Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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3401.Mai 2015 - Convention de Rotterdam : l’amiante chrysotile ne sera pas sur la liste des produits dangereux !

21 septembre 2015
Auteur(e) : 

Une défaite pour la santé publique, une victoire à la Pyrrhus pour l’industrie de l’amiante russe.

Le but de la Convention
de Rotterdam est non pas
d’interdire des produits
dangereux mais plus modestement
d’imposer une
information préalable des
utilisateurs sur les risques.

Réunie à Genève en mai
dernier sous l’égide des
Nations Unies, elle a
jugé que cette information
n’était pas requise
pour un produit qui cause
100 000 morts par an !

Malgré le rappel par l’Organisation
mondiale de la
santé (OMS) que toutes
les formes d’amiante sont
cancérogènes et malgré la
position de l’Organisation
internationale du travail en
faveur de l’interdiction.

Les motivations des pays saboteurs

C’est la sixième fois depuis
2004 que cette inscription
est bloquée par une poignée
de pays qui utilisent
la règle d’unanimité pour
opposer un véto. Les motifs
des pays saboteurs qui ont
voté contre sont clairs :

- La Russie, premier producteur
mondial d’amiante
(1 million de tonnes par an)
protège les intérêts de deux
compagnies minières, Uralasbest
et Orenbourg Minerals,
dont les ventes baisseraient
si les populations
étaient averties du danger.

- Le Kazakstan, 3è exportateur
mondial et le Kirghizstan
se sont alignés sur
la Russie.
- Le Zimbabwe, ex-grand
producteur d’amiante, dont
les mines sont fermées à
cause de la gabegie et de
la corruption, n’exclut pas
de les rouvrir.

Le choix monstrueux de l’Inde

3 pays se opposés puis
abstenus : l’Inde, le Pakistan
et Cuba.

L’Inde, premier importateur
mondial a fait le choix
monstrueux de protéger les
intérêts d’une poignée de
marchands très riches en
refusant que soit informée
sa population, très pauvre.
A Genève on a vu ses représentants
bras dessusbras
dessous avec les
industriels indiens ignorer
superbement leur compatriote
souffrant d’asbestose.

Le Canada est resté silencieux
et s’est abstenu en
2015 comme en 2013, alors
qu’il s’était opposé à l’inscription
par quatre fois (en
2004, 2006, 2008, 2011).
Sa dernière mine d’amiante
a fermé. Il n’y a plus d’intérêts
financiers à défendre...

Les partisans de l’inscription

Les 28 états de l’Union
européenne se sont prononcée
pour l’inscription.

Les Etats-Unis, présents
comme observateurs, ont
appuyé l’inscription.

Tous les pays d’Amérique
latine ont fait de même,
y compris le Brésil, grand
producteur, dont la représentante
dit : « Le débat
a évolué dans notre pays,
nous prenons conscience
des effets [de l’amiante] et
des coûts »

Tous les pays africains
sauf le Zimbabwe ont appuyé
l’inscription.

L’Ukraine s’est dissocié
cette année de la Russie.

La Nouvelle Zélande a appuyé
l’inscription, comme
l’Australie qui tiré son
propre bilan : « Nous avons
utilisé 500 000 tonnes de
chrysotile... Nous estimons
qu’il y aura 25000 décès
durant les 30 prochaines
années. Nous avons payé
un prix élevé et cela coûtera
encore des milliards de
dollars. »

En conclusion
L’amiante chrysotile, le
produit le plus meurtrier de
la planète dans le monde
du travail - ne sera pas
inscrit sur la liste des produits
dangereux, alors que
sur le plan scientifique, son
extrême dangerosité ne fait
aucun doute.

Le sabotage de la conférence
est surtout le fait de
deux pays : la Russie, premier
producteur mondial
d’amiante, et l’Inde premier
importateur.

L’écrasante majorité des
pays se sont prononcés
pour promouvoir et recevoir
une information sur
les dangers du chrysotile.
L’échec est flagrant.

Il ne leur reste plus - s’ils
veulent surmonter ce blocage
réitéré - qu’à édicter
une interdiction nationale
de ces deux produits.

Les pays saboteurs s’imaginent
avoir préservé les intérêts
de leurs marchands
d’amiante. Ils pourraient
bien avoir remporté une
victoire à la Pyrrhus en
motivant les pays à prendre
des décisions d’interdiction,
accélérant ainsi le déclin de
cette industrie mortifère.


Pour en savoir plus, voir sur
le site de l’Andeva le dossier
réalisé par Marc Hindry, qui
représentait l’Andeva à la
Convention : andeva.fr



A Genève, Roca a fait entendre la voix des victimes et des indignés du monde entier

Des organisations non gouvernementales
étaient à
cette conférence : Women
in Europe for a Common
Future
(WECF) et d’autres
associations, rassemblées
sous le nom de ROCA (Alliance
pour la Convention
de Rotterdam), à laquelle
l’Andeva a adhéré. Alexandra
Caterbrow, Sanjiv Pandita
et Yeyong Choi ont
parlé au nom de ROCA.

L’intervention de Sharad
Vittnal Sawant, qui a travaillé
40 ans dans une usine
Hindustan Ferodo utilisant
l’amiante chrysotile, fut un
moment fort.

Le souffle
court, parlant avec difficulté,
il a délivré un témoignage
simple et émouvant :

« Je souffre d’asbestose,
tout comme ma femme.
Plus de 400 de mes collègues
ont aussi reçu un
diagnostic de maladies de
l’amiante. Je suis venu pour
vous demander d’inscrire
l’amiante chrysotile sur la
liste PIC de la Convention
de Rotterdam. »

Ces paroles simples ont
déclenché les applaudissements
d’une centaine de
délégués, devant la rangée
médusée des industriels indiens,
russes, vietnamiens,
brésiliens, zimbabwéens et
des lobbyistes canadiens.

Roca avait un stand avec
un panneau sur lequel
étaent disposés des emballages
de sacs d’amiante et
des photos de victimes de
dvers pays.

Un rassemblement a eu
lieu sur la place des Nations,
près du centre de
conférences.


Articles tirés du Bulletin de l’Andeva N°59 (septembre 2015)