante.

Pendant des décennies les industriels brésiliens ont nié la nocivité de l’amiante. Aujourd’hui, leur argumentation a changé : ils expliquent que les maladies d’aujourd’hui sont dues à des conditions de travail d’autrefois mais qu’on sait aujourd’hui faire un « usage contrôlé » de l’amiante. Nous nous sommes appliqués à contrer cette argumentation.

Des usines d’amiante
« ouvertes à tous »

A en croire la propagande des industriels les usines d’amiante étaient « ouvertes à tous », afin que chacun puisse voir comment on y travaille en toute sécurité.

Nous les avons pris au mot : nous nous avons sonné à la porte d’un établissement en demandant à entrer. Un monsieur très bien élevé est sorti. Il nous a répondu : « aujourd’hui ce n’est pas possible »…

L’opinion est intoxiquée par le lobby de l’amiante. Certains syndicalistes sont même instrumentalisés par ces industriels. (voir l’encart ci-dessous)

Votre visite à Osasco a été un temps fort de votre voyage.

Oui, c’est à Osasco di San Paolo qu’est née la lutte anti-amiante au Brésil dans les années 90. Une usine d’amiante avait été abattue à l’aide d’explosifs. Des nuages de poussières dangereuses s’étaient répandus sur la ville. Fernanda Giannasi, qui est inspectrice du travail, avait arrêté le chantier...

Nous avons rencontré des victimes que nous avions connues lors de nos précédentes visites en 1996 et en 2000.

Il m’a dit :
« Maintenant, c’est mon tour »

Il y a eu des moments d’émotion très forts.

J’ai reçu un coup de téléphone d’un ouvrier dont j’avais fait connaissance. Son père était mort de l’amiante. Il m’a dit : « Maintenant c’est mon tour ». Une phrase terrible que j’ai trop souvent entendue à Casale Monferrato et que vous connaissez malheureusement bien en France. Je n’ai pu retenir mes larmes.

Quelles conclusions tires-tu de ce voyage ?

J’ai l’impression qu’avec beaucoup de retard les choses bougent au Brésil. J’espère que cette loi bannissant l’amiante dans tous les états du Brésil verra bientôt le jour.



« Quand mon fils sera grand »

Nicolo Bruna était au Brésil, quelques mois avant la délégation, pour tourner un documentaire sur l’amiante. On y voit un syndicaliste expliquer que l’usage de l’amiante est contrôlé et que les ouvriers travaillent en toute sécurité. « Quand mon fils sera grand, ajoute-t-il sans broncher, j’espère qu’il aura la chance de pouvoir travailler dans cette usine au même poste que moi ! »

Nicolo Bruna a vu ce qu’était ce fameux usage « contrôlé » de l’amiante : Il a vu des ouvriers attaquer les roches amiantifères à coups d’explosifs en soulevant des nuages de poussières (« on le fait seulement quand on n’a pas le vent de face ») ! Ils les a vus charger l’amiante sur des camions sans autre protection qu’un petit arrosoir pour mouiller les poussières… Ceux-là seront les prochaines victimes.


Ils ont rencontré...

A BRASILIA

Au Sénat : Eduardo Matarazzo Suplicy, Paulo Paim, Aloiso Merdadante et Serys Silhessarenko du PT, José Nery du PSOL.
A la Cour suprème : le vice-président Carlos Ayres Britto.

A MACCIO

Le syndicat des ouvriers du Pétrole d’Alagoas e Sergipe, des travailleurs de la Braskem (la plus grande usine pétrochimique d’Amérique latine, qui produit du chlore en utilisant des diaphragmes en amiante), le Procureur du travail, Cassio de Aranjo, Vercador Ricardo Barbosa (PSOL) auteur du projet de loi d’interdiction de l’amiante.

A BAHIA

Des membres de l’ADEA association locale des victimes et familles, le député fédéral Edson Duarte du Parti Vert, deux conseillers de la commune de Simoes, des experts en santé au travail, divers représentants de l’université, des syndicalistes.

A RIO

Des membres de l’ABREA, l’assesseur du député Carlos Minc, auteur de la loi d’interdiction dans cet état, des chercheurs de la Fiocruz et de l’Université.

OSASCO

Des syndicalistes, le député de Sao Paolo, Marcos Martins, les assesseurs du conseiller Rubinho, des victimes et des familles.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva N°34 (janvier 2011)