Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Amiante : la cour de cassation italienne bafoue la Justice au nom du Droit

20 novembre 2014
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Communiqué de presse, Rome, 20 novembre 2014


« Vergogna ! » (Honte à vous !) C’est par ce mot que - les larmes aux yeux - les victimes de l’amiante, massées dans la salle d’audience ont accueilli l’impensable verdict de la plus haute juridiction italienne qui annule – sans possibilité de renvoi devant une autre cour d’appel - l’arrêt historique rendu le 3 juin 2013 par la Cour d’appel de Turin à l’encontre du magnat suisse Schmidheiny, PDG d’Eternit. Jugé responsable d’une catastrophe sanitaire qui a déjà tué 3000 personnes, pollué des villes entières et qui continue aujourd’hui encore d’endeuiller les communes de Casale Monferrato, Cavagnolo, Rubiera et Naples, il avait été condamné à 18 ans de prison et à verser d’importantes indemnités provisionnelles. La Haute Cour a considéré que l’ensemble des dossiers étaient prescrits. Ce verdict a fait l’effet d’un coup de poignard donné - au nom des droits de l’inculpé - aux victimes et aux familles qui depuis trente ans mènent cet interminable combat judiciaire.

Hier, la justice italienne donnait l’exemple. Aujourd’hui, elle se déshonore.

En condamnant le PDG et propriétaire suisse d’Eternit, la Cour d’appel de Turin avait montré que les puissants avaient, eux aussi, des comptes à rendre à la justice. En le jugeant responsable d’une catastrophe humaine et environnementale permanente, commise avec intention frauduleuse, elle avait souligné la dimension collective et durable de cette tragédie. En infligeant au milliardaire suisse une peine de prison, du niveau de celle des crimes de sang, elle avait montré la gravité de cette criminalité industrielle.

La cour de cassation a balayé tout cela. Le procureur, hautain et indifférent, a soutenu que le Droit devait l’emporter sur la Justice, préparant ainsi le terrain pour le défenseur de Schmidheiny, maitre Copi, célèbre pénaliste et grand défenseur de Berlusconi. Tous deux ont reconnu que l’accusé était coupable mais ont soutenu que l’article 434 du Code pénal italien, interdisait de prendre en compte le fait que l’amiante d’Eternit continue aujourd’hui encore - longtemps après la fermeture des usines - à briser des vies.

Critiquant cette casuistique judiciaire byzantine, totalement détachée du réel, Bruno Pesce, coordonnateur de l’Association des victimes italiennes (Afeva), a souligné qu’elle revient à
dire qu’on peut poser impunément une bombe à retardement si elle explose le lendemain du délai de prescription retenu par les magistrats !

Des victimes solidaires venues de France, de Belgique, d’Espagne, d’Angleterre, de Suisse, du Brésil, d’Argentine, et du Japon ont assisté à l’audience. Elles n’oublieront jamais les visages des victimes sous le choc de ce verdict scandaleux rendu « au nom du peuple italien ».

Malgré ce coup terrible, la lutte pour que les empoisonneurs soient jugés et condamnés continuera, en Italie et dans les autres pays du monde. Parce que le droit à la santé et à la vie est un droit fondamental qui doit être reconnu et préservé, et que ces crimes ne doivent pas rester impunis.

En Italie, le procureur Guariniello a clos l’instruction d’une nouvelle procédure judiciaire contre Schmiheiny pour homicide, qui concerne 300 nouvelles victimes d’Eternit.

Dans cette douloureuse épreuve, l’Andeva qui lutte depuis 18 ans pour un procès pénal de l’amiante en France, apporte son amical soutien aux victimes italiennes qui continuent le combat . Des délégations d’une dizaine de pays participeront demain à une réunion internationale de victimes de l’amiante à Casale Monferrato..