Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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Amiante dans les écoles anglaises : les syndicats s’emparent du problème

21 septembre 2017

Le 4 juillet 2017, Jacques Faugeron, président de l’Andeva et Patrice Raveneau, du groupe prévention de l’Association nationale, sont allés à Birmingham la troisième ville la plus peuplée de Grande-Bretagne.

Ils ont assisté à une réunion du JUAC (Join Union Asbestos Comitee) où ils représentaient l’Andeva. Doug Jewel était leur guide.

Ce comité réunit une dizaine de syndicats d’enseignants mais aussi d’agents techniques et administratifs en milieu scolaire, tous bien décidés à débarrasser les écoles et les collèges de ce fléau.

La réunion était dirigée par John McClean, président du JUAC.

Elle a été l’occasion de faire un état des lieux sur le problème de l’amiante dans les écoles au Royaume Uni.

33 000 écoles concernées

Nos voisins d’outre-manche considèrent ce problème comme essentiel. Ils fédèrent sur ce thème un consensus large, et réalisent des études chiffrées sur son impact parmi la population scolaire.

On estime ainsi que 33 000 écoles, soit plus de 75% des établissements de Grande Bretagne contiennent encore de l’amiante. En 2015, une enquête de la BBC estimait que ce chiffre était certainement plus proche de 90%.

Durant les cinq dernières années, les autorités locales ont vu les problèmes se multiplier..

140 profs décédés de l’amiante en 10 ans

Sur 10 dernières années, 140 cas de professeurs décédés d’une maladie liée à l’amiante ont été recensés (305 cas entre 1980 et 2013). Un nombre significatif d’agents techniques administratifs ont également été touchés mais ils n’ont malheureusement pas été comptabilisés.

L’inquiétude des parents

La situation est préoccupante pour les parents dont les enfants risquent plus tard de développer un mésothéliome en raison de l’exposition à l’amiante dans leur école.

Certes, ils restent moins longtemps dans les locaux que le personnel des établissements mais leur organisme en développement est plus vulnérable. On estime que 200 à 300 anciens élèves meurent chaque année en raison de leur exposition scolaire pendant les années 1960 et 1970.

Ce nombre devrait augmenter considérablement car de nombreux bâtiments du système scolaire se détériorent sans que les financements nécessaires à la maintenance, la rénovation et la démolition en sécurité ne soient dégagés.

En France, un retard à combler

« Ce type de réunion n’existe pas aujourd’hui en France, explique Patrice Raveneau. Des combats sont menés localement par des associations de parents d’élèves ou des enseignants qui s’emparent du problème. Certains alertent les pouvoirs publics et les medias et recherchent le contact avec l’Andeva, mais ils se limitent en général au cadre de leur établissement. Or le problème ne se résoudra pas école par école. Il faut le poser au niveau national en s’adressant aux décideurs politiques.

Le syndicalisme enseignant, les parents d’élèves et les associations ont un rôle à jouer ».


LES DEMANDES DU COMITÉ

La conférence a rappelé les demandes du JUAC qui sont très proches de celles de l’Andeva :

- un rapport annuel fourni par chaque école sur la présence d’amiante, son niveau de dégradation et le plan de retrait envisagé. Ce rapport devrait être communiqué aux parents d’élèves ;

- un programme global de retrait donnant la priorité aux matériaux les plus dangereux, avec une échéance de fin pour 2028 ;

- Un financement adapté aux circonstances permettant de couvrir l’ensemble des coûts ;

- des inspections régulières pour évaluer l’état de l’amiante en place dans les établissements et les conditions de sa gestion. Elles devraient être assurées par la HSE (L’Health & Safety Executive), l’autorité compétente en matière d’Inspection du travail dans les domaines de la santé et sécurité au travail.


L’ACTION MENÉE EN ESPAGNE

Cette réunion s’est terminée avec Maria Angeles Guzman Merchan qui est venue présenter l’action qu’elle a contribué à initier en Espagne. Maria Angeles habite à Malaga. Elle est la mère de deux enfants. En 2016, elle a engagé une campagne avec son association de parents d’élèves (AMPA) pour demander le retrait complet de l’amiante dans leur école. De nombreux autres groupements issus d’autres écoles se sont joints à ce mouvement. Grace à cela, le parlement d’Andalousie a approuvé un plan de retrait global de l’amiante dans les écoles publiques à réaliser d’ici 2022.


LE TÉMOIGNAGE DE LUCIE

Lucie Stephens a perdu sa mère Sue en 2013. Elle était professeur et a exercé dans une école élémentaire amiantée pendant 30 ans. Lucie, qui a eu bien du mal à surmonter ses émotions durant la réunion, a initié une pétition qui réclame le retrait de l’amiante qui se trouve dans toutes les écoles.

Depuis le lancement de la pétition, Lucie a poursuivi ses efforts en vue de sensibiliser les parents d’élèves et enseignants aux dangers de l’amiante.

https://you.38degrees.org.uk/petitions/protect-our-children-and-teachers-from-asbestos-exposure-in-schools

Elle s’est adressée à chaque collectivité locale en Angleterre et au Pays de Galles. Elle est intervenue sur le sujet à la télévision, à la radio, à la conférence du syndicat NUT (Union nationale des enseignants) et auprès des groupes d’entraide régionaux sur la nécessité d’enlever l’amiante des écoles. Lucie assiste régulièrement aux réunions du JUAC.

Elle est soutenue par les membres du JUAC et de l’ « Asbestos in Schools group » (groupement de l’Amiante dans les Ecoles).


CANADA
200 écoles amiantées dans la ville d’Ottawa

Des parents d’élèves s’inquiètent. L’administration leur dit qu’il y a des inspections régulières mais pas de retrait systématique de l’amiante.

Le gouvernement fédéral canadien interdira l’amiante dans toute nouvelle construction en 2018. Mais, à ce jour, le Code du bâtiment de l’Ontario autorise encore l’utilisation de matériaux contenant de l’amiante.

Un projet de loi provincial demande toutefois la création d’un registre des édifices contenant de l’amiante, dont les écoles, ainsi que l’arrêt de son utilisation.


Article tiré du Bulletin de l’Andeva N°55 (septembre 2017)