Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Amiante en Russie : changement de cap ?

17 septembre 2011

Article traduit de l’anglais « Russian Asbestos U-Turn ?  »
par Laurie Kazan-Allen,

15 Septembre 2011

Lire l’article original en anglais


Le 7 Septembre 2011, le ministre de la Justice russe a promulgué une loi révolutionnaire (standard SanPiN [1] 2.2.3.2887-11), proposée par l’inspecteur sanitaire en chef, qui reconnait les dangers pour les travailleurs de l’amiante chrysotile et des matériaux en contenant.
 [2]

Alors que la production annuelle en Russie - le plus gros producteur mondial - est d’environ 1 millions de tonnes d’amiante, les autorités ont longtemps nié les risques pour les mineurs, les travailleurs et le public. La stratégie retranchée de déni a été brandie par les puissants intérêts qui ont régulièrement barré les tentatives par les agences internationales et les campagnes de santé et sécurité de progresser vers la diminution et l’arrêt de l’utilisation de l’amiante. Lors de la réunion de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) tenue en juin 2011, les actionnaires de l’amiante russe ont joué un rôle central en empêchant les efforts de l’OMS d’adopter des mesures visant à prévenir les futures maladies dues à l’amiante. Deux semaines plus tard, le lobby de l’amiante russe, organisé autour de l’Alliance Internationale des Syndicats du Chrysotile (International Chrysotile Alliance of Trade Union Organizations) ont participé aux attaques des industriels contre les propositions des Nations-Unies d’imposer une modeste régulation du commerce de l’amiante chrysotile. Le fait que ces intérêts privés aient pu opposer un veto à l’action des Nations-Unies a été largement condamné par les délégués lors de la réunion à Genève de la Convention de Rotterdam et par des associations de la société civile à travers le monde.

Alors que l’industrie de l’amiante russe réussissait à l’étranger, chez elle des menaces sur son contrôle de l’agenda de l’amiante apparaissaient. Mi-juin un règlement technique était édicté qui proposait l’interdiction de l’amiante pour les matériaux de friction, applicable dans toute la Communauté Economique Eurasienne qui comprend la Russie, le Kazakhstan, le Kyrgyzstan, le Tajikistan et la Biélorusssie. [3]

Il va sans dire que ceci a été jugé totalement inacceptable pour l’industrie de l’amiante et une contre-attaque agressive a été organisée, résultant semble-t-il en la suspension du réglement.
En août, un projet novateur soutenu par des associations de la société civile russe a dénoncé des situations scandaleuses dans des points sensibles et essentiels pour lesquels aucune information n’est disponible concernant les dangers de l’amiante et pour lesquels l’utilisation de l’amiante restait un aspect normal de la vie quotidienne.
 [4]

Le moment pour cette nouvelle loi n’est pas une coïncidence. L’adoption du standard SanPiN 2.2.3.2887-11 indique un important changement de politique. Commentant ces derniers événements, un expert russe a déclaré :
"Ce document semble marquer un grand progrès en comparaison avec les règlements antérieurs de ce pays. Il souligne les dangers de l’amiante et la nécessité de mesures de protection.
Le texte se concentre sur les déchets contenant de l’amiante, la santé et la sécurité des travailleurs, les mesures de sécurité au travail, y compris celles nécessaires lors de la rénovation et la démolition de bâtiments contenant de l’amiante. Il mentionne même le fait que la santé des travailleurs de l’industrie de l’amiante doit être surveillée durant leur vie entière ; ce qui inclut, bien sûr, durant leur retraite."

S’il y a une volonté politique et le budget pour assurer le respect de cette nouvelle réglementation, il pourrait y avoir des progrès. Si, comme cela est pressenti, cette réglementation est une vitrine pour calmer les inquiétudes des agences internationales sur l’industrie de l’amiante russe, alors les risques provoqués par l’industrie minière russe, l’utilisation de l’amiante resteront aussi important qu’auparavent.

[1L’acronyme SanPiN signifie règle ou standard sanitaire/épidemiologiquel. SanPiNest un standard édicté par l’autorité russe responsable des règlements concernant la fabrication, l’utilisation et l’exposition aux produits chimques.

[2Russia issues asbestos standard [Nouvelle réglementation russe], 14 septembre 2011.
- résumé en anglais http://chemicalwatch.com/8397/russi...
- en russe http://www.52.rospotrebnadzor.ru/di...

[3Kazan-Allen L. Russian Asbestos Ban ? [Interdiction de l’amiante en Russie ?], 6 juillet 2011.
http://ibasecretariat.org/lka-russi...

[4Kazan-Allen L. Russia’s Asbestos Challenge [Les défis de l’amiante en Russie], 15 août 2011.
http://ibasecretariat.org/lka-russi...