Association Nationale de Défense des Victimes de l'Amiante

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12 janvier 2005, deuxième marche pour la Justice
L’Addeva 93 fait le voyage

16 février 2007

« Nous sommes venus en TGV de Paris pour leur apporter notre solidarité »

Lorsqu’on a proposé à des adhérents de l ’ Addeva 93
d’aller manifester à Dunkerque,
ils ne se sont pas fait prier. Eux
aussi ont connu la maladie et le
deuil. Eux aussi veulent que la
Justice recherche et sanctionne
les responsables

Levés de bon matin, ils se sont
tous retrouvés dans le TGV pour
Dunkerque. Dominique et Mauricette
sont, elles aussi, des veuves
de l’amiante Henri et José ont été
contaminés par l’Alstom, Abdelkader
par le CMMP comme plusieurs
membres de sa famille. Liliane est
venue seule ; son mari contaminé
au Comptoir Lyon Allemand
était trop malade pour venir. Belaïd
et Labib, deux anciens de la
chaufferie de Renault Billancourt
sont là. Jean est lui aussi du
voyage. Il a déjà marché avec les
veuves de Dunkerque en décembre.
Il a tenu à revenir malgré son
mésothéliome.

Devant le Palais de Justice de
Dunkerque les veuves se rassemblent,
plus nombreuses qu’en décembre,
plus nombreuses aussi à
porter une photo de leur mari.
L’une d’elles est là pour la première
fois : elle n’a pas eu le
temps de faire un double de la
photo de son mari ; elle défile en
portant la photo dans son cadre.
600 personnes forment une manifestation
silencieuse dans la
ville. Il y a là des ouvriers de la
Sollac, des Chantiers de France,
de l’Usine des Dunes, des pêcheurs,
des veuves d’une usine
sidérurgique de la région, l’ADELFA
(fédération d’associations), et
l’Addeva 93. Leur présence renforce
la détermination des Dunkerquois.
Les manifestants observent deux
minutes de silence, une pour les
victimes de l’amiante et une pour
celles du tsunami. Il y a ici un
monde solidaire dans l’adversité,
un monde qui se serre les coudes,
et parle avec retenue des camarades
disparus.

Pierre Carpentier témoigne de la
souffrance de son ami Emile :
quelques mots pour dire l’abîme
de douleur où l’amiante plonge les
malades. Emile, atteint d’un mésothéliome,
voulait que Pierre soit là
avant d’expirer. « On dit qu’il y a
un dernier souffle, murmure
Pierre. Il n’en a pas eu. Il a fermé
les yeux. »

Devant le palais de justice,
Pierre Pluta prend la parole :
« Depuis la marche du 15 décembre
2004, la France compte 280
morts de plus, tués par l’amiante.
Cent mille morts sont programmés
dans les prochaines décennies.
La justice estime donc que ces
milliers de morts ce n’est la faute à
personne. Une vie d’ouvrier n’a
sans doute aucune valeur à ses
yeux. »

Il rêve d’un mouvement qui pourrait
fédérer toutes les énergies
nées de la souffrance, de la colère
et d’une soif de justice. « Notre
action, est destinée à cimenter
tous les vécus, ceux des malades,
des salariés, des veuves. »

Avant de quitter la place, les militants
de l’Ardeva disposent de
grandes feuilles sur les marches
du palais. Sur chacune, le dessin
d’un visage triste, encadré des
mots « Mort de l’amiante ».


Article paru dans le Bulletin de l’Andeva N°15 (février 2005)